Mélenchon poursuit sa stratégie d'alliances municipales pour fracturer la gauche
Mélenchon et ses alliances municipales pour fracturer la gauche

Mélenchon maintient sa pression pour des alliances municipales avec les socialistes

Jean-Luc Mélenchon n'a pas abandonné son objectif de rallier les socialistes à sa cause pour le second tour des élections municipales. Il lance un appel clair à la formation d'alliances, y compris de nature « techniques », avec pour mission explicite de faire obstacle à la droite et à l'extrême droite, ces deux forces étant délibérément regroupées dans un même ensemble pour les besoins de sa stratégie.

Une manœuvre calculée en vue de la présidentielle

Cette démarche n'est absolument pas le fruit du hasard. Pour le leader de La France Insoumise, la perspective d'une « union des droites » représenterait un avantage certain dans la course à l'élection présidentielle. Il ne s'en cache d'ailleurs guère, puisqu'il enjoint ouvertement toutes les formations de gauche, des communistes aux écologistes en passant par les socialistes, à se rassembler dans ce qu'il nomme la « convergence antifasciste ».

Cette notion de « convergence antifasciste » sert habilement de prétexte. Lors de son meeting parisien du lundi 9 mars en soutien à Sophia Chikirou, où il a plaidé pour une alliance programmatique avec la liste communiste au Havre, Mélenchon ne peut ignorer un fait essentiel : le Rassemblement national ne constitue aucune menace sérieuse de victoire dans la ville du Premier ministre Édouard Philippe. Ce dernier est, selon tous les sondages, donné finaliste face à la gauche.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

L'objectif réel : fracturer la gauche et préparer 2022

La manœuvre est en réalité beaucoup plus prosaïque. Il s'agit pour Jean-Luc Mélenchon de fracturer le reste de la gauche, de démontrer sa force en prévision de la présidentielle et, simultanément, d'augmenter autant que possible le nombre de ses grands électeurs à l'approche des élections sénatoriales.

Il a d'ores et déjà réussi à entrouvrir la porte. Comme l'a reconnu Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, sur les ondes de France Info mardi matin, des alliances préexistent déjà avant le premier tour dans une soixantaine de villes. Toutefois, Olivier Faure précise qu'il s'agit principalement de « petites villes où les gens travaillent ensemble depuis toujours et défendent le même projet communal ».

Le contrôle strict de LFI et le dilemme embarrassant du PS

Qui pourrait sincèrement croire qu'un candidat de La France Insoumise, même le plus modeste, échapperait au contrôle rigoureux de la direction de son parti, où chaque militant fait l'objet d'une surveillance étroite en cas de « déviance » supposée par rapport à la ligne officielle ? La situation est encore plus délicate et embarrassante pour le Parti socialiste.

Olivier Faure s'est montré extrêmement sévère à l'égard de Jean-Luc Mélenchon sur France Info. Il estime que ce dernier savait parfaitement ce qu'il faisait en ironisant sur la prononciation de noms à consonance juive : « À quinze jours du premier tour, [il] a cherché à mobiliser un électorat dont il pense qu'il se mobilise peu pour les élections municipales. Et donc, il a commis une faute lourde, qui est d'assigner à résidence une population dont il pense qu'elle pourrait être sensible à des arguments à caractère antisémite. »

Les termes employés restent prudents. Olivier Faure n'a-t-il pas remarqué qu'à Lyon comme à Perpignan, lieux où Mélenchon s'est livré à ses plaisanteries douteuses, une partie significative du public riait aux éclats ?

Les injonctions contradictoires et la grande fatigue d'Olivier Faure

Bien entendu, la position officielle du Parti socialiste est réitérée : aucun accord national ne sera conclu avec La France Insoumise. Cependant, au niveau local, la réalité est tout autre. Il semblerait suffire que les candidats prennent leurs distances avec leur leader encombrant. Est-ce une plaisanterie ? Tout le monde sait que recevoir l'investiture de LFI exige une soumission respectueuse à son fondateur. Ce dernier, selon son bon vouloir, peut faire exclure sans préavis ni justification toute personne tombant en disgrâce via le « Comité de respect des principes », l'une des institutions fantoches de son mouvement.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Olivier Faure est tiraillé par des injonctions contradictoires. Dans des villes comme Lyon, Marseille ou Bordeaux, il est difficile, voire impossible, pour les deux gauches irréconciliables de remporter la victoire l'une sans l'autre. D'où ce flou persistant sur lequel le premier secrétaire du PS est constamment interrogé, passant paradoxalement plus de temps à discuter de LFI que du programme de ses propres candidats.

Lors d'un déplacement à Amiens, il a exprimé sa lassitude face à ces interrogations incessantes concernant La France Insoumise. S'il adoptait une position plus claire et tranchée, il ne serait plus exposé à ces questions. Mais une telle clarification comporterait le risque non négligeable de perdre quelques élections cruciales, un dilemme qui illustre la complexité stratégique actuelle.