Les ports corses paralysés par la colère des pêcheurs face à l'explosion du prix du carburant
Ce mardi matin, une action de blocage d'envergure a immobilisé les six principaux ports de l'île de Beauté. À l'appel du jeune syndicat pour la défense des pêcheurs Corse, des navires de pêche se sont positionnés stratégiquement dans les ports d'Ajaccio, Bastia, Propriano, l'Île-Rousse, Bonifacio et Porto-Vecchio, rendant toute navigation impossible pour les autres embarcations.
Une spirale mortifère dénoncée par les professionnels de la mer
Joseph Sanna, porte-parole du syndicat, a expliqué à l'AFP l'objectif de cette mobilisation sans précédent : « Notre but est de mettre fin à cette spirale mortifère de cette augmentation du gasoil ». Les pêcheurs corses subissent de plein fouet la hausse vertigineuse des prix des carburants, déjà structurellement plus élevés sur l'île que sur le continent.
La situation est particulièrement critique depuis le début de la crise énergétique générée par le conflit au Moyen-Orient. Selon les données de l'observatoire du carburant Amarrée, le prix moyen du litre de gazole pêche détaxé est passé de 64 centimes le 2 mars à 1,09 euro le 2 avril, soit une augmentation de près de 70% en un mois.
Des conséquences immédiates sur le trafic maritime et le ravitaillement
Les blocages ont immédiatement perturbé le trafic maritime essentiel à l'île. Un bateau de la Corsica Linea, transportant à la fois des passagers et des vivres depuis Marseille, est resté à l'arrêt dans le golfe d'Ajaccio. Un navire de croisière, quant à lui, a finalement été contraint de se dérouter vers le port de Gênes, en Italie.
La préfecture de Corse a estimé que ces blocages paralysaient en mer « entre 2.500 et 3.000 passagers », sans compter les passagers du bateau de croisière à Ajaccio. Face à cette situation de crise, les autorités ont proposé aux pêcheurs de participer à une table ronde prévue mercredi après-midi pour examiner en détail le prix du gazole marin et « trouver des solutions ».
Une demande d'équité entre pêcheurs corses et continentaux
Joseph Sanna a été catégorique quant aux revendications des professionnels : « On va mettre les pieds dans le plat une fois pour toutes : il faut rétablir la situation entre la Corse et le continent avec les pêcheurs continentaux qui eux sont à 45 voire 50 centimes moins chers que nous ». Cette inégalité de traitement constitue le cœur du conflit qui oppose les pêcheurs aux autorités.
Au cours de la matinée, certains bateaux bloqués en mer ont finalement pu accoster dans plusieurs ports de l'île, mais la préfecture a clairement indiqué que la levée des blocages était un préalable indispensable à la participation à la table ronde de mercredi. Les pêcheurs, quant à eux, semblent déterminés à maintenir la pression jusqu'à l'obtention de solutions concrètes et durables.



