La consigne du silence face aux municipales redoutées
Comment réagir lorsqu'une défaite électorale semble inévitable ? En adoptant un profil bas, en détournant le regard, et surtout en évitant soigneusement de commenter les résultats de ces élections municipales qui pourraient bien marquer la fin du célèbre « en même temps », pierre angulaire de la doctrine macroniste. Telle est la directive ferme adressée par Sébastien Lecornu à l'ensemble des membres du gouvernement.
Une stratégie d'évitement systématique
Les ministres reçoivent des instructions claires : pas d'apparition sur les plateaux de radio ou de télévision, un mutisme total sur les réseaux sociaux, et une neutralité absolue face au tumulte de ce scrutin local. La consigne est simple : regarder ailleurs, le plus loin possible, à l'international, à l'image du président Emmanuel Macron qui multiplie les déplacements sur la base navale de l'Île Longue, sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, ou à Chypre, tout en enchaînant les appels diplomatiques avec ses homologues étrangers.
Les membres du gouvernement peuvent évoquer la hausse des carburants, la protection des plus vulnérables, mais doivent absolument éviter tout commentaire sur ces élections municipales considérées comme maudites. Il s'agit de faire comme si elles n'existaient pas, comme si elles ne représentaient qu'une simple vaguelette dans la tempête des conflits internationaux qui agitent actuellement le Moyen-Orient.
La tactique du hérisson et le devoir de grisaille
Sébastien Lecornu, ce moine-soldat propulsé à la tête du ministère de l'Intérieur par l'Élysée, exhorte donc ses troupes à une « obligation de neutralité », ce que l'ancien Premier ministre Michel Rocard nommait autrefois le « devoir de grisaille ». En politique, lorsque la situation devient défavorable, il faut savoir faire le dos rond, adopter la posture défensive du hérisson, et attendre patiemment que la menace s'éloigne.
Certains membres de Renaissance n'ont d'ailleurs pas attendu les consignes officielles du Premier ministre pour pratiquer l'art de la discrétion durant cette campagne électorale. Leur propre leader, Gabriel Attal, s'est fait particulièrement rare sur les écrans. On ne l'a pas vu arpenter les marchés avec l'énergie communicative qu'on lui connaît, pour soutenir les têtes de liste du parti, comme il l'avait fait après la dissolution de l'Assemblée Nationale. Mais aujourd'hui, à quoi bon s'épuiser à combattre dans le vide ?
L'effacement programmé de Renaissance
Les candidats du mouvement macroniste étaient si peu nombreux, si discrets, que l'on peut constater l'échec de l'implantation territoriale de Renaissance dans pratiquement toutes les régions. Le parti est donc resté en retrait, s'appliquant à ne pas apparaître, jouant les faire-valoir pour des candidats Les Républicains, MoDem ou Horizons, et ce bien avant les instructions du locataire de Matignon.
Ils ont adopté la posture du hérisson avec un zèle remarquable, même si quelques couacs sont survenus, notamment à Paris où la situation politique révèle parfaitement cet effacement programmé, ce « fading » – terme anglais emprunté au monde cinématographique que l'on pourrait traduire par « disparition en douceur ».
Paris : l'exemple révélateur
Dans la capitale, le parti fondé par Emmanuel Macron, pourtant si puissant durant le premier mandat présidentiel, est resté dans l'ombre la plus complète. Officiellement, Renaissance soutient Pierre-Yves Bournazel, le candidat Horizons. Mais une poignée de dissidents du parti apportent ouvertement leur soutien à Rachida Dati, tête de liste LR, que l'on pourrait qualifier de candidate de l'Élysée tant le président lui accorde une confiance illimitée – malgré les affaires judiciaires qui planent à l'horizon et pourraient provoquer un véritable cataclysme politique à l'automne si elle venait à être condamnée.
Comment expliquer ce qui ressemble à un abandon de poste pour Renaissance, qui comptait pourtant douze députés à Paris en 2017 ? Mais chut, ces considérations n'intéressent pas les ministres ! Ils sont à leur établi, œuvrant pour la France, loin des préoccupations jugées « partisanes », appliquant avec un zèle méticuleux le fameux « devoir de grisaille ».
Un paradoxe politique révélateur
Cette posture apparaît pourtant étrange, car, paradoxalement, ce scrutin municipal aura des conséquences politiques évidentes, à seulement quelques mois de l'échéance présidentielle. L'effacement programmé du parti présidentiel en sera l'un des signaux les plus révélateurs de la fin d'un cycle politique. Ce silence imposé aux ministres, s'il n'est certes pas la marque d'une grande bravoure, représente un choix stratégique délibéré. Mourir en silence ou jouer les Brancaleone ? Les macronistes ont donc opté pour une forme d'évanouissement dans la nature, préférant la discrétion au combat frontal dans un contexte électoral défavorable.



