Bordeaux-Lac : les rodéos sauvages, une passion à haut risque
Bordeaux-Lac : les rodéos sauvages, une passion à haut risque

Chaque vendredi soir, à Bordeaux-Lac, près du stade Atlantique, les amateurs de vitesse et de voitures tunées se donnent rendez-vous pour des rodéos urbains. Malgré les opérations régulières de la police, cette activité interlope se déroule toutes les semaines, attirant des centaines de spectateurs.

Un rendez-vous informel mais régulier

« Enfin, il n’y a pas vraiment d’organisation », explique un participant. Exhibitions de voitures modifiées, courses, parties de « gomme » et dérapages au frein à main sont immortalisés sur les réseaux sociaux. « Ça fait des années que ça existe sans que personne n’en soit vraiment à l’origine. C’est le rendez-vous habituel. » Depuis le début des années 2020, ces rassemblements se tiennent avenue Marcel-Dassault à Mérignac, boulevard de l’Industrie à Bassens, ou encore avenue de Labarde, derrière le Métro de Bordeaux.

Un spectacle son et lumière

Dès 23 heures, la foule afflue. Ce vendredi 17 avril, le rendez-vous est donné cours Jules-Ladoumègue, une voie rapide longeant le parking P5 du Parc des expositions. Près de 300 personnes se répartissent de chaque côté de la route. Les voitures s’affrontent par deux sur quelques centaines de mètres, dans un show de pneus qui crissent, moteurs vrombissants et fumées noires ou blanches. « Pour nous, c’est un passe-temps. Plutôt que d’être devant Netflix, on vient ici », confie Mathéo, venu de Libourne.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un public varié

Dans le public, majoritairement masculin, des adolescents et jeunes adultes. Certains apportent des chaises pliantes pour être aux premières loges. Maeva, 21 ans, vient pour la deuxième fois : « J’aime les belles voitures. C’est un peu comme un circuit. » Elle apprécie particulièrement les drifts autour des ronds-points. Mais tous ne sont pas dupes : « Ouais, enfin du spectacle, faut le dire vite. Vous avez vu les voitures ? Elles sont toutes pétées », lance un ami de Mathéo.

Des risques et des sanctions

Assister à un rodéo urbain n’est pas interdit, mais y participer oui. Inscrit dans le code pénal en 2018, ce délit est passible de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. La répression se heurte toutefois à des problèmes concrets : manque d’effectifs, jeu du chat et de la souris avec les participants. En mai 2025, une BMW série 1 saisie lors d’un run a été vendue 37 500 euros par la justice. Le procureur Renaud Gaudeul avait promis : « On saisit le véhicule et on le vend dans la foulée. »

Opérations anti-run

En octobre 2025, cinq personnes de 19 à 36 ans ont été interpellées lors d’une opération « anti-run ». Quatre véhicules ont été saisis et vendus pour environ 100 000 euros, avec des peines de quatre à huit mois de prison avec sursis. Dans l’un des véhicules se trouvait la fille du conducteur, âgée de 6 ans. En avril 2023, une voiture avait percuté la foule, blessant une dizaine de personnes. Le conducteur a été condamné à trois ans de prison, dont un ferme.

Malgré les dangers, la passion reste intacte. Ce vendredi-là, Jules, 12 ans, vient pour la première fois avec son père. « Il est passionné par les voitures alors j’ai décidé de venir lui montrer, mais pas de trop près car c’est clairement dangereux », explique le père. « J’adore le bruit et la fumée », ajoute l’adolescent. La fête durera parfois jusqu’à 4 heures du matin, avec musique et bar ambulant.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale