40 ans du Raid : Jean-Michel Fauvergue raconte l'esprit et les combats de l'unité
40 ans du Raid : Fauvergue raconte l'esprit de l'unité

40 ans du Raid : « On va là où personne ne peut aller »

À Montpellier, lors d’un entraînement du Raid, Jean-Michel Fauvergue, patron de l’unité de 2013 à 2017, revient sur l’esprit et les combats de cette unité spéciale d’intervention de la police nationale qui fête ce jeudi 23 octobre ses quarante ans d’existence.

Comment définir le Raid que vous avez dirigé ?

Déjà, il a été créé car il manquait une unité centralisée au sein de la police nationale. Et depuis quarante ans, le Raid a la même philosophie. C’est une unité spécialisée de la police qui va là où personne d’autre ne peut aller, sur des preneurs d’otage, des forcenés retranchés chez eux, des membres de la criminalité organisée, les trafiquants de stups et les djihadistes. C’est aussi une unité de prestation de service pour les autres policiers quand il y a des interpellations de gens dangereux à faire.

Pourquoi l’affaire Merah en 2012 marque-t-elle un tournant ?

L’affaire arrive 14 mois avant que je sois nommé, c’est l’an « 0 » d’un nouveau type de forcené, désormais radicalisé. Jusqu’alors, le Raid intervenait en négociant avec des personnes qui avaient des problèmes psychologiques, à cause d’une déception amoureuse ou d’une perte d’emploi, et prenait en otage femme, enfant, ou voisinage. Dans ces cas-là, on obtient de 70 à 80 % de résultats positifs à la négociation, le reste étant obtenu de vive force avec si possible des moyens non létaux. Merah nous confronte à la réalité des djihadistes qui interviennent en trois temps : des cibles impactantes pour le grand public – des militaires à Montauban et Toulouse et des enfants juifs – puis il se retranche et n’essaye pas de fuir, car, troisième temps, il veut mourir les armes à la main et va se confronter au Raid. Face à ce genre d’individu, mon prédécesseur avait commencé, j’ai accéléré les choses, on a revu nos stratégies : le négociateur essaye de garder le contact pour avoir des informations et l’idée c’est un assaut non réversible jusqu’à la neutralisation, pour éviter que des otages soient tués.

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Le Raid s’est aussi illustré lors des attentats de 2015, à l’Hyper Cacher puis au Bataclan

J’en suis persuadé et on l’a ressenti très fort. À l’Hyper Cacher, nous sommes entrés pour sauver les otages et aussi pour signifier que l’on est un pays de liberté et que nos vertus républicaines doivent s’imposer à tous. Au Bataclan, le massacre est tellement vaste, grand, malgré la profondeur de la blessure dans la société, on a quand même martelé le message que notre manière de vivre, nos valeurs seront les plus fortes. Le Bataclan a repris ses spectacles, les sauvages n’ont pas gagné.

Aujourd’hui, le problème n°1 en termes de sécurité c’est le narcotrafic, comment le Raid s’adapte-t-il ?

Le problème n°1 en termes de sécurité c’est le narcotrafic, même si un autre trafic est en train de monter très fort en termes de violences et d’argent au black récupéré, c’est la contrebande de cigarettes. Le narcotrafic, j’en parle dans mon livre, le Raid est dans la phase d’action, au bout de l’opération de police et il est très utile car il évolue avec de nouveaux équipements, d’effectifs, de moyens nautiques par exemple, il évolue vers ça et peut passer à l’action rapidement. Mais avant, il y a la phase enquête et après, on retourne dans la problématique de la justice et d’application des lois.

Le Raid ce sont trois ou quatre interventions par jour qui ne font pas les gros titres…

Oui et par définition, les petites interventions, ça n’existe pas, certaines sont très violentes, d’autres grandes interventions se passent très bien. On peut être appelé par des flics, des gendarmes et j’ai même eu à assister des douaniers pour des interventions difficiles. Il y en a de plus en plus dans notre société plus violente où les criminels de petite envergure, armés, n’hésitent pas, désinhibés par la violence qu’ils portent et qu’ils reçoivent, à tirer sur les forces de l’ordre.

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Durant votre quinquennat, avez-vous un souvenir précis d’une intervention en Occitanie ?

Nous avons réalisé plein d’interventions… Mais allez, je vous le dis : ma dernière intervention comme chef du Raid, c’était à Montpellier. Nous étions en pleine campagne électorale de 2017, des personnalités politiques avaient été menacées par des terroristes, et nous avions un renseignement de la DGSI qui nous fixait des cibles sur Montpellier qui préparaient du TATP, de l’explosif dans leur habitation et leur baignoire. Nous sommes intervenus au petit matin avec la toute nouvelle antenne de Montpellier créée en 2016, nous avons fait exploser les portes pour avoir cet effet de sidération, les terroristes ont été interpellés alors que de l’explosif était prêt. L’anecdote c’est que sur le palier au rez-de-chaussée, il y avait trois portes qui venaient d’être blindées récemment mais les vis des gongs n’avaient pas été changées, le souffle de l’explosion a fait écrouler toutes les portes, avec des gens sidérés et inquiets, on les a rassurés, il y a eu un suivi psychologique et nous avons remboursé les dégâts.

Jean-Michel Fauvergue, “Ni capitulation, ni résignation, osons le courage !” (Fayard éditions)