L'enseignement supérieur absent du débat électoral, un regret pour le président de l'Université de Nîmes
À l'approche de la rentrée universitaire 2025, Benoît Roig, président de l'Université de Nîmes (Unîmes), exprime son amertume face au peu d'attention portée à l'enseignement supérieur dans les débats politiques locaux. "L'enseignement supérieur et la recherche ne seront pas un sujet électoral. Encore une fois. Et à mon grand désespoir", confie-t-il, soulignant ainsi le manque de considération pour ces enjeux cruciaux.
Une rentrée stable mais des défis persistants
Les effectifs de l'université devraient se maintenir entre 5 800 et 6 000 étudiants cette année, une stabilité remarquable dans un contexte de baisse démographique nationale. Les filières de droit et de psychologie restent les plus prisées, tandis que les sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) connaissent une forte tension. Un indicateur positif : l'augmentation des inscriptions en deuxième et troisième années, signe d'une réputation positive en matière d'accompagnement étudiant.
Contrairement à l'Université de Montpellier qui vise les classements internationaux comme celui de Shanghai, Unîmes se positionne comme un établissement à taille humaine, centré sur la réussite des étudiants. "Mon classement de Shanghai, c'est la réussite des étudiants", affirme Benoît Roig, mettant en avant sa mission d'accueil pour ceux qui ne peuvent intégrer de grands centres universitaires, notamment pour des raisons financières.
Le défi du taux d'échec en première année
Une réalité préoccupante persiste : entre 5 et 6 étudiants sur 10 ne passent pas en deuxième année. Ce fort taux d'échec s'explique par plusieurs facteurs :
- Des choix d'orientation par défaut
- Des bacheliers mal préparés aux exigences universitaires
- Une transition difficile entre le lycée hyper-structuré et l'autonomie requise à l'université
Pour y remédier, l'université développe un programme de préparation à la transition entre l'élève et l'étudiant, en collaboration avec les lycées du territoire. Des immersions pré-rentrée, comme celle organisée avec huit futurs étudiants en design, permettent de mieux préparer les jeunes aux attentes universitaires.
Des moyens insuffisants et des projets ambitieux
L'université fait face à deux écueils majeurs :
- Un sous-effectif chronique : avec seulement 300 personnels contre 600 nécessaires pour atteindre la moyenne nationale, et 120 enseignants pour 6 000 étudiants
- Des infrastructures inadaptées : les besoins sont immédiats mais les solutions ne sont envisageables qu'à horizon de dix ans
Malgré ces contraintes, plusieurs projets structurants se développent :
La formation continue devient un axe prioritaire pour 2026, avec le développement de microcertifications et l'expansion de l'apprentissage. Le projet Gardener, dédié à la lutte contre les vulnérabilités du territoire gardois, entre dans sa troisième année. L'Institut de recherche interdisciplinaire Risques et Société (IRIS) sera créé d'ici fin 2025 pour renforcer la recherche sur les vulnérabilités territoriales.
Une avancée significative : l'ouverture d'un véritable centre de soins permettant aux professionnels de santé de l'université (médecin, infirmière, addictologue, nutritionniste, gynécologue, psychologue) d'effectuer des actes médicaux et des prescriptions, améliorant ainsi le suivi médical des étudiants.
Un discours de vérité pour la prérentrée
Dans son discours aux étudiants, Benoît Roig entend être transparent : "Je ne veux pas cacher la vérité aux étudiants. On est là pour les aider, les accompagner". Il les encourage à s'investir dans leurs études tout en participant aux nombreuses activités proposées sur le campus, soulignant que sans travail assidu, l'échec est inévitable.
Cette rentrée 2025 s'annonce donc comme un moment charnière pour l'Université de Nîmes, qui doit concilier ambitions pédagogiques et contraintes matérielles, tout en regrettant le peu d'écho que rencontrent ses préoccupations dans le débat public local.



