Référendum en Italie : Meloni essuie une lourde défaite sur la réforme de la justice
Italie : Meloni perd le référendum sur la justice

Les Italiens rejettent massivement la réforme de la justice de Meloni

Les 22 et 23 mars, les électeurs italiens ont clairement rejeté la réforme de la justice soumise à référendum, avec 53,7% de votes contre. Cette consultation, marquée par une campagne extrêmement polarisée et parfois violente, a mobilisé près de 60% des inscrits, transformant le scrutin en un duel frontal entre la présidente du Conseil Giorgia Meloni et la magistrature.

Un projet ambitieux mais controversé

Le projet de réforme, initialement porté par Silvio Berlusconi, visait à profondément modifier l'organisation judiciaire italienne. Il prévoyait notamment la séparation des magistrats du siège et du parquet, la création de deux Conseils supérieurs de la magistrature distincts pour les juges et les procureurs, la désignation de leurs membres par tirage au sort, ainsi que l'instauration d'une Haute Cour disciplinaire pour les magistrats.

Malgré le scandale Palamera qui avait mis en lumière certaines dérives corporatistes au sein de la magistrature, Giorgia Meloni a spectaculairement perdu son pari politique. Ce référendum devait constituer le point d'orgue de son mandat, après le report de plusieurs projets visant à renforcer les pouvoirs de l'exécutif ou à accroître l'autonomie des régions.

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Les multiples facteurs d'une défaite

Cette première lourde défaite de Giorgia Meloni depuis son arrivée au pouvoir en 2022 s'explique par plusieurs facteurs convergents. La campagne a été extrêmement personnalisée autour de la figure de la présidente du Conseil, dans un contexte économique anxiogène marqué par le choc pétrolier, la chute de l'activité économique, la résurgence de l'inflation et l'explosion des prix des carburants.

Au-delà de la conjoncture difficile, les Italiens ont sanctionné une approche jugée trop politique de la justice, qui ne proposait selon eux aucune solution concrète aux dysfonctionnements qui empoisonnent la vie des citoyens et des entreprises. Les électeurs ont également exprimé leur malaise croissant face au soutien inconditionnel de Meloni à Donald Trump et à Benyamin Netanyahou.

Enfin, le rejet du projet traduit une opposition à toute évolution de l'Italie vers un modèle de démocratie illibérale comparable à la Hongrie de Viktor Orban, à la Pologne du PIS ou à l'Amérique de l'ère Trump.

Un leadership fragilisé

Alors que Rome bruisse de rumeurs politiques, Giorgia Meloni a exclu toute démission et démenti le recours à des élections anticipées. Elle n'en demeure pas moins considérablement affaiblie par cet échec, dans un scrutin qui avait été précisément imaginé pour consolider son autorité et sa popularité, un an avant les élections législatives de 2027.

La dynamique du succès qui la portait jusqu'alors, symbolisée par la réussite des Jeux d'hiver de Milan, se trouve brutalement interrompue. Le modèle de populisme libéral autour duquel elle entendait moderniser l'Italie et réorienter l'Union européenne, structuré autour de l'union des droites et soutenu par la révolution conservatrice de l'administration Trump, apparaît désormais déstabilisé.

Démissions en cascade et difficultés croissantes

Les séquelles de la campagne radicalisée et de la défaite référendaire sont particulièrement lourdes. Elles ont entraîné une cascade de démissions au sein du gouvernement, avec les départs forcés du sous-secrétaire d'État à la justice Andrea Delmastro, accusé de liens avec la mafia, de la sulfureuse ministre du tourisme Daniela Santanche, cernée par les affaires, et de Giusi Bartolozzi, cheffe de cabinet du ministre de la Justice.

Sur le plan économique, la manne des 192 milliards d'euros de subventions et d'emprunts européens se tarit en plein choc pétrolier, alors que la démographie reste sinistrée, que l'économie ralentit, que la productivité diminue et que les exportations sont menacées par la montée du protectionnisme. Le déficit budgétaire dérape tandis que la pression fiscale augmente de 41,7 à 43,1% du PIB.

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Politiquement, la coalition des droites se trouve prise en tenailles entre la mobilisation de la société civile et la création d'un nouveau parti d'extrême droite, Futuro Nazionale, dirigé par le général Roberto Vannacci, ancien commandant des forces spéciales. Le projet de modification du mode de scrutin avant les législatives de 2027 apparaît désormais très largement compromis.

Un message constitutionnel fort

Si Giorgia Meloni est touchée par cette défaite, elle est loin d'être battue. Pour les élections de 2027, elle ne pourra cependant plus compter sur les faiblesses et divisions de ses adversaires ; elle devra nécessairement actualiser son libéral-populisme, dont l'échec référendaire a clairement montré les limites.

Les Italiens, dans le pays qui inventa le fascisme en fusionnant les passions nationales et sociales, ont rappelé avec force leur attachement à la Constitution de la République et au jeu des contre-pouvoirs. Ce message mérite d'être entendu par les citoyens et dirigeants des démocraties, à un moment où celles-ci traversent une crise existentielle et où l'État de droit se trouve fortement contesté.

Dans un nouvel âge des empires où la force revendique de primer sur le droit, la solution n'est pas de renoncer à la justice, sans laquelle il n'est plus de liberté, mais bien, dans la lignée de Pascal, de « faire en sorte que ce qui est juste soit fort et ce qui est fort soit juste ».