Les relations entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, longtemps perçues comme harmonieuses, connaissent désormais des fissures significatives. Selon des sources proches du parti, la lune de miel entre la chef de file historique et le jeune président du Rassemblement National (RN) touche à sa fin, à quelques mois des élections européennes de 2024.
Des divergences stratégiques de plus en plus marquées
Les désaccords portent principalement sur la stratégie électorale et la ligne politique à adopter. Marine Le Pen, forte de ses deux campagnes présidentielles, privilégie une approche plus modérée pour élargir la base électorale. Jordan Bardella, quant à lui, incarne une ligne plus dure, notamment sur les questions identitaires et européennes. Un cadre du parti confie : « Jordan veut aller vite et fort, Marine préfère temporiser et rassembler. »
Cette opposition s'est cristallisée lors de la préparation des listes pour les européennes. Bardella, pressenti comme tête de liste, souhaite imposer ses poulains, tandis que Le Pen défend les candidats historiques. Les réunions de la commission d'investiture sont devenues houleuses, rapportent des participants.
Une rivalité générationnelle et d'influence
Au-delà des questions stratégiques, une rivalité personnelle émerge. À 28 ans, Jordan Bardella incarne le renouveau et attire une base jeune, tandis que Marine Le Pen, 55 ans, cherche à consolider son héritage. Un sondage interne montre que Bardella bénéficie d'une cote de popularité de 45 % chez les moins de 35 ans, contre 32 % pour Le Pen. Cette dynamique inquiète l'entourage de l'ancienne candidate présidentielle.
Les deux dirigeants tentent de minimiser les tensions en public. Lors d'un déplacement dans le Nord, Marine Le Pen a déclaré : « Jordan et moi travaillons main dans la main. Il est l'avenir du parti. » Cependant, des fuites organisées dans la presse suggèrent le contraire. Selon un conseiller municipal RN, « c'est une guerre d'ego qui va s'aggraver. »
Un impact potentiel sur les élections européennes
Ces dissensions interviennent à un moment crucial. Le RN espère capitaliser sur son bon score aux législatives de 2022 pour remporter les européennes de 2024. Les sondages placent le parti en tête avec 28 % des intentions de vote, devant la majorité présidentielle (22 %). Mais les divisions internes pourraient freiner cette dynamique.
Un analyste politique de l'Ifop souligne : « L'unité est la clé du succès pour le RN. Si les électeurs perçoivent des luttes de pouvoir, ils pourraient se tourner vers d'autres listes souverainistes. » Le parti mise sur Bardella pour incarner le renouveau, mais les critiques de Le Pen pourraient brouiller le message.
Vers une recomposition des équipes dirigeantes
Des rumeurs de remaniement au sein de l'appareil du RN circulent. Marine Le Pen envisagerait de reprendre la main sur la commission des investitures, actuellement présidée par un proche de Bardella. De son côté, Bardella cherche à renforcer son équipe avec des conseillers issus de la société civile, au détriment des barons historiques.
Une réunion du bureau exécutif est prévue la semaine prochaine pour tenter d'apaiser les tensions. Selon une source interne, « soit ils trouvent un compromis, soit le parti va exploser. » L'issue de cette crise déterminera non seulement la direction du RN, mais aussi son avenir à long terme.



