Trois des personnes interpellées lors des débordements de la manifestation du 10 septembre à Montpellier comparaissaient ce vendredi 12 septembre devant le tribunal judiciaire. Leur profil surprend : calmes, courtois, ils s'expriment avec des mots choisis. Pourtant, ils sont poursuivis pour rébellion, violence sur la police ou tentative d'incendie. L'un est étudiant en bachelor développement des affaires, un autre en anthropologie après un diplôme d'ingénieur, le troisième, quadragénaire, est titulaire d'un bac+5 en droit immobilier.
Des profils atypiques pour des actes violents
Le premier prévenu, âgé de 19 ans, cherche une entreprise pour son alternance. Il lui est reproché d'avoir tenté de brûler des poubelles sur la Comédie. La présidente Geneviève Boussaguet l'interroge : « Qui paye tout ça ? » Il répond : « L'Agglo de Montpellier. » La magistrate rétorque : « C'est aussi l'auteur de l'infraction. » Le jeune homme est également poursuivi pour s'être débattu à coups de pied. L'avocate de la partie civile déplore : « Quand on lit le PV, on est épuisé pour les fonctionnaires de police. »
La procureure Olivia Perrot, s'excusant des termes employés, déclare que les événements qui ont suivi la dispersion du cortège « n'avaient pour but que de mettre le bordel et s'en prendre aux forces de l'ordre. Des forces de l'ordre qui ne sont pas des robots, mais des personnes qui font leur travail pour le peuple français. » Elle requiert quatre mois de prison avec sursis, un stage de citoyenneté et l'interdiction de détenir une arme pendant cinq ans.
« Il n'était pas venu pour casser du flic »
L'avocate de l'étudiant, Me Laetitia Leroy-Swed, assure que son client « n'était pas venu pour casser du flic ». Elle souligne le contraste entre son profil et la situation dans laquelle il se trouve. Elle plaide pour que sa condamnation ne soit pas inscrite au casier judiciaire, afin de ne pas compromettre son insertion professionnelle.
Un deuxième prévenu, âgé de 27 ans, s'apprête à poursuivre ses études à l'université Paul-Valéry, tout en travaillant à mi-temps dans un magasin. Casier judiciaire vierge, il demande un délai pour préparer sa défense.
Un quadragénaire ivre et des peaux de bananes
Le troisième prévenu, un homme de 41 ans originaire de Saint-Bauzille-de-la-Sylve, est diplômé et inséré professionnellement. Lors des incidents, il a mis le feu à un conteneur qu'il a dirigé vers des CRS, et leur a jeté des projectiles, dont des peaux de bananes. Il explique : « J'étais venu sur Montpellier avec l'intention de manifester une émotion, pas pour casser du flic. » Mais après plusieurs bières fortes, les choses ont dérapé. Il invoque son addiction à l'alcool et « l'effet de meute ».
Son avocat, Me Rémi Bertrand, plaide : « Ce n'est pas un dangereux anarchiste. Il ne conteste pas la rébellion et regrette ces gestes. » Le prévenu ajoute : « Je ne suis pas quelqu'un de violent. En garde à vue, une fois dégrisé, je me suis très bien entendu avec les policiers. »
Les peines prononcées
Le tribunal a condamné l'étudiant de 19 ans à quatre mois de prison avec sursis simple, obligation de suivre un stage de citoyenneté à ses frais et de verser 500 € au policier partie civile au titre du préjudice moral, plus 500 € de frais d'avocats. L'homme de 41 ans, qui a une mention au casier pour conduite en état d'ivresse, écope de 12 mois avec sursis simple, stage de citoyenneté et obligation d'indemniser les cinq policiers parties civiles (500 € chacun pour préjudice moral, plus frais d'avocat). Enfin, l'étudiant de 27 ans, dont la comparution est renvoyée au 14 novembre, est placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de manifester à Montpellier et de porter une arme.



