Le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko (LFI), a suscité une vive polémique en évoquant la possibilité d'une « insurrection populaire » en cas de victoire du Rassemblement national à l'élection présidentielle. Cette déclaration, rapportée par nos confrères, intervient dans un contexte politique tendu, à moins d'un an du scrutin.
Une menace qui interroge
Interrogé sur les conséquences d'une arrivée au pouvoir de Marine Le Pen ou Jordan Bardella, Bally Bagayoko a affirmé avoir « l'intime conviction que le peuple se lèvera ». Une sortie qui n'est pas sans rappeler les propos de Michel Poniatowski, ministre de l'Intérieur de Valéry Giscard d'Estaing, qui en 1981 évoquait des « chars soviétiques place de la Concorde » si la gauche l'emportait. À l'époque, cette rhétorique avait été jugée outrancière, mais elle n'avait pas empêché François Mitterrand de remporter l'élection.
Aujourd'hui, la menace d'une insurrection populaire soulève des questions sur le respect des règles démocratiques. Comment un élu local peut-il suggérer que le résultat d'une élection libre pourrait être contesté par la violence ? Cette prise de position semble contradictoire avec les principes fondamentaux de la démocratie représentative.
La question de la légitimité
Certains pourraient arguer que le Rassemblement national, en tant qu'héritier du Front national, ne serait pas légitime à participer à une élection présidentielle en raison de ses origines négationnistes et antisémites. Cependant, ce raisonnement pourrait s'appliquer à d'autres partis, comme le Parti communiste ou La France insoumise, dont les prédécesseurs ont défendu des régimes autoritaires. Or, ces formations ont depuis lors rejeté les dérives de leur passé. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour le RN ?
Une stratégie de surenchère
La déclaration de Bally Bagayoko pourrait également s'inscrire dans une logique de compétition interne au sein de LFI, dans la perspective de la succession de Jean-Luc Mélenchon. Manuel Bompard, coordinateur national du parti, a d'ailleurs adopté un ton plus modéré, appelant à des « mobilisations populaires, mais absolument pas violentes ». Cette divergence illustre les tensions qui traversent le mouvement insoumis.
En attendant, LFI pourrait tirer profit de ce débat pour reconquérir une partie des classes populaires qui se sont tournées vers le RN. Mais la menace d'insurrection risque plutôt de renforcer l'image d'un parti prêt à tout pour conserver le pouvoir, y compris à remettre en cause l'ordre démocratique.



