LFI à l'extrême gauche : un classement politique sans critères objectifs selon un expert
LFI à l'extrême gauche : un classement sans critères objectifs

La classification de LFI à l'extrême gauche remise en question par un expert

Dans un entretien diffusé sur Radio J ce dimanche 15 février 2026, le président Emmanuel Macron a qualifié La France insoumise (LFI) de mouvement "d'extrême gauche", pointant du doigt ce qu'il décrit comme "des expressions antisémites" qui "doivent être combattues". Une déclaration qui a immédiatement suscité la réaction de Manuel Bompard, coordinateur de LFI, pour qui "ce n'est pas au président de la République de classer ses opposants politiques".

L'absence de critères objectifs de classement

Pour éclairer ce débat, nous avons interrogé Jean-Yves Dormagen, professeur en sciences politiques à l'université de Montpellier et président de l'institut de sondages Cluster 17. Selon l'expert, il n'existe pas de critères objectifs pour classer les partis politiques sur l'échiquier politique.

"Il n'y a pas de critères objectifs de classement des partis politiques", affirme-t-il d'emblée. "À partir de là, ce qu'on enseigne aux étudiants en sciences politiques, c'est que ces classements sont en eux-mêmes des enjeux politiques et qu'il y a des luttes politiques autour de ces classements."

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Le professeur illustre son propos en rappelant que ces débats de classification concernent aussi bien LFI aujourd'hui que le Rassemblement National hier, soulignant que le terme "extrême" porte une connotation négative qui participe à la disqualification politique.

Une notion relative et stigmatisante

Jean-Yves Dormagen insiste sur le caractère relatif de la notion d'extrême : "La notion d'extrême est évidemment stigmatisante, mais, en plus, elle est relative. Quand vous faites des sondages et que vous demandez aux électeurs de classer les partis politiques, vous avez un phénomène qui est pratiquement toujours le même : les électeurs du camp opposé tendent à juger comme radical, ou comme extrême, les partis les plus éloignés d'eux."

L'expert souligne également qu'aucun parti ne revendique le terme "extrême", celui-ci étant dévalorisé dans le sens commun et dans nos sociétés. "Pratiquement aucun acteur politique n'affiche son extrémisme, personne ne se dit extrémiste", rappelle-t-il.

Quelle légitimité pour le classement du ministère de l'Intérieur ?

Face à la récente classification de LFI à l'extrême gauche par le ministère de l'Intérieur, Jean-Yves Dormagen s'interroge sur la légitimité d'une telle démarche. "Je pense que le ministère de l'Intérieur pourrait partir de la manière dont les partis eux-mêmes souhaitent être qualifiés. C'est-à-dire que c'est un peu étrange la démarche qui consiste à imposer une qualification à un parti qui n'en veut pas", explique-t-il.

Le professeur propose deux alternatives :

  • Se contenter des noms des partis (Parti socialiste, La France insoumise, Les Républicains, etc.)
  • Se référer uniquement aux étiquettes revendiquées par les partis eux-mêmes

"Mais décider de manière arbitraire et verticale un classement qui ne correspond pas et qui est refusé par les acteurs eux-mêmes me semble délicat en l'absence de critères objectifs de classement", conclut Jean-Yves Dormagen.

Cette analyse met en lumière les enjeux politiques sous-jacents aux classifications partisanes et questionne la pertinence d'étiquettes qui, selon l'expert, relèvent davantage du combat politique que d'une évaluation scientifique objective.

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