Mélenchon transforme les municipales en tremplin présidentiel
Il n'y a pas que le nom de Raphaël Glucksmann que Jean-Luc Mélenchon a malmené sur scène. Le leader insoumis a également écorché celui de ses propres candidats aux élections municipales. À Perpignan, le temps d'un meeting, le patriarche de La France insoumise a rebaptisé Mickaël Idrac, tête de liste locale, en "Michel". En cette fin de campagne, à raison de deux longues interventions hebdomadaires, le triple candidat à la présidentielle a assumé d'effacer ses porte-drapeaux municipaux pour mieux mettre en avant sa propre personne.
Une stratégie assumée de nationalisation du scrutin
Car une campagne peut en cacher une autre, à un an de l'élection suprême. Cette attitude se retrouve d'ailleurs sur tout l'échiquier politique. Bien qu'on puisse le déplorer, on ne peut reprocher à Jean-Luc Mélenchon de transformer ses candidats locaux en simples figurants. "Ses meetings ont développé des propositions à portée nationale : on assume d'avoir nationalisé ce scrutin", expliquait Paul Vannier, le "Monsieur élections" de La France insoumise, quelques jours avant le premier tour. "Il est l'un des orateurs qui créent des succès de campagne. Il capte des audiences larges, il a joué un rôle majeur", se félicitait-il.
L'implantation électorale de La France insoumise
Dimanche 15 mars, les résultats ont montré que La France insoumise ne mangeait pas de merles, mais dînait des grives. À Toulouse ou Limoges, François Piquemal et Damien Maudet, députés et têtes de liste LFI, sont arrivés en tête à gauche. À Lille ou Avignon, les candidats socialistes et insoumis sont au coude à coude. Jean-Luc Mélenchon et ses candidats n'ont pas encore plumé la volaille rose - qui demeure en première position à bâbord - mais dans certaines métropoles, ils l'ont transformée en force d'appoint pour la victoire.
Ailleurs, comme à Paris, Marseille, Clermont-Ferrand, Rennes, Nantes ou Brest, le Parti socialiste aura probablement besoin des insoumis, dont les listes sont parvenues à se maintenir, pour conserver leurs villes. Ils tiennent également en joue les écologistes. À Besançon, la maire sortante Anne Vignot devra composer avec la liste insoumise, qui s'est qualifiée in extremis pour le second tour. "L'événement politique majeur de ce soir est l'entrée de La France insoumise sur la carte électorale dans tout le pays", s'est réjouie Clémence Guetté, vice-présidente de l'Assemblée nationale.
Des polémiques qui n'entament pas la progression
La marque LFI s'implante malgré - ou peut-être à cause - de désastreuses controverses. "Soyons terribles pour dispenser au peuple de l'être", disait le révolutionnaire Danton. Quand il ne les a pas créées lui-même, Jean-Luc Mélenchon a prêté le flanc aux polémiques. L'affaire Quentin Deranque à Lyon, impliquant des membres de la Jeune Garde - mouvement antifasciste associé à LFI - en est le symbole. Contrairement aux injonctions et aux premiers propos de ses cadres, Mélenchon a refusé de battre en retraite.
Et qu'importe si l'insoumis ironise sur la prononciation du nom du prédateur sexuel Jeffrey Epstein, réactivant son procès en antisémitisme. La candidate lyonnaise, Anaïs Belouassa Cherifi, à 10,5% au soir du premier tour, est devenue l'arbitre des élégances du duel Grégory Doucet-Jean-Michel Aulas. Jean-Luc Mélenchon s'est régulièrement autodéfini comme un "paratonnerre" : force est de constater que cette image n'était pas totalement dénuée de justesse, tant il semble absorber les critiques tout en avançant sa stratégie politique.



