Benjamin Stora : la droite républicaine a rompu avec le gaullisme sur l'Algérie
Stora : la droite rompt avec le gaullisme sur l'Algérie

L'historien Benjamin Stora analyse dans un entretien la récente polémique entre le président Emmanuel Macron et le patron des Républicains, Bruno Retailleau, au sujet de l'Algérie. Selon lui, la droite républicaine française a rompu avec la vision gaulliste de l'Algérie indépendante, cédant à un néonationalisme et une nostalgie de l'empire colonial longtemps portés par l'extrême droite.

Une nouvelle escarmouche politique

L'Algérie est de nouveau au cœur des tensions politiques françaises. Le chef de l'État, Emmanuel Macron, qui a fait de la réconciliation mémorielle entre les deux rives de la Méditerranée un enjeu de ses deux quinquennats, s'est opposé à Bruno Retailleau, ancien ministre de l'Intérieur et candidat à la présidentielle de 2027, partisan d'une ligne dure avec Alger.

Lors d'un déplacement dans l'Ariège le 27 avril, Macron a été interrogé sur les « praticiens à diplôme hors Union européenne » (Padhue), dont l'Algérie est le principal pays d'origine. Il a déploré les obstacles imposés à ces médecins, qui contribuent à lutter contre les déserts médicaux, et a ajouté : « Allez le dire à tous les mabouls qui disent qu'il faut se fâcher avec l'Algérie. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La réaction de Bruno Retailleau

Bruno Retailleau, se sentant visé, a publié un communiqué le jour même : « Le problème, ce ne sont pas les médecins algériens mais les centaines d'OQTF dangereux qui n'ont plus rien à faire en France et que l'Algérie refuse de reprendre. »

Pour Benjamin Stora, cet échange illustre une dérive profonde de la droite française. « On assiste à une contamination de la droite gaulliste, représentée par LR, par un néonationalisme et une nostalgie de l'empire colonial, longtemps portés par la seule extrême droite », explique-t-il.

La rupture avec le gaullisme

Stora rappelle que le général de Gaulle avait fait le choix de l'indépendance de l'Algérie, reconnaissant la légitimité du nationalisme algérien. « La droite républicaine française a rompu avec cette vision. Aujourd'hui, on voit des discours qui remettent en cause la souveraineté algérienne et qui flirtent avec un révisionnisme historique », ajoute-t-il.

L'historien souligne que cette évolution n'est pas sans conséquence sur les relations bilatérales. « La France et l'Algérie ont besoin d'un dialogue apaisé, fondé sur la reconnaissance des souffrances partagées. Or, ces polémiques ravivent les tensions et compliquent la tâche de ceux qui œuvrent pour une réconciliation durable. »

Benjamin Stora, auteur de nombreux ouvrages sur l'Algérie et la guerre d'indépendance, appelle à ne pas céder aux sirènes du nationalisme. « Il est urgent de revenir à une vision gaulliste, c'est-à-dire une vision lucide et apaisée de notre histoire commune. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale