Orthez : la friche de la Minoterie cherche toujours son destin après des décennies d'incertitude
Orthez : la Minoterie, une friche industrielle en quête de renaissance

Une friche industrielle au destin contrarié

La friche industrielle de la Minoterie, située dans le quartier de la gare d'Orthez, incarne depuis des décennies les espoirs déçus et les projets avortés. Ce site de 17 000 m², dont l'activité s'est définitivement arrêtée dans les années 1990, peine à trouver une nouvelle vocation malgré plusieurs tentatives de réhabilitation ambitieuses.

Du projet muséal à l'abandon

En 2014, sous la mandature du maire Yves Darrigrand, la Ville d'Orthez avait acheté le site au Groupe Soufflet pour 275 000 euros avec une vision culturelle audacieuse. Le projet phare, porté par l'adjoint à la culture Jean-Marc Terrasse, ancien directeur de l'auditorium du Louvre, envisageait de transformer la friche en un « mini-musée du Louvre ». L'enveloppe nécessaire pour cette réhabilitation avait été estimée à 30 millions d'euros.

Cependant, ce fabuleux destin ne s'est pas concrétisé. Lorsque la majorité municipale a implosé et qu'Emmanuel Hanon a pris les rênes de la ville fin 2017, l'une des premières décisions des nouveaux élus fut d'abandonner le projet porté par leurs prédécesseurs.

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Les ravages du temps et des incendies

La situation du site s'est considérablement dégradée au fil des ans. Les bâtiments ont été dévastés par plusieurs incendies, dont un particulièrement destructeur en décembre 2020 qui a ravagé une bâtisse de trois étages d'une emprise de 500 m² au sol. Ces sinistres successifs ont alourdi le coût de la remise en état nécessaire, rendant tout projet de réhabilitation encore plus complexe et coûteux.

Un centre de recherche énergétique avorté

La nouvelle équipe municipale, appuyée par le député David Habib, a ensuite envisagé d'implanter un centre de recherche dédié aux « énergies nouvelles », sur un modèle inspiré du Groupement de Recherche de Lacq (GRL), en lien avec l'entreprise Total, acteur économique historique du bassin industriel. Mais ce projet non plus n'a pas abouti, laissant la friche dans un statu quo prolongé.

Le projet agro-numérique et ses incertitudes

En décembre 2022, sous la mandature d'Emmanuel Hanon, le Conseil municipal a voté en faveur de la vente du site à l'homme d'affaires orthézien Marc Lassus. Ce dernier avait annoncé vouloir investir 50 millions d'euros pour y créer un campus agro-numérique, une perspective qui semblait enfin offrir un avenir à ce patrimoine industriel.

Mais depuis cette décision, le projet est au point mort. Marc Lassus, âgé de 87 ans, affirme que les fonds nécessaires sont bloqués dans une holding à Hong Kong. En janvier dernier, il expliquait dans la presse locale que c'était Donald Trump qui bloquait ce type de transactions internationales, tout en se montrant confiant sur un déblocage « imminent » des sommes en question.

Une nouvelle vision municipale

Les élections municipales de mars 2026 ont apporté un nouveau changement de cap. Le nouveau maire, Benjamin Moutet, arrive avec une vision différente pour ce site emblématique. « Nous souhaitons que les bâtiments de la minoterie soient sauvés, mis hors d'eau et hors d'air car ils appartiennent au patrimoine industriel d'Orthez : nous y sommes très attachés », a-t-il déclaré lors de la campagne électorale.

Un projet économique intégré

Le maire Moutet projette aujourd'hui une approche pragmatique : « Nous allons proposer à des investisseurs d'accompagner la transformation des lieux, en lien avec notre projet d'aménagement du quartier de la gare ». La réhabilitation envisagée doit permettre d'y développer des activités économiques diversifiées, incluant des bureaux d'études, de l'hôtellerie, des hébergements ou des lieux de formation.

Trente années après l'arrêt définitif de ses machines, la minoterie d'Orthez attend donc toujours le projet qui lui permettra de renaître de ses cendres. Entre patrimoine industriel à préserver et nécessité de développement économique, la municipalité actuelle cherche désormais à concilier ces deux impératifs pour offrir enfin un avenir à cette friche qui symbolise les défis de la reconversion des sites industriels historiques.

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