Édouard Geffray à Bordeaux : recentrer l'école sur l'enseignement et anticiper la démographie
Geffray à Bordeaux : recentrer l'école et anticiper la démographie

Ce jeudi 23 et vendredi 24 avril, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, est en déplacement à Bordeaux. Au programme de sa visite notamment, le plan « collèges en progrès », mais aussi l’épineux sujet de la démographie scolaire. Interrogé sur sa philosophie de l’école, le huitième ministre de l’Éducation nationale d’Emmanuel Macron a détaillé ses priorités.

Recentrer les personnels sur l'enseignement

« Je souhaite à la fois recentrer les personnels sur leur cœur de métier, l’enseignement, et redonner une vision à long terme », a déclaré Édouard Geffray. Il a souligné que l’école est confrontée à des défis majeurs, comme la crise démographique et l’émergence de l’intelligence artificielle. « Il nous faut créer les conditions pour traiter ces sujets. »

Deuxième axe : améliorer la satisfaction du contrat social, c’est-à-dire amener chacun au bout de ses potentialités, en luttant contre la grande difficulté scolaire avec le plan « collège en progrès » destiné aux 800 établissements où 40 % des élèves ont obtenu moins de 8/20 au brevet. Et de l’autre côté, élever le niveau de tous les élèves, y compris les plus à l’aise, avec notamment le concours général des collèges.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Enfin, l’enjeu c’est aussi de protéger la santé physique et mentale : au cours de sa scolarité entre 11 et 20 ans, un jeune sur trois traverse des troubles anxio-dépressifs.

De fait, ce cap ne passe pas par des grandes réformes organisationnelles. Le ministère n’en a pas besoin. « Il a besoin qu’on fasse confiance à ses personnels, et que la société tout entière les défende. »

Régulation des réseaux sociaux et des téléphones à l'école

Le ministre a récemment saisi la justice pour dénoncer les effets mortifères de TikTok sur les élèves, en pointant notamment « l’incitation au suicide » et la nocivité de l’algorithme. Interrogé sur l’instauration de cadres plus stricts, il a déclaré : « Je soutiens totalement les deux règles en débat au Parlement, à savoir l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans et l’interdiction de l’utilisation du téléphone portable au lycée, sauf dérogation par le chef d’établissement. »

Première raison : la surexposition des jeunes. « Ils passent plus de temps devant un écran qu’en cours. Un collégien ou un lycéen passe en moyenne 4 h 40 par jour sur un écran, principalement sur les réseaux sociaux et cela monte à six heures par jour le week-end. Avec des conséquences sanitaires. 60 % des élèves qui passent plus de six heures par jour devant les écrans présentent des troubles mentaux. »

Deuxième raison, les impacts sur la santé cognitive, avec des troubles de l’attention, de la concentration, des élèves qui n’arrivent plus à retenir les tables de multiplication.

« Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, c’est remettre les wagons dans l’ordre, permettre à l’esprit de se fabriquer, à la conscience de se construire, à l’esprit critique de se former, avant d’être exposé à des contenus. »

La démographie scolaire : une équation complexe

L’actualité de l’école, c’est aussi la carte scolaire et les annonces de fermetures de classes. Comment résoudre l’équation entre le manque d’enseignants par endroits, mais aussi la crise de la démographie scolaire et les fermetures ailleurs, avec au final la colère des familles ?

« C’est une équation extrêmement complexe. Désormais, grâce au travail de la Depp (en charge des statistiques sur l’éducation), je dispose de projections statistiques à dix ans, ce qui n’avait jamais été fait. La démographie est un phénomène lent et imperceptible. Mais les chiffres sont en chute libre. Rien que sur l’académie de Bordeaux, on perd 72 000 élèves en dix ans. 1 700 000 élèves à l’échelle du pays. À Paris, nous avons perdu 30 % d’élèves ; sur certaines zones il n’y a quasiment plus d’enfants. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Soit on subit, et on ferme les classes et les postes année après année. Soit, on se saisit de la situation en essayant d’en faire une opportunité, autour de deux éléments centraux. Premièrement, le fait que notre contrat social républicain repose en grande partie sur l’accessibilité de l’école : il y a donc des endroits où on ne fermera jamais. Et en même temps, il faut aussi s’interroger sur la qualité de l’offre scolaire.

J’ai lancé des travaux en inversant complètement la méthodologie. Jusqu’à présent, tout partait du budget annuel imparti à l’Éducation nationale, qui définissait le nombre de postes dans chaque académie. Pour cette expérimentation lancée dans 18 départements, dont la Gironde et la Charente, ce sont les académies qui vont concevoir véritablement leur carte scolaire au cours des cinq prochaines années, avec un rétroplanning pour en tirer les conséquences pour le projet de loi 2027. C’est une inversion complète de la logique, qui demande à l’Éducation nationale un travail très étroit avec les collectivités pour s’inscrire dans la dynamique des politiques territoriales. C’est comme ça qu’on va travailler pour essayer de ne pas subir la démographie.