La Rochelle célèbre les 25 ans de la loi Taubira contre l'esclavage
25 ans de la loi Taubira à La Rochelle

Une cérémonie chargée d'histoire

Ce dimanche 10 mai, la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions a pris une résonance particulière à La Rochelle. Pour la première fois depuis deux ans, la cérémonie s'est déroulée au pied de la statue « Clarisse », œuvre de l'artiste haïtien Woodly Caymitte, dit Filipo. Cette sculpture représente une jeune mère allaitante, achetée à Saint-Domingue et emmenée captive à La Rochelle. L'événement a marqué le 25e anniversaire de la loi Taubira, adoptée en 2001, qui a fait de la France « le premier pays au monde à reconnaître l'esclavage comme un crime contre l'humanité », a rappelé le maire Olivier Falorni.

Devant les officiels, les élus, les membres d'associations mémorielles et culturelles, ainsi que les enfants de l'école de la Genette et du collège Pierre-Mendès-France, le maire a souligné l'importance de ce texte fondateur. La cérémonie a été marquée par des discours et des moments de recueillement, dont un témoignage poignant de l'adjoint au maire chargé des droits de l'homme, Ablaye Gueye.

Un témoignage bouleversant

Ablaye Gueye a partagé son pèlerinage sur l'île de Gorée, il y a 25 ans, accompagné de son fils alors âgé de 14 ans. Dans les bâtiments où s'entassaient les enfants en partance pour les colonies, le garçon, pris de sanglots, a demandé à son père : « pourquoi leur ont-ils fait ça ? » Une question sans réponse, qui renvoie La Rochelle à son passé de port négrier. « Ce port que nous aimons tant fut aussi l'un des plus grands ports négriers de France », a déclaré Olivier Falorni. Entre la fin du XVIIe siècle et le milieu du XVIIIe, La Rochelle a occupé la deuxième place de ce triste palmarès, derrière Nantes, avec 427 navires armés et 130 000 Africains déportés.

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Un passé qui interpelle le présent

La traite des esclaves a ramené « un or maculé de sang », selon l'image du maire. Sabine Gervais, nouvelle députée de la première circonscription, a renchéri : « À La Rochelle, l'histoire de l'esclavage n'est pas une abstraction. Il a participé à la prospérité de notre territoire. » Prenant la parole pour la première fois de son mandat, elle a insisté sur la nécessité de regarder l'histoire en face. Josy Roten, présidente de l'association Mémoria, a rappelé que « une ville grandit quand elle regarde son histoire » et que le combat contre le racisme n'est pas terminé.

Malgré l'averse, la cérémonie s'est achevée par une fragile « Marseillaise » a cappella, interprétée par Nadine Tshilombo. Ce chant, entonné par les anciens esclaves de l'armée de Toussaint Louverture en 1802 à Saint-Domingue, face au corps expéditionnaire de Bonaparte, a résonné comme un symbole de résistance et de mémoire.

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