Montpellier : les épiceries de nuit doivent fermer plus tôt
Montpellier : les épiceries de nuit doivent fermer plus tôt

À Montpellier, les épiceries de nuit subissent un nouveau tour de vis. Un arrêté municipal, pris le 12 janvier, impose des restrictions drastiques : fermeture de 22h à 6h du jeudi soir au lundi matin dans neuf secteurs de la ville, et interdiction de la vente d'alcool à emporter les autres soirs à partir de 22h. Les commerçants, déjà fragilisés, expriment leur désarroi.

Un commerçant de Figuerolles témoigne

Dans le quartier Figuerolles, un épicier installé depuis le début des années 1990 confie : « Ça ne me surprend pas. J’ai mis en vente mon commerce depuis six mois. Je n’ai qu’une envie, c’est d’arrêter. » Ses étagères sont vides, les clients rares. « Certains jours, je ne vends que pour 20 ou 30 euros. Je suis ouvert de 9h à 22h, sept jours sur sept. Je dois payer les charges, les impôts, l’Urssaf. Avec ma retraite de 140 euros, comment je fais pour vivre ? »

À son ouverture, le commerce était florissant : « Je faisais 200 à 250 euros par jour, plus le week-end. Les gens venaient chercher à manger et à boire pour leurs soirées. » Mais une supérette voisine a étendu ses horaires jusqu’à 21h, même le dimanche. « Comme je dois fermer à 22h, ça ne me laisse presque plus de temps pour vendre de l’alcool. J’ai arrêté les surgelés et les produits périssables. »

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La concurrence s’est accrue. « Certaines épiceries trichent. Moi, je n’ai jamais eu de plainte ni de fermeture administrative. Je travaille sérieusement, mais on m’en empêche. » Le sexagénaire déplore aussi les difficultés de stationnement : « Avant, les gens circulaient et se garaient facilement. Maintenant, c’est très difficile, même pour moi. »

Un historique d’arrêtés depuis 2020

La Ville de Montpellier a multiplié les arrêtés ces dernières années. En août 2020, la vente d’alcool à emporter était interdite de 22h à 6h. En juin 2021, un arrêté imposait la fermeture des épiceries de 21h à 7h du jeudi au dimanche matin sur sept secteurs, mais il avait été annulé par le tribunal administratif en août, jugé trop restrictif. En janvier 2022, un nouvel arrêté exigeait une fermeture de 22h à 6h quatre jours par semaine pendant les vacances de Pâques, d’été et de la Toussaint. D’autres arrêtés ont suivi.

Sur les onze premiers mois de 2025, le préfet Lauch a signalé que 83 commerces de Montpellier, majoritairement des épiceries de nuit, avaient fait l’objet de fermetures administratives.

Un épicier afghan en plein centre-ville

Sur la place Molière, Dost-Mohammad Noori, épicier afghan, n’était pas au courant de l’arrêté. « J’ai acheté le fonds de commerce avec licence 3 il y a un mois. Avec cette interdiction, je suis mort. » Sa boutique, ouverte de 10h à minuit (jusqu’à 2h le week-end), est idéalement située derrière l’Opéra-Comédie. « La nuit, les magasins sont fermés, je vends de l’alcool, des glaces, des fruits secs… » Il est la seule épicerie afghane de la ville, proposant des produits de son pays et des boissons asiatiques.

Arrivé en France en 2017, il comprend les critiques envers certains confrères : « Il y en a qui vendent du shit ou des cigarettes frauduleuses. Ces brebis galeuses pénalisent toute la profession. Je ne suis pas sûr qu’on pourra continuer. »

L’adjoint à la sécurité justifie l’arrêté

Sébastien Cote, adjoint délégué à la sécurité, explique : « Malgré l’arrêté de 2021, il y a encore beaucoup de nuisances, comme le montrent les nombreuses fermetures administratives. Nous sommes le département qui en compte le plus. L’objectif est de limiter les troubles à l’ordre public et les nuisances pour les riverains. »

Les nuisances incluent le bruit (cris, voitures en double file), la saleté (bouteilles brisées, canettes, cartouches de protoxyde d’azote). Les secteurs concernés ont été définis à partir des rapports de police et des plaintes. L’arrêté prévoit une fermeture de 22h à 6h du jeudi au dimanche, et une interdiction de vente d’alcool tous les jours de 22h à 6h. Un bilan sera fait dans six mois.

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Interrogé sur le nombre d’épiceries de nuit, Cote répond : « Leur nombre est passé d’une trentaine il y a quinze ans à plus de 150 aujourd’hui. Dans certaines rues, il y en a plusieurs. Huit sur dix travaillent mal. On essaie de rééquilibrer. »

L’avocat redoute des conséquences dramatiques

Me Christian Dumont, qui a défendu des épiciers contestant un précédent arrêté, estime : « Ça risque de porter un coup fatal à ces commerces, mais c’est peut-être le but recherché. Le maire considère qu’ils blanchissent l’argent de la drogue, mais il ne faut pas faire d’amalgame. Ces commerçants participent à la vie de leur quartier. Qui n’a pas eu besoin de s’y rendre un jour ? J’ai des clients qui se sont réinsérés en ouvrant un petit commerce. Cet arrêté peut avoir des conséquences dramatiques. Il risque d’ailleurs d’être censuré par le tribunal administratif. »

L’arrêté concerne neuf secteurs : l’Écusson et ses alentours, ainsi qu’un vaste territoire entre la Pompignane, Tournezy et Celleneuve, en passant par Richter, Antigone, Croix-d’Argent et Prés-d’Arènes.