Un déjeuner qui fait polémique à l'approche de la présidentielle
Le bureau exécutif du Medef, jusqu'ici réticent à recevoir le parti d'extrême droite, accueille ce lundi 20 avril Jordan Bardella, président du Rassemblement National. Cette rencontre intervient seulement un mois après que Marine Le Pen ait été reçue par Patrick Martin, le président des patrons. Ce rapprochement entre le patronat et le RN ne satisfait pas tout le monde et soulève de nombreuses questions à moins d'un an de l'élection présidentielle de 2027.
Une stratégie de normalisation du RN
Longtemps tenu à l'écart des discussions avec le patronat, le Rassemblement National semble avoir inversé la tendance, notamment au regard de ses résultats électoraux récents. "C'est une étape de plus vers la normalisation du parti", se félicite un député RN. Pour le RN, gagner en crédibilité dans le monde économique représente une clé essentielle dans la course à la présidentielle.
Avant ce déjeuner, BFMTV a dévoilé une lettre envoyée par Jordan Bardella et Marine Le Pen aux chefs d'entreprise. Ils y proposent notamment un grand projet de simplification administrative visant à lever les normes qui freinent, selon eux, le développement économique de la France. Cette mesure serait adoptée par ordonnance en cas d'accession du RN au pouvoir.
Les participants et les intentions affichées
Lors de ce déjeuner, Jordan Bardella sera reçu par le président du Medef ainsi que les chefs de ses plus puissantes fédérations :
- Banque et assurances
- Bâtiment et travaux publics
- Commerce et distribution
- Métallurgie et industrie
Les représentants du RN se veulent rassurants quant à leurs intentions. "Rencontrer les grands patrons ne signifie pas s'aligner sur eux", a assuré dimanche Sébastien Chenu, vice-président du parti, au micro du Grand Jury RTL-Le Figaro-Public Sénat-M6.
Des critiques acerbes de la part des syndicats
Sans surprise, cette rencontre ne fait pas que des heureux. La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a accusé les patrons de faire preuve de "cynisme" en acceptant de recevoir le parti d'extrême droite. Invitée de l'émission Questions politiques, elle assure que le Rassemblement National "n'est pas un parti comme les autres" et que "les rencontrer, débattre avec eux, c'est finalement parachever leur recherche de légitimation".
Une stratégie qui porte ses fruits
Fin avril, Marine Le Pen avait déjà rencontré les patrons de grandes entreprises françaises comme Total, Engie, Capgemini, ainsi que le milliardaire Bernard Arnault, PDG du groupe LVMH. Cette approche semble porter ses fruits pour le RN, qui cherche à élargir son audience auprès des milieux économiques.
Un conseiller de Marine Le Pen analyse la situation : "On a plus de cent députés, on est hauts dans les sondages, les patrons sont pragmatiques". Cette stratégie de séduction du patronat s'inscrit dans une volonté claire de préparer le terrain pour l'élection présidentielle de 2027, où la crédibilité économique sera un enjeu majeur.
Les arguments du RN pour séduire les entreprises
Le député RN Jean-Philippe Tanguy a récemment développé sur LCI les arguments de son parti : "On est suradministrés : le code des marchés publics, le code de l'immobilier, le code de l'environnement, le code du travail sont devenus complètement inflationnistes... En France, il faut 18 à 36 mois pour ouvrir une usine. En Belgique, il faut un an". Cette simplification administrative est présentée comme une priorité pour relancer l'économie française.
Ce déjeuner entre le Medef et Jordan Bardella marque donc une étape significative dans la stratégie de normalisation du Rassemblement National, même si elle continue de diviser profondément le paysage politique et syndical français.



