De la fiscalité aux urnes : la mutation d'un slogan de droite
Initialement apparu comme un cri de ralliement contre la politique fiscale du gouvernement, le mouvement « Nicolas qui paie » connaît une évolution surprenante. Désormais, il se métamorphose en « Nicolas qui vote », une initiative récemment lancée qui cible spécifiquement les élections municipales de 2026. Cette transformation n'est pas anodine, car elle révèle des connexions troublantes avec des cercles d'ultradroite, notamment le groupe Némésis, comme l'a exposé le journal L’Humanité.
Les origines d'un mouvement viral
Entre l'automne 2024 et le printemps 2025, « Nicolas qui paie » a suscité un certain émoi sur Internet. L'administrateur d'un des comptes les plus actifs, interrogé par 20 Minutes, décrivait alors le concept : « Nicolas incarne un travailleur actif dont les revenus sont largement ponctionnés pour financer l'État, sans retour sur investissement viable. » Sur la plateforme Discord dédiée, les membres affichent des affiliations variées au sein de la droite, avec des tendances récurrentes comme le libertarisme et une posture anti-immigration.
Ce slogan a été repris par des figures politiques de droite, telles que le député Gérault Verny (UDR, parti d'Éric Ciotti). Erik Tegnér, fondateur du média d'extrême droite Frontières, a même déposé la marque NicolasQuiPaie à l'Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi). Après une période de relative discrétion, le mouvement refait surface en janvier 2026, porté par Mathilda Silva et Anaïs Maréchal, deux militantes de Némésis, qui fondent l'association « Nicolas qui vote ».
Stratégies militantes et écosystème d'extrême droite
Le site web de l'association diffuse un message incitant à la mobilisation « contre la gauche aux prochaines élections municipales », avec des liens vers divers comités. Un canal Telegram est utilisé pour partager des vidéos de militants interpellant des maires ou alertant sur des risques de « fraude électorale ». L'initiative s'appuie également sur des cartes interactives, à l'image du site « Carte de la honte », qui recense « 204 affaires » pour dénoncer « le vrai visage de la gauche ».
Une collaboration spéciale avec MaFrance.app propose un baromètre électoral couvrant les 500 plus grandes villes françaises. Chaque municipalité se voit attribuer un « risque » de basculement à gauche ou à l'extrême gauche, basé sur des critères tels que les campagnes électorales, les résultats passés et une « relecture qualitative ». MaFrance.app, actif depuis septembre, maintient également une carte de « l'indice de changement » des territoires, mélangeant des données sur l'origine des prénoms, les centres d'accueil pour migrants et les quartiers prioritaires, pour conclure à un « grave danger » pour la France.
Selon Street Press, ce site fait l'objet d'une soixantaine de signalements sur la plateforme gouvernementale Pharos, d'une enquête du Parquet national de lutte contre la haine en ligne, et d'une plainte déposée par SOS Racisme. Dans l'onglet « Soutenir », le site renvoie vers l'ADLDH (association de défense des libertés et des droits de l'homme), une structure finançant plusieurs projets d'extrême droite, dont Fdesouche, une revue de presse identitaire et anti-immigration.
Distances et silences
Sur le serveur Discord original de « Nicolas qui paie », les internautes ont exprimé leur étonnement face à cette « récupération ». Des administrateurs ont tenté d'établir un contact pour proposer des canaux d'échange communs, mais sans réponse apparente. Contactée, la personne derrière le compte X @NicolasQuiPaie, qui s'était exprimée en juin, n'a pas répondu aux sollicitations au moment de la publication de cet article.
Les élections municipales de 2026, prévues les 15 et 22 mars, seront un test crucial pour mesurer l'impact de ces nouvelles dynamiques militantes. Retrouvez les résultats détaillés sur 20 Minutes pour suivre l'évolution de ce paysage politique en mutation.



