Un prix pour défendre la laïcité et honorer la mémoire de Samuel Paty
À l'approche du 120e anniversaire de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État, l'association Unité laïque a créé le prix des Hussards noirs de la République. Cette première édition, particulièrement symbolique, intervient dans un contexte où la laïcité est régulièrement mise à l'épreuve et que les débats sur sa définition et son application divisent profondément la société française.
Mickaëlle Paty récompensée pour son hommage littéraire
Pour cette inauguration, c'est Mickaëlle Paty qui a été distinguée pour son livre Le Cours de M. Paty, coécrit avec Émilie Frèche. L'ouvrage rend hommage à son frère, Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie assassiné en octobre 2020 par le terrorisme islamiste pour avoir enseigné la liberté d'expression.
Dans son discours de réception, Mickaëlle Paty a souligné la gravité de ce moment. "Recevoir ce prix est un honneur teinté de gravité", a-t-elle déclaré, rappelant que cette reconnaissance survient parce qu'un enseignant a été tué pour avoir transmis ce que la France a de plus précieux : la liberté.
Samuel Paty, un Hussard noir de la République
Contre ceux qui ont tenté de présenter Samuel Paty comme un professeur maladroit, sa sœur a affirmé avec force qu'il incarnait ces maîtres que la République armait autrefois d'un simple outil – le savoir – et d'une mission immense : émanciper. "Il était un Hussard noir de la République", a-t-elle insisté, soulignant que transmettre la raison et la liberté n'est pas un simple métier mais un engagement profond.
Mickaëlle Paty a rappelé avec émotion que les professeurs ne prêtent pas serment comme les médecins, mais qu'ils s'honorent d'une promesse intime : donner à tous les élèves les moyens de s'extraire des déterminismes de la naissance pour former des esprits véritablement libres.
Un moment d'école ordinaire devenu cible
Le discours a mis en lumière comment un simple moment d'enseignement a suffi à déclencher la haine de ceux qui rejettent les valeurs républicaines. "Le terrorisme islamiste a frappé Samuel précisément parce qu'il enseignait la laïcité, la liberté de conscience et la liberté d'expression", a-t-elle rappelé, déplorant que désormais, de nombreux enseignants hésitent même à aborder ces sujets fondamentaux.
Face à ce constat, Mickaëlle Paty a lancé un appel sans concession : "Nous ne devons plus rien céder à ceux qui veulent imposer la peur dans nos écoles". Aucun professeur ne devrait se demander s'il risque sa vie en ouvrant un manuel, et aucun responsable public ne devrait détourner les yeux devant les intimidations et les pressions.
Un serment pour les enseignants de demain
La lauréate a formulé un vœu particulièrement fort : que l'Éducation nationale instaure un serment honorant les valeurs défendues par son frère. Ce serment des Hussards noirs de la République, qu'elle a lu intégralement, engage les futurs enseignants à :
- Défendre la liberté d'expression comme une flamme indomptable
- Promouvoir la tolérance comme rempart contre l'obscurantisme
- Respecter chacun sans amalgame ni complaisance
- Développer l'esprit critique comme arme émancipatrice
- Faire de l'école un sanctuaire de l'émancipation
- Ne pas se taire face à la passivité qui affaiblit
- Poursuivre le cours interrompu des victimes du terrorisme
"Ce serment redonne toutes les lettres de noblesse aux professeurs qui font battre tous les jours, dans leur classe, le pouls de la démocratie", a-t-elle affirmé avec conviction.
Un message d'espoir et de résistance
Malgré la douleur, le discours de Mickaëlle Paty s'est conclu sur une note d'espoir et de détermination. "Samuel Paty n'a pas été vaincu", a-t-elle déclaré. Le terrorisme a fait couler son sang mais n'a pas brisé ce qu'il voulait réduire au silence. Sa voix continue d'appeler à la lucidité, au courage et à la fidélité aux valeurs républicaines.
En remettant ce prix, l'association Unité laïque affirme une position claire : les Hussards noirs ne capituleront pas. Le livre de Mickaëlle Paty n'est pas seulement un récit, mais un avertissement et une promesse. L'avertissement que la barbarie peut frapper à nouveau si nous nous endormons, et la promesse que nous ne reculerons pas dans la défense de l'école laïque et des valeurs qui fondent notre République.



