Feux de forêt : alerte précoce en Aquitaine dès mars
Feux de forêt : alerte précoce en Aquitaine

En Aquitaine, quatre départements ont été placés en alerte modérée aux feux de forêt dès le 1er mars. Les secours soulignent que les incendies printaniers peuvent être aussi vifs que ceux de l'été.

Une vigilance renforcée dès le printemps

Leur camionnette d'un jaune pétant ne passe pas inaperçue. En Haute Gironde, le véhicule de la Défense des forêts contre les incendies (DFCI) est devenu un élément familier. « Les gens nous connaissent maintenant », se félicite Thierry Soulignac, vice-président de la DFCI Gironde. « Avec notre voiture, les habitants savent que quelqu'un veille sur la forêt. C'est important pour eux, et ils sont très satisfaits. »

Le pick-up permet d'accéder à tous les chemins du secteur. « On a cette chance d'avoir de beaux véhicules, tout neufs et très pratiques, financés par la Région, l'État et l'Europe », souligne Bruno Febvin, qui participe aux patrouilles. Il a repris son activité bénévole il y a trois semaines. « Cette année, ça commence beaucoup plus tôt que les autres années, s'inquiète le retraité. Depuis fin mars, on est en alerte car la situation peut être dangereuse. La chaleur inhabituelle qu'on a eue en mars a précipité les choses au niveau de la végétation, qui s'est asséchée. Après, il suffit qu'il y ait quelques jours de bonne pluie et on sera tranquilles pour quelque temps. Mais si la chaleur continue, on pourrait passer à un risque sévère. »

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Un travail de vigie essentiel

Depuis le 1er mars, la Gironde – tout comme les Landes, le Lot-et-Garonne et la Dordogne – est en alerte modérée, un niveau 3 sur une échelle de 6. Le signe que cette avant-saison n'est plus anodine en matière de feux de forêt. La préfecture revendique d'ailleurs avoir déclenché « une mobilisation renforcée afin d'anticiper la saison estivale ». Dans cet effort, la DFCI est en pointe : « On est aux premières loges, observe le vice-président. Notre travail est important car on est les vigies, les yeux et les oreilles de la forêt. On l'aime, on essaye de la préserver le mieux possible. »

Ici, le véhicule circule sept jours sur sept. Il est affecté à un secteur de 12 500 hectares à surveiller autour de Reignac. Vingt bénévoles (sur les 1 125 formés en Gironde) se relaient en binôme. « Quand on part, on active une application qui permet d'être géolocalisé en direct par les pompiers et les gendarmes, explique le duo du jour. Comme ça, si on identifie un feu, les coordonnées sont transmises facilement. »

Les risques des feux printaniers

Ce jour-là, la température atteint les 25 °C à l'ombre. « On voit que la fougère commence à être bien verte, ça ralentit un peu la propagation du feu, positive Bruno Febvin. Durant tout l'après-midi, on prospecte, on fait des rondes, on fait l'état des pistes de-ci de-là. On contrôle aussi l'état des points d'eau. Et si on trouve un feu, on essaie de l'éteindre… »

Le pick-up est équipé d'une cuve de 700 litres, qui peut aussi servir aux agents pour surveiller des reprises après qu'un incendie a été éteint. Thierry Soulignac se fait soudain formel : « Il faut dire aux gens qui voudraient faire un pique-nique d'être vigilants, même à cette période, car les choses peuvent dégénérer. On peut manger, mais surtout pas allumer de feu. Les barbecues, c'est non ! Il ne faut pas être inconscient. »

La double saisonnalité du massif des Landes

Parmi ceux qui sont également en alerte anticipée, il y a évidemment les pompiers. Le commandant Rémi Lassoureille, chef du groupement feux de forêt au service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de la Gironde, rappelle un point clé : « Le massif des Landes de Gascogne est marqué par une double saisonnalité assez spécifique, qui est intimement liée à sa végétation. Au printemps, la strate basse, encore morte sur pied, n'a pas repoussé. Ce n'est que transitoire, entre la sortie de l'hiver et la montée de la sève, mais ça en fait une période à risque. »

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Ainsi, le professionnel rappelle que si la mémoire populaire retient les incendies estivaux, les feux de printemps peuvent aussi parcourir de grandes surfaces. Il cite Cissac en 2017 (1 000 hectares) et Avensan en 2021 (300 hectares). « On s'adapte à cette spécificité printanière, avec une ouverture de saison fin février-début mars, dévoile le lieutenant. On rode nos gammes en préparation de l'été. »

Des moyens renforcés pour frapper vite

Concrètement, la veille permanente est activée : surveillance du massif, armement des engins, reprise des formations. « Tout est prêt avant mars », insiste le Sdis. Preuve de la gravité du moment, les pompiers louent en ce moment un hélicoptère bombardier d'eau. Son avantage : face à des sols détrempés, les camions peuvent s'embourber. L'hélicoptère permet de gagner du temps dès les premières flammes. « Et dans le massif, nous prépositionnons des moyens pour frapper vite et fort », conclut le spécialiste, avec un chiffre qui renvoie à la responsabilité des usagers de la forêt : 95 % des feux sont d'origine humaine.