L'élu marseillais Amine Kessaci, figure emblématique de la lutte contre le narcotrafic en France, a exprimé sa « colère » et sa « tristesse » dans un entretien accordé à Midi Libre, au lendemain de la mort d'un adolescent de 15 ans, exécuté par deux tueurs cagoulés à Nantes. Il appelle les maires à s'unir face à ce fléau qui gangrène les territoires.
Un drame qui interroge
« Je pense qu'aujourd'hui la vraie question à se poser c'est quel territoire n'est pas touché par le narcotrafic ? Je ne saurais pas citer quel territoire dans ce pays n'est pas touché », dénonce l'adjoint au maire de Marseille, alors que les règlements de comptes se multiplient, de Nice à la banlieue lyonnaise. Amine Kessaci appelle les élus à s'unir face à l'hydre du narcotrafic qui sème la mort dans les cités.
Un appel à l'unité des maires
Les maires « ne sont pas seuls. Aujourd'hui ce drame montre encore une fois l'urgence et la nécessité d'agir en matière de lutte contre le narcotrafic. Et par conséquent, leur adhésion à l'association des maires européens qui agissent contre le narcotrafic est fortement attendue par tout le monde », souligne l'auteur du livre choc Marseille, essuie tes larmes (Le Bruit Du Monde).
Renforcer l'arsenal législatif
À l'approche du début du procès, lundi à Marseille, de Félix Bingui, chef présumé de Yoda, le clan rival de la DZ Mafia, Amine Kessaci plaide aussi pour un renforcement de l'arsenal législatif français, rappelant que la bataille se joue aussi dans les prétoires. « Je pense que dans ce pays on a un besoin concret de se doter de textes législatifs, explique-t-il. La narcocratie ne fait pas que se défendre face à la loi, elle apprend à détourner la loi, à contourner la loi. Donc on a besoin de textes législatifs très concrets, très serrés, très carrés, très organisés, très prévoyants. Aujourd'hui je suis à la disposition du gouvernement, de tous les groupes politiques, pour qu'on monte tous ensemble une loi de lutte contre le narcotrafic. Ça ne doit pas être une question de droite ou de gauche, ça doit être une question de priorité. »
Accompagner les familles de victimes
Au-delà, « on a aussi besoin de moyens très techniques et très organisationnels sur l'accompagnement de ces familles de victimes. On a vu à Nantes ces familles qui étaient dans le centre social de ce quartier endeuillé, de ce quartier meurtri. On a besoin d'avoir des textes qui prévoient ça », poursuit le militant, qui exprime toute sa « solidarité » aux proches du mineur tué par balles, dans le quartier Port-Boyer près d'un point de deal.
« Ce que cela m'inspire, c'est de la colère, que ce genre de scène puisse se reproduire. Et de la tristesse pour cette famille, pour cette mère. Je sais ce qu'elle ressent, je sais ce par quoi elle va passer, je sais que dans quelques jours elle devra réfléchir au lieu où elle devra enterrer son enfant, ce sont des choses que j'ai déjà faites trop de fois », ajoute l'élu, engagé contre le narcotrafic depuis la mort de ses frères, Brahim assassiné il y a cinq ans, et Mehdi, en novembre dernier.
Une lutte personnelle
Selon des informations publiées par plusieurs médias, les tueurs de Mehdi Kessaci se seraient, à l'époque, « trompés de cible ». Des fuites dans la presse dénoncées par Amine Kessaci qui a porté plainte pour violation du secret de l'instruction : « Mon petit frère (Mehdi, NDLR) n'était connu de personne, je suis placé sous protection policière. Bien sûr que c'est moi qui suis visé, je n'attends pas un article du Monde pour me le confirmer. Mon petit frère a été assassiné à ma place. »
Un élu sous protection
Devenu quatrième adjoint au maire de Marseille, à la faveur des élections municipales à Marseille, en mars dernier, Amine Kessaci est en charge de la jeunesse, de la citoyenneté et de l'engagement dans la deuxième ville de France, une mission qu'il accomplit, malgré l'imposant dispositif de sécurité qui l'entoure désormais. « Je suis constamment sur le terrain, constamment aux côtés des associations. J'ai été aujourd'hui à un tournoi de boxe, j'ai été à une assemblée générale, j'ai été en représentation du maire à une cérémonie. Je suis un élu qui, à la fois, a une attention particulière, une protection particulière, mais qui est dans l'exercice plein de son mandat. Et j'irai jusqu'au bout de ce mandat », promet-il.



