Macron et le maire Bruel : la disgrâce vue par un politologue
Macron et Bruel : la disgrâce selon un politologue

Le professeur de sciences politiques Jean-Yves Dormagen, interrogé par Le Point, décrypte la mise à l'écart brutale du maire LR de Cannes, David Lisnard, et plus largement la gestion des relations avec les élus locaux par Emmanuel Macron. Selon lui, la disgrâce de David Lisnard, qui a été écarté de la tête de l'Association des maires de France (AMF) au profit de François Baroin, illustre une méthode présidentielle fondée sur le rapport de force et la verticalité.

Une méthode verticale qui fragilise la majorité

Jean-Yves Dormagen estime que cette décision est un signe de la difficulté de l'exécutif à composer avec les élus locaux. Il rappelle que David Lisnard, pourtant membre du parti Les Républicains, était perçu comme un interlocuteur constructif, mais que sa mise à l'écart a été perçue comme une sanction politique. Le politologue souligne que cette approche verticale pourrait nuire à la majorité présidentielle à l'approche des élections municipales de 2026.

Dormagen explique que la méthode Macron consiste à privilégier des relations bilatérales avec les élus plutôt qu'un dialogue institutionnel. Cela crée des frustrations et des rancœurs, notamment chez les maires de petites et moyennes communes qui se sentent délaissés. Il cite l'exemple de la gestion de la crise des gilets jaunes, où le président a tenté de court-circuiter les corps intermédiaires.

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Un divorce entre l'exécutif et les territoires

Le politologue observe un divorce croissant entre l'exécutif et les territoires, alimenté par des réformes perçues comme technocratiques. Il mentionne la réforme des retraites ou la suppression de la taxe d'habitation, qui ont été imposées sans concertation suffisante avec les élus locaux. Selon lui, cette situation est dangereuse pour la démocratie locale, car elle renforce le sentiment d'impuissance des maires.

Dormagen note que le président Macron semble préférer s'appuyer sur des personnalités issues de la société civile plutôt que sur des élus traditionnels. Cette stratégie, si elle permet de contourner les appareils politiques, a pour effet de décrédibiliser les instances représentatives locales. Il cite une enquête récente montrant que 78 % des maires estiment que leur relation avec l'État s'est dégradée sous le quinquennat Macron.

La disgrâce de Lisnard, un avertissement pour la droite

Pour Jean-Yves Dormagen, la mise à l'écart de David Lisnard est aussi un avertissement adressé à la droite républicaine. En évinçant un maire pourtant reconnu pour son efficacité, l'exécutif envoie un signal fort : la loyauté ne paie pas. Cela pourrait pousser les élus LR à durcir leur opposition, compliquant encore la recherche de majorités pour les réformes.

Le politologue conclut que cette affaire révèle les limites de la méthode Macron, qui repose sur une vision hyper-présidentialiste du pouvoir. Il prédit que si le président ne change pas d'attitude, il risque de perdre le soutien des élus locaux, un atout crucial pour sa réélection ou pour la mise en œuvre de son programme.

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