Les ports de Sète et Marseille sont devenus des cibles de choix pour l’export de véhicules volés qui inondent le marché automobile du Maghreb. Des réseaux structurés sont à l’œuvre contre lesquels les policiers aux frontières et les acteurs de la filière, très impactés, tentent de lutter.
Une opération coup de poing sur le port de Sète
Ce mercredi-là, la gare maritime Orsetti de Sète accueille pas moins de 700 passagers, 419 voitures et 118 fourgons à l’embarquement pour Béjaïa en Algérie, à bord d’un ferry de Corsica Linéa. Postés au bout d’une ligne droite juste après le contrôle des voyageurs aux frontières, les policiers de la PAF ont une bonne visibilité. La commissaire Paola Jouin supervise l’opération coup de poing du jour sur le port de Sète, pour porter un signal fort contre le trafic galopant de voitures volées. À ses côtés, une quinzaine de policiers se tiennent prêts à passer les véhicules au radar. Mais cette fois, ils ne sont pas seuls : des experts d’Argos (Groupement d’intérêt économique composé des plus importants assureurs français) et de Mobilians (consortium de plateformes françaises de location de véhicules) les accompagnent.
Une explosion des vols de véhicules de location
Pensant avoir fait le plus dur, les conducteurs comprennent qu’ils vont devoir se soumettre à un contrôle non annoncé. Et pour cause : selon Tristan Ganivet, secrétaire général mobilités partagées de Mobilians, le nombre de véhicules de location volés a explosé, avec une augmentation de 90 % en cinq ans. Il lance un appel : « Il faut arrêter l’hémorragie ! » Son organisation, qui représente une centaine d’adhérents dont huit grandes enseignes (Sixt, Avis, Hertz, Rent a car, etc.), a constaté des chiffres très inquiétants. En 2025, 2400 voitures volées ont été recensées, pour un préjudice de 20 millions d’euros. Sur ce montant, les ports de Marseille et de Sète ont été identifiés comme des points de fuite inquiétants vers le Maghreb et l’Algérie en particulier, avec des pertes évaluées à 2,5 millions d’euros par an grâce à la géolocalisation.
Des contrôles renforcés pour repérer les véhicules volés
D’où la descente cette semaine à la gare Orsetti : « Concrètement aujourd’hui, on aide les forces de l’ordre à repérer les véhicules volés », explique Tristan Ganivet. Il est 11 heures lorsque les premiers véhicules débouchent et que le criblage commence. En quelques secondes, les experts repèrent des potentiels suspects : grosses berlines, derniers modèles, plaques d’immatriculation provisoires roses, équipements extérieurs sont autant d’indices. Les modèles de prestige de marque Volkswagen ou PSA (2008 ou 3008) sont les plus volés. Les plaques d’immatriculation sont scrutées, notamment celles du département 60, qui concentre un grand nombre de loueurs. Mobilians passe les plaques dans son propre fichier de véhicules volés. Des conventions sont passées entre les forces de l’ordre et les commissions de sécurité, ce qui permet d’avoir un maximum d’informations sur les véhicules volés tout au long de l’année pour tenter de les retrouver.
Pendant que les policiers passent les voitures au fichier européen des véhicules volés et contrôlent les procurations d’achat des véhicules à destination de l’étranger, les spécialistes d’Argos cherchent, grâce à des points spécifiques à chaque constructeur, si des véhicules ont été maquillés. Entre 2 et 5 véhicules volés sont identifiés par embarquement, mais ils pourraient être bien plus, selon la commissaire Paola Jouin.
Des réseaux structurés et des garages fictifs
Selon la commissaire Paola Jouin, le trafic de voitures volées apparaît de plus en plus organisé à destination du Maghreb. « Les mules payées par les réseaux pour faire passer les voitures à l’étranger ont jusqu’à 24 heures avant le départ pour acheter leur billet. Ils attendent de voir comment ça se passe pour embarquer ou pas. Et on sait qu’il y a une vingtaine de désistements de dernière minute par embarquement », assure l’officier. D’où la complexité des opérations sur le terrain pour juguler les passeurs.
Quand un véhicule est volé, il doit sortir de France le plus rapidement possible, et on constate qu’ils inondent le marché algérien, estime Tristan Ganivet. La commissaire Jouin ajoute : « C’est aussi lié au contexte des relations diplomatiques. Il n’existe pas de système de coopération en matière de vol avec ce pays et lorsqu’un véhicule volé passe la frontière, c’est fini. »
Les réseaux se cachent derrière des garages fictifs, faussement déclarés comme concessionnaires. Ils maquillent les véhicules ou multiplient les certificats d’immatriculation provisoires (plaques roses), une zone grise, pour dissimuler l’identité du propriétaire d’origine le temps de revendre le véhicule. Les policiers stoppent aussi des passeurs avec de fausses procurations d’achat établies à l’étranger pour des voitures en réalité volées.



