Bruno Retailleau mise sur François Baroin pour la présidentielle de 2027
Dans les coulisses des Républicains, une idée fait son chemin : celle d'un ticket présidentiel entre Bruno Retailleau et François Baroin. Le Vendéen, héritier politique de Philippe de Villiers et candidat pressenti pour 2027, espère être adoubé ce dimanche 19 avril par les militants LR. Mais son véritable objectif serait de rallier l'une des figures historiques de la droite chiraquienne, François Baroin, pour former un duo face à la macronie.
Un discours remarqué qui relance les spéculations
Tout a commencé lors du bureau politique tendu des Républicains, tenu à huis clos après les élections municipales. François Baroin, maire de Troyes réélu pour un sixième mandat, a prononcé un discours très applaudi par ses pairs. Rare à prendre la parole, il a tiré à vue sur la macronie et refusé catégoriquement toute idée de primaire, la jugeant contraire à la tradition gaulliste.
« On n'a rien à faire avec les macronistes qui ont mis le pays à terre ! » aurait-il lancé, selon des participants. Il a également critiqué les « traîtres juppéistes » qui ont abandonné la campagne de François Fillon en 2017 pour négocier avec Emmanuel Macron, visant particulièrement Édouard Philippe.
Des différences idéologiques marquées
Pourtant, tout semble opposer les deux hommes. François Baroin, ancien ministre de Jacques Chirac, se revendique gaulliste social et farouche défenseur de la laïcité. Bruno Retailleau, ancien bras droit de Philippe de Villiers, est libéral-conservateur et catholique revendiqué. Leurs ADN politiques diffèrent radicalement.
Baroin a toujours défendu le front républicain contre l'extrême droite, tandis que Retailleau a parfois appelé à battre la gauche et LFI en priorité. « Il y a quand même un petit problème idéologique entre eux », reconnaît un élu LR de tendance chiraquienne.
Un passé commun : la campagne Fillon de 2017
Malgré leurs différences, une aventure les a rapprochés : la campagne de François Fillon en 2017. « Ils ont été les derniers des Mohicans », souligne un proche de Baroin. Jusqu'au bout, ils sont restés aux côtés du candidat déchu, défait par l'affaire Pénélope.
Les deux hommes étaient présents sur la scène du meeting du Trocadéro, alors que la droite envisageait de remplacer Fillon par Alain Juppé. Tous deux étaient pressentis pour de hautes fonctions en cas de victoire. « Baroin et Retailleau sont deux types droits qui ne supportent pas la trahison », résume un cadre LR.
Une détestation commune des macronistes
Autre point de convergence notable : leur rejet de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un macroniste. Certes, Retailleau a été ministre de l'Intérieur en 2024-2025 dans le gouvernement de Michel Barnier, ce que certains qualifient de « quasi-cohabitation ».
Baroin, quant à lui, aurait pu devenir ministre d'Emmanuel Macron. En septembre 2024, lorsque le président cherchait un chef de gouvernement après la dissolution, Nicolas Sarkozy lui avait suggéré Baroin. Des contacts en haut lieu ont eu lieu, mais jamais le président n'a daigné l'appeler, lui préférant Barnier.
L'intérêt stratégique pour Retailleau
Pour Bruno Retailleau, outsider dans les sondages, le soutien de François Baroin représenterait un atout majeur. « Baroin est l'un des rares qui a encore une influence sur l'électorat », constate un cadre LR. « Pour Retailleau, ce serait un collier d'immunité, la carte joker. Baroin, c'est le camp du bien, le gardien du temple chiraquien. Un ticket, ce serait super malin ! »
Un tel ralliement diviserait également le clan des chiraquiens (Valérie Pécresse, Gérard Larcher, Xavier Bertrand et Jean-François Copé) qui surveillent Retailleau après son refus de soutenir Christian Estrosi à Nice.
Les motivations incertaines de Baroin
En revanche, l'intérêt de François Baroin reste moins évident. À 60 ans, le maire de Troyes semble hésiter. « Il ne sera jamais l'alternative à Retailleau à la présidentielle. Il est assis au bord du Rubicon avec sa canne à pêche », estime un habitué des palais de la République.
Baroin bénéficie du « meilleur des deux mondes », avec un pied dans le privé à la tête de la filiale française de Barclays et un autre en politique avec sa ville de Troyes. Certains de ses lieutenants pensent qu'il n'a renoncé à rien et pourrait être le recours si la droite était privée de candidat.
Des propositions en préparation
Un signe de ses ambitions ? François Baroin travaillerait à des propositions sur les grands sujets de société, peut-être sous forme d'un livre, selon des murmures. Son entourage ne confirme ni n'infirme ces informations.
Les proches du chiraquien appellent à la prudence face aux spéculations sur un ralliement. « Rien n'est fait », assure-t-on, soulignant que les sondages pour 2027 sont loin d'être stabilisés. François Baroin, fin politique et chasseur émérite, ne sortira probablement pas trop tôt du bois pour ne pas griller ses cartouches.



