Budget 2025 : la Cour des comptes alerte sur la fragilité des finances publiques
Budget 2025 : la Cour des comptes alerte sur la fragilité

Annonce d'un plan de six milliards d'euros d'économies, puis extension des aides aux gros rouleurs : la journée du mardi 21 avril était symptomatique de l'ambivalence du gouvernement sur le front des finances publiques. Au lendemain des annonces de l'exécutif pour faire face au coût de la guerre au Moyen-Orient, la publication par la Cour des comptes du rapport sur le budget de l'État en 2025, ce mercredi 22 avril, rappelle la fragilité de la situation française et l'urgence de redresser la barre, même en cette année chahutée par la situation géopolitique et la flambée du prix du carburant.

Un déficit en trompe-l'œil

Du côté des bonnes nouvelles, les Sages de la rue Cambon saluent la baisse du déficit de l'État à 124,2 milliards d'euros, soit une amélioration de 31,7 milliards par rapport à 2024. Mais cette décrue est en trompe-l'œil : elle provient avant tout d'une forte hausse des impôts (+ 14,4 milliards d'euros), supportés pour l'essentiel par les entreprises, les plus aisés et les consommateurs d'électricité. Les dépenses ont certes été contenues (en recul de 2,2 milliards d'euros), mais ce coup de frein n'a pas été obtenu grâce à des réformes structurelles, mais par une forte réduction des crédits – 12,7 milliards ont ainsi été annulés en cours d'exercice.

« La réduction du déficit bénéficie de la fin de l'amortissement budgétaire de la dette Covid et de mesures de transfert de ressources affectées (1 % logement) », ajoute Carine Camby, présidente de la première chambre de la Cour des comptes, qui remplaçait Amélie de Montchalin, la première présidente et ancienne ministre du Budget, qui avait décidé de se déporter sur ce sujet.

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Une réduction insuffisante

« La réduction du déficit est donc fragile dans la mesure où elle repose pour moitié sur des hausses d'impôts importantes, et pour le reste sur les opérations non pérennes précitées, des transferts entre administrations publiques – neutres en comptabilité nationale – et des économies peu documentées et en partie non structurelles », notent les magistrats. Cette réduction n'a pas été suffisante pour freiner la progression de la dette de l'État, qui atteint 2 737 milliards d'euros. Notamment à cause de l'envolée des taux (3,35 % en moyenne sur l'année), qui ont alourdi la charge de la dette (51,6 milliards d'euros). « On n'a jamais tant emprunté sur les marchés financiers », alerte Carine Camby. Pour rappel, pour l'ensemble des finances publiques, la dette dépasse 3 460 milliards d'euros, car il faut ajouter à celle de l'État les administrations de Sécurité sociale et les collectivités locales.

Des perspectives peu optimistes

Pour les années à venir, la Cour n'est guère optimiste, notamment car les dépenses de l'État sont devenues de plus en plus « rigides » : 79,6 % d'entre elles ne peuvent être remises en cause que par des réformes (dépenses de personnel, restes à payer sur ce qui a déjà été engagé, engagements pluriannuels comme les lois de programmation sectorielles, etc.). Le rabot, l'arme préférée de nos gouvernants, ne suffira bientôt plus pour réduire le déficit. « Les marges de manœuvre se réduisent d'année en année », prévient Carine Camby. Pour faire face à notre situation budgétaire précaire, la Cour préconise notamment de poursuivre l'évaluation des dépenses fiscales pour supprimer les plus coûteuses et les moins efficaces, car celles-ci sont toujours en augmentation. Les Sages recommandent également de mieux suivre le tendanciel des dépenses.

L'avis du Haut conseil des finances publiques

Parallèlement à la publication de ce rapport, le Haut conseil des finances publiques (HCFP), organisme de conseil budgétaire indépendant placé auprès de la Cour des comptes, dans un avis publié également aujourd'hui, souligne que nous avons tout juste respecté la trajectoire sur laquelle nous sommes engagés, en grande partie grâce aux prélèvements obligatoires et à la sortie du bouclier tarifaire. Les dépenses restent dynamiques, surtout à cause de la sphère sociale, de la charge de la dette et du budget de la Défense. Le déficit structurel de l'ensemble des finances publiques demeure élevé, à – 4,9 % du PIB, pour un déficit total de 5,1 %, bien au-dessus de la cible prévue dans la loi de programmation des finances publiques.

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Dans un autre avis, le HCFP s'est penché sur l'avenir. Les prévisions macroéconomiques pour cette année (environ 0,9 % de croissance et un coût du conflit au Moyen-Orient de 4 milliards pour les finances publiques) lui semblent cohérentes avec le scénario d'une normalisation du prix du baril au second semestre. Mais l'objectif de 5 % de déficit risque d'être difficile à atteindre. Le Haut Conseil estime que plusieurs conditions devront être réunies pour tenir la prévision : la mise en œuvre effective de mesures d'économies à hauteur des 6 milliards d'euros annoncés sur les administrations centrales et de sécurité sociale (que le HCFP n'a pas pu expertiser, faute d'informations en temps et en heure) ; la confirmation d'un nouveau ralentissement des dépenses locales ; l'absence de mesures discrétionnaires non financées en réponse à la crise.

Une équation budgétaire toujours entière

« Le choc inflationniste n'a pas créé de cagnotte budgétaire », souligne Carine Camby, et « le déficit reste beaucoup trop élevé pour permettre une stabilisation de la dette publique ». En clair, l'équation budgétaire française reste entière dans cette année préélectorale, laissant présager un nouveau psychodrame budgétaire à l'automne, et le retour à des comptes publics assainis reste encore un scénario abstrait.