France Télévisions renforce son ancrage occitan avec quatre nouveaux plateaux
La présidente-directrice générale de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, a inauguré ce mardi 10 février quatre nouveaux plateaux de tournage à Vendargues, dans la métropole montpelliéraine. Cet événement marque une étape importante pour l'audiovisuel public français et confirme l'essor spectaculaire de la région Occitanie dans le secteur des productions télévisuelles et cinématographiques.
Un chantier ambitieux réalisé en quinze mois
Dans une atmosphère nettement plus détendue que lors de sa récente audition parlementaire, la dirigeante de France Télévisions a salué le travail remarquable de ses équipes. « Quand on dit qu'on ne va pas vite dans le service public, je rigole ! », a-t-elle lancé avec satisfaction dans le plus grand des plateaux, baptisé en hommage à la cinéaste Agnès Varda.
Ce projet représente un investissement conséquent de 28 millions d'euros, financé en grande partie par l'appel à projets « Grande fabrique de l'image France 2030 ». Les équipes ont livré pas moins de 8 200 mètres carrés de studios en seulement quinze mois, une performance technique et organisationnelle remarquable.
Des installations techniques de pointe
Le plateau Agnès Varda présente des caractéristiques impressionnantes : dix mètres de hauteur sous plafond, 800 mètres carrés de surface utile, avec des murs légèrement inclinés conçus spécifiquement pour « éviter l'effet cathédrale » et optimiser l'acoustique. Selon Laurence Schwob, directrice du développement de France Télévisions, ces nouveaux espaces permettront de tourner des fictions, des téléfilms, des films de cinéma, des jeux télévisés et même « des événements Twitch en public ».
Ces quatre nouveaux plateaux viennent compléter les quatre autres studios ouverts en 2018 sur le même site, créant ainsi un pôle de production audiovisuelle d'envergure nationale.
Le succès d'Un si grand soleil comme moteur régional
La vocation initiale de ces studios, selon Delphine Ernotte, était d'accueillir « le pari un peu fou de lancer un feuilleton quotidien et de l'installer ici ». Ce pari s'est concrétisé avec la création d'Un si grand soleil, conçu pour remplacer progressivement Plus belle la vie, comme le rappelle Nathalie Séverin, doctorante à l'université Paul-Valéry.
Le succès de cette série quotidienne a véritablement dopé tout l'écosystème audiovisuel local. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2025, 1 250 jours de tournage ont été comptabilisés dans la métropole montpelliéraine, contre seulement 100 en 2010. Parmi ces journées de tournage, 600 sont directement attribuables à Un si grand soleil.
L'Occitanie, région leader pour les fictions
L'Occitanie se positionne désormais comme « la région la plus attractive pour le tournage des fictions » en France, portée notamment par les séries quotidiennes tournées à Montpellier, Sète ou dans le Gard. Les studios de Vendargues ont même accueilli simultanément la série de France Télévisions et celle de M6, Nouveau jour, finalement arrêtée après trois mois de diffusion.
Cette dynamique positive bénéficie à toute la filière audiovisuelle régionale. Selon Carole Delga, présidente de la région Occitanie, près de 550 entreprises spécialisées dans l'audiovisuel et le cinéma emploient désormais plus de 11 500 salariés sur le territoire. À elle seule, la série Un si grand soleil mobilise chaque année près de 2 000 techniciens, comédiens et figurants, nécessitant le développement de formations spécifiques pour répondre aux besoins croissants du secteur.
« À Toulouse, ils ont les avions. Nous, nous avons les industries culturelles et créatives ! », se réjouit Michaël Delafosse, maire de Montpellier, soulignant ainsi la spécificité économique de son territoire.
Des projets d'extension déjà envisagés
Pour Dominique Boutonnat, président du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), ces nouveaux studios répondent à une montée en puissance générale de la production audiovisuelle française. « En dix ans, l'activité de production en France a doublé, passant de 1,5 à 3 milliards d'euros de dépenses annuelles. Il fallait des infrastructures à la hauteur », explique-t-il.
Une extension supplémentaire de 1 400 mètres carrés est déjà envisagée à Vendargues, avec une échéance fixée à 2028, coïncidant avec l'arrivée prévue d'une nouvelle ligne de bus à haut niveau de service (BHNS).
Un projet privé encore plus ambitieux à Saint-Gély-du-Fesc
À seulement 23 kilomètres de Vendargues, à Saint-Gély-du-Fesc, un projet privé d'envergure vient compléter cette dynamique régionale. Pics Studios prévoit d'investir 100 millions d'euros pour construire dix nouveaux plateaux, dont « le plus grand plateau de cinéma en France » avec une surface impressionnante de 3 000 mètres carrés.
La première pierre de ce projet devrait être posée en 2026, pour une ouverture espérée en 2028. Selon Sébastien Giraud, directeur d'exploitation de Pics Studios, cette initiative répond à un besoin réel : « Faute d'équivalent en France, certaines productions partent à l'étranger », explique-t-il, soulignant ainsi l'importance de développer l'offre nationale de studios de grande capacité.
La question délicate de la surcapacité
Cette expansion rapide soulève toutefois des interrogations légitimes concernant une éventuelle surcapacité du marché. « L'extension des studios de France Télévisions, c'est génial. Plus il y aura d'équipements et de talents, plus le territoire sera attractif », assure Sébastien Giraud, tout en reconnaissant les défis à venir.
Laurence Schwob, directrice du développement de France Télévisions, aborde cette question avec pragmatisme : « Notre succès est la condition pour éviter la surabondance », répond-elle, tout en admettant qu'il faudra veiller à ne pas fragiliser l'écosystème existant. Cette préoccupation est d'autant plus pertinente que d'autres projets similaires émergent simultanément à Bry-sur-Marne, Reims ou Marseille.
Deux visions complémentaires pour l'avenir
La directrice du développement de France Télévisions croit fermement à l'essor des tournages en studio, invoquant notamment les aléas climatiques de plus en plus fréquents et les nouvelles technologies qui transforment les méthodes de production.
Nathalie Séverin, la doctorante spécialisée, distingue toutefois les deux ambitions portées par ces projets : « France Télévisions vise aussi des émissions de plateau, quand Pics Studio se place sur une dimension internationale du cinéma ». Elle note cependant que certains acteurs locaux expriment des doutes quant à la rentabilité du projet privé, une question qui ne trouvera sa réponse définitive qu'en 2028, lors de l'ouverture effective des nouveaux studios.
Cette expansion significative des infrastructures de tournage en Occitanie témoigne d'une transformation profonde du paysage audiovisuel français, avec des répercussions économiques, sociales et culturelles qui dépassent largement le cadre strict de la production télévisuelle.