Quand la géopolitique s'invite dans le salon familial
L'autre soir, alors que je cherchais un peu de tranquillité devant un documentaire sur la germination des lentilles - activité rassurante où les causes produisent effectivement des effets - mon fils de 10 ans a fait irruption dans le salon. Cahier à la main, regard inquiet. Le chien a levé la tête. Mauvais présage.
« Papa, tu peux m'aider ? »
Je me suis redressé, prêt à affronter un accord du participe passé ou une division compliquée. Rien de bien insurmontable.
« Papa, je ne comprends plus rien aux déclarations de Donald Trump sur l'Iran... Est-ce que tu peux m'éclairer ? »
On ne prépare jamais assez les adultes à la vie de parents. Je lui ai fait signe de s'asseoir. Il y a des moments où il faut transmettre, même l'incompréhensible.
La logique trumpienne expliquée à un enfant
« Écoute, c'est très simple », ai-je commencé. « Trump explique que la guerre va durer quatre semaines. Elle est donc déjà terminée. Ce qui permet de poursuivre les bombardements pour accélérer la paix. Une paix qu'on négocie avec des interlocuteurs, même en leur absence. Ce qui, par un effet de simplification remarquable, rend les discussions particulièrement productives. Dans ces conditions, le cessez-le-feu devient inutile : puisqu'on est en train de gagner. Et si la victoire tarde, il suffira de tout raser dans les quarante-huit heures. Ce qui permettra de confirmer que le régime était déjà tombé. »
J'ai marqué une pause. « Voilà. »
« Et Olivier Faure ? »
Mon fils m'a regardé. Le chien aussi. Même expression. Ce mélange de doute et de résignation qu'on rencontre chez les adultes confrontés à la géopolitique.
Les alliances socialistes décryptées
J'ai résumé, pour être pédagogique : « On négocie avec personne, pour arrêter une guerre terminée, qu'on continue afin d'obtenir une paix à la fois impossible... et imminente. »
Mon fils a hoché la tête. Je crois qu'il n'avait rien compris. Ce qui, en l'occurrence, le rapprochait déjà de la communauté internationale. Il est reparti.
Soulagé d'avoir accompli mon devoir de parentalité positive, j'ai repris mon documentaire et une bière. Les lentilles poursuivaient leur croissance, avec une cohérence rassurante. L'ordre du monde semblait rétabli.
Cinq minutes plus tard, il est revenu. Même cahier. Même inquiétude. « Et Olivier Faure ? »
J'ai compris que la soirée ne serait pas simple.
Car là encore, tout est une affaire de logique. Il n'y aura pas d'alliance avec La France insoumise. Il faut donc discuter avec La France insoumise. Pour construire quelque chose sans Jean-Luc Mélenchon, qui en est pourtant le centre de gravité. Ce qui permet d'envisager une alliance sans lui, donc avec eux, mais sans eux.
Trump fait la guerre, Faure fait pire
« On réconcilie la gauche contre une partie de la gauche afin de gagner ensemble sans gagner avec les autres. Et lorsque tout cela échoue, cela prouve que l'union est en marche. »
Mon fils s'est assis. Le chien s'est mis à hurler à la mort.
J'ai repris mon rôle de pédagogue : « On refuse ce que l'on négocie, avec ceux que l'on exclut, pour gagner avec ceux que l'on combat. C'est limpide. »
Silence. Cette fois, mon fils n'a même pas essayé de comprendre.
Il a refermé son cahier. Lui et le chien ont échangé un regard. Puis ils se sont tournés vers moi. Le même... Celui qui vous annonce, sans un mot, que la statue du père vient de tomber. Ils sont repartis ensemble.
Le parallèle troublant
Et c'est dans ce moment de solitude un peu gênant que le parallèle m'est apparu.
Trump mène une guerre incompréhensible. Faure orchestre une alliance illisible. L'un bombarde. L'autre bricole. Mais la différence est cependant notable. Quand Trump change d'avis, le monde retient son souffle. Quand Faure change d'avis... même le PS ne s'en rend plus compte.
Je suis resté seul avec mes lentilles. Elles, au moins, poussent dans le même sens. Une croissance linéaire, prévisible, rassurante. Loin des méandres de la géopolitique et des calculs politiciens.
Cette soirée m'a rappelé combien la politique contemporaine peut sembler absurde lorsqu'on tente de l'expliquer avec une logique simple. Les déclarations contradictoires, les alliances improbables, les guerres qui sont à la fois terminées et en cours... Tout cela forme un paysage déroutant, même pour un adulte, et encore plus pour un enfant de 10 ans qui cherche simplement à comprendre le monde qui l'entoure.



