Le secrétaire général du syndicat policier Un1té, Grégory Joron, a profité de la réunion de ses équipes dans les Alpes-Maritimes pour échanger avec le ministre de l'Intérieur, en visite jeudi à Nice. Il a remis un courrier exposant les besoins urgents en effectifs dans la ville et le département.
Un besoin criant d'effectifs
« Il y a un besoin criant d'effectifs, à Nice comme dans beaucoup d'endroits sur le territoire », a déclaré Grégory Joron. Selon lui, près de cent enquêteurs ont disparu en trois ans dans les Alpes-Maritimes, et il manque globalement 250 à 300 policiers dans le département. Au niveau national, le déficit est de 2500 enquêteurs, alors qu'un plan n'en prévoit que 700 cette année.
« Les effectifs sont les mêmes qu'en 2008-2009, mais à l'époque, on ne connaissait pas l'explosion du narcotrafic, la pression migratoire actuelle, l'évolution démographique », a-t-il ajouté, soulignant l'inadéquation entre les moyens et les défis actuels.
Narcotrafic : une guerre de territoires
Interrogé sur la situation à Nice après une nouvelle fusillade dans le quartier des Moulins, Grégory Joron a estimé que le niveau de tension est élevé, comparable à d'autres villes comme Nantes ou Grenoble. Il a expliqué que Nice souffre de la proximité avec Marseille et de la volonté des trafiquants marseillais d'élargir leur zone de chalandise. « Nice, c'est une zone à prendre. Il y a des règlements de comptes parce qu'on est dans une guerre de territoires. »
Il a également mentionné des tirs réguliers de kalachnikov sur la circonscription de Vallauris, illustrant l'ampleur du phénomène.
L'objectif « zéro point de deal » remis en question
Concernant l'objectif gouvernemental de « zéro point de deal », le syndicaliste a émis des doutes : « La réalité, c'est qu'ils trouveront la parade. Regardez le Covid : c'est là qu'est né l'Ubershit... C'est un commerce, et ils ont souvent un coup d'avance. » Il a rappelé que le chiffre d'affaires de la drogue a été évalué à 6 milliards d'euros l'an dernier, et que malgré la baisse des points de deal, la vente de drogue augmente.
Des moyens insuffisants pour gagner la guerre
Interrogé sur les moyens de l'État, Grégory Joron a estimé qu'il y a « encore énormément de pudeur ». Il a plaidé pour des lois d'exception, comme pour le terrorisme, acceptant de sacrifier un peu de liberté individuelle pour la retrouver demain. « Mais la question est très politique. Quand je vois les débats à l'Assemblée Nationale, je crois qu'on n'est pas encore prêts à franchir certains caps. »



