Louis Sarkozy et Baptiste Wauquiez : deux fils de politiques en campagne pour les municipales
Sarkozy et Wauquiez : deux fils de politiques en campagne

Deux héritiers politiques sur des terrains de campagne opposés

À 28 ans, Louis Sarkozy cultive avec détermination l'héritage politique familial. Comme son père avant lui, il est convaincu d'avoir un destin national et utilise la ville de Menton comme tremplin vers des ambitions plus élevées. Depuis la publication de son essai sur Napoléon Bonaparte l'année dernière, il se positionne en intellectuel de droite, capable de disserter sur l'Empire ou de jouer au géopolitologue sur les plateaux télévisés.

Une campagne tonitruante à Menton

Ce mardi 10 mars, devant ses soutiens réunis dans un restaurant de Menton, le ton est emphatique mais les préoccupations prosaïques. « Nous mènerons une lutte acharnée contre les déjections canines », martèle-t-il, allant jusqu'à évoquer la possibilité de traquer « l'ADN des chiens » pour lutter contre ce qu'il qualifie de fléau. Debout en bras de chemise, celui qui a grandi à Neuilly puis aux États-Unis énumère ses autres priorités : sécurité, propreté, et fin des poubelles sous-dimensionnées.

« C'est libérateur de ne plus être dans l'incantation et de se plonger dans les dossiers locaux », confie-t-il le lendemain matin, attablé à la terrasse d'un café avec son équipe de campagne. Il feuillette Nice-Matin, lunettes de soleil sur le nez, plaisante avec ses colistiers et égratigne une journaliste de BFM Côte d'Azur dont il n'a pas apprécié les questions, la surnommant « la blonde ».

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Un contexte politique mentonnais complexe

Louis Sarkozy, soutenu par LR, Renaissance et Horizons, cherche à se faire une place dans le paysage politique mentonnais marqué par :

  • La mort de l'ancien maire Jean-Claude Guibal en cours de mandat
  • Les déboires judiciaires de son successeur Yves Juhel, condamné pour détournement de fonds publics
  • Les divisions de la droite entre Florent Champion (sans étiquette) et Sandra Paire (ex-LR)
  • La présence de deux candidates d'extrême droite (Émilie Ria pour Reconquête et Alexandra Masson pour le RN)
  • Un candidat de l'union de la gauche (Laurent Lanquar-Castiel)

Pour se démarquer, Louis Sarkozy joue sans complexe sur son nom et son exposition médiatique. Quand un habitant lui dit qu'il faut « mettre un coup de balai aux sortants », il répond : « Un sarkozyste dirait même un coup de Karcher ! »

Baptiste Wauquiez : l'héritier discret de Haute-Loire

À plus de 300 kilomètres de là, en Haute-Loire, un autre fils de personnalité politique mène campagne de façon beaucoup plus discrète. Les habitants du Puy-en-Velay peuvent parfois apercevoir Baptiste Wauquiez, 22 ans, distribuer des tracts sur le marché de cette ville dont son père, Laurent Wauquiez, fut le maire pendant près de huit ans.

Une présence modeste mais remarquée

Baptiste Wauquiez n'occupe que la dernière place de la liste conduite par le sortant Michel Chapuis, mais sa simple présence attire l'attention des médias locaux et nationaux. Bien moins bavard que Louis Sarkozy, il a longtemps décliné les demandes d'entretien, expliquant : « Ma démarche est avant tout collective et mon engagement local, pour ma ville. Je préfère donc ne pas trop prendre la parole ».

Sa campagne n'a véritablement commencé qu'au début du mois de mars. « On l'a découvert la semaine dernière ! », s'étonne la communiste Chloé Alibert, présente sur la liste de gauche. Baptiste Wauquiez passe en effet une grande partie de sa semaine à Paris, où il poursuit ses études à l'ENS et à HEC, un parcours qui rappelle celui de son père, qualifié par Nicolas Sarkozy de « bac + 18 ».

Un profil contrasté avec celui de son père

Alors que Laurent Wauquiez a été décrit comme le « bad boy » de la droite, Baptiste est présenté par un de ses amis de la rue d'Ulm comme « une personne assez réservée » qui ne parle pas beaucoup de politique. « Il est incolore, c'est un yaourt nature », persifle un autre camarade. Interrogé sur ses convictions politiques, il répond qu'il n'a « pas de grand positionnement idéologique là-dessus ».

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Deux noms qui racontent les transformations de la droite

Les parcours de Louis Sarkozy et Baptiste Wauquiez illustrent, en creux, les contradictions et les évolutions de la droite française. Qui se souvient que Laurent Wauquiez a commencé en politique sous le patronage du centriste Jacques Barrot, libéral et proeuropéen, avant d'opérer un virage vers une droite plus identitaire ?

Le positionnement assumé de Louis Sarkozy

On retrouve un glissement similaire chez Nicolas Sarkozy, qui explique qu'il n'appellera plus au « front républicain » contre le Rassemblement national. Une position totalement assumée par son fils Louis : « Je suis pour la préférence nationale », déclare-t-il, avalisant ainsi la clé de voûte du programme du RN. « Le front républicain, je n'y crois pas ! »

Sa droite à lui se veut bonapartiste et libérale : « Je crois qu'il faut un chef fort et centralisateur pour décentraliser l'État et mener une politique économique libérale ». Et d'ajouter : « Les Français peuvent tolérer l'autoritarisme s'il y a un pouvoir efficace ».

Des déclarations qui font polémique

Louis Sarkozy assume son goût pour les armes à feu, sa volonté de supprimer les feux de signalisation, et son admiration pour le président argentin Javier Milei. Ses déclarations alimentent régulièrement le « bad buzz », comme cette phrase lâchée au Nouvel Obs : « Si j'arrive en troisième position, ça voudra dire que Menton me dit : “Je ne suis pas une fille facile, il faut recommencer, un an c'était trop vite, trop fort, trop rapide, pour me séduire” ».

Le candidat de gauche et écologiste Laurent Lanquar-Castiel y voit « une vision masculiniste de forceur » et dénonce : « Sarkozy père et fils, c'est le grand remplacement de la droite républicaine, c'est la droite qui glisse vers l'extrême droite ».

Un soutien qui divise

Le soutien de Renaissance à la candidature de Louis Sarkozy n'est pas du goût de tous les macronistes. « C'est scandaleux », s'étrangle une députée du parti présidentiel. Chez ses soutiens non encartés, certains s'interrogent : « Je me demande si Menton est prête pour quelqu'un comme ça. Il peut cliver ! C'est peut-être trop tôt pour lui », redoute Sophie.

Lui se montre confiant, pensant battre la candidate du RN Alexandra Masson au second tour. « Mon nom est un lubrifiant social », se rengorge-t-il, tout en admettant que s'appeler Louis Sarkozy ne suffira pas pour s'emparer de l'hôtel de ville. Dans les sondages, il ne pointe qu'à la quatrième place, avec 16 % d'intentions de vote, et risque d'être emporté par la vague bleu marine qui pourrait déferler sur la Côte d'Azur.

Pendant ce temps, à plus de 300 kilomètres de là, Baptiste Wauquiez poursuit sa campagne discrète, refusant de se projeter dans une carrière politique : « Je comprends que les gens s'interrogent, mais je ne me projette pas aujourd'hui dans une carrière politique. J'ai envie d'être utile à ma ville. Il faut garder les choses à leur mesure ». Deux héritiers, deux styles, mais une même question : la politique française est-elle en train de devenir une affaire de famille ?