Le Parti Socialiste en plein chaos : vers une troisième absence à la présidentielle ?
PS en plein chaos : vers une troisième absence présidentielle ?

Le Parti Socialiste face à ses démons : une troisième absence présidentielle se profile

La question hante les couloirs de la rue de Solférino : le Parti Socialiste va-t-il manquer pour la troisième fois consécutive le second tour d'une élection présidentielle ? Absent des duels décisifs de 2017 et 2022, le vieux parti de la rose semble s'enfoncer dans une crise profonde qui compromet sérieusement ses chances de retour glorieux dans la compétition électorale.

Un spectacle de divisions décourageant

Plus divisés que jamais, les socialistes se perdent dans des batailles picrocholines entre courants microscopiques, offrant un spectacle décourageant même pour leurs propres partisans. Le maire de Saint-Ouen, le médiatique Karim Bouamrane, réclame ouvertement le départ du premier secrétaire Olivier Faure. Jean-Christophe Cambadélis, fin connaisseur des arcanes du parti, exige la tenue d'un nouveau Congrès. Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, constate amèrement que « le PS n'est pas en ordre de marche ».

Jérôme Guedj, candidat déjà déclaré à la présidentielle, résume l'état d'esprit général : « C'est le bazar et la paralysie. Cela ne peut pas continuer comme cela. » L'image du parti s'est considérablement brouillée, les esprits se sont échauffés, les noms d'oiseau ont volé. Les socialistes apparaissent aujourd'hui bien embêtés, ratatinés dans les sondages et incapables de présenter un front uni.

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Stratégies contradictoires et absence de ligne claire

Personne n'est d'accord sur la ligne ou la méthode pour sélectionner candidat et projet présidentiel. Olivier Faure s'accroche à son espoir de désigner, via une « petite primaire », un champion commun aux Verts, au Parti communiste et au PS - qui pourrait bien être lui-même. Boris Vallaud souhaite quant à lui la désignation d'un socialiste avant de négocier au-delà, tout en discutant de la suite avec Raphaël Glucksmann et Yannick Jadot.

François Hollande, comme ses concurrents sociaux-démocrates, attendent patiemment que les sondages indiquent le gagnant. À ce train-là, la locomotive du PS pourrait bien rester en gare à l'heure du départ. « Il y a dix candidats, c'est neuf de trop ! », lance avec exaspération Olivier Faure. Sur ce point, tout le monde est d'accord. Mais le premier secrétaire ajoute : « Il faut un mode d'emploi. » C'est précisément là que le bât blesse.

La scissiparité comme sport national

Chacun voit midi à sa porte, en proposant la méthode qui l'avantagera personnellement. Alors qu'ils devraient se rassembler face à l'adversité, les socialistes se livrent à un exercice de scissiparité des mauvais jours. Certains évoquent, avec un brin d'humour noir, la pratique en vogue chez les trotskistes : « à un on fait un parti, à deux on fait une tendance, à trois on fait une scission ».

Pendant ce temps, le trotskiste d'origine, Jean-Luc Mélenchon, se réjouit des malheurs de ses vrais-faux camarades. Il les a habilement attirés dans un piège lors des municipales, en proposant des alliances avec La France Insoumise trop souvent acceptées par des socialistes contrevenant à la ligne officielle de leur parti. Cette stratégie a contribué à brouiller davantage l'image des roses et à accentuer leurs divisions internes.

Le scénario du pire qui s'installe

En privé, certains dirigeants socialistes confient ne plus croire à la sélection d'un des leurs au second tour de la prochaine présidentielle. La gauche n'est déjà pas à la mode dans l'opinion publique, mais avec un tel désordre organisationnel et stratégique, on ne voit pas la sortie du tunnel. Le moins mal placé dans les études d'opinion est actuellement Raphaël Glucksmann, mais il reste largement devancé par la plupart des candidats de droite et du centre de l'arc républicain.

Lors d'une récente intervention à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le député européen, qui s'oppose à toute primaire, a exposé avec lucidité le problème fondamental : « Il faut répondre aux questions auxquelles la gauche ne répond pas, notamment la sécurité, l'identité, l'État. Sinon, on pourra faire tous les congrès qu'on veut, à la fin, on perd. »

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En réalité, même les sociaux-démocrates hésitent à se lancer sur des thèmes dits de droite, tant ils craignent de perdre les électeurs insoumis en route. Mais à force de se faire peur mutuellement, ils risquent de ne jamais décoller électoralement.

La fin d'un tabou ?

Du coup, le scénario du pire commence à se glisser dans les esprits. L'exemple hongrois, où c'est un conservateur qui a réussi à bouter dehors l'illibéral Viktor Orban, confirme que la gauche n'est pas nécessairement la mieux placée pour contrer le populisme. Pour éviter le duel redouté entre Jean-Luc Mélenchon et le Rassemblement National, ne faudra-t-il pas se résigner, dès le premier tour, à voter utile pour le candidat, centriste ou conservateur, capable de battre l'extrême droite ?

Yannick Jadot y a publiquement fait allusion après avoir déploré l'incapacité de ses amis à se mettre en ordre de bataille : « Je n'ai pas envie de voter Édouard Philippe au premier tour ! » Simple crainte d'un homme lucide ou, plus profondément, fin d'un tabou historique pour la gauche ? La question reste ouverte, mais elle illustre le niveau de désarroi atteint par les forces socialistes.

Les socialistes se trouvent ainsi à la croisée des chemins : soit ils parviennent miraculeusement à surmonter leurs divisions et à proposer un projet crédible, soit ils risquent de connaître une troisième absence consécutive au second tour d'une présidentielle, confirmant leur marginalisation dans le paysage politique français. Le temps presse, et les querelles internes ne font qu'éloigner la perspective d'un retour en grâce.