Julie Lechanteux (RN) : l'élue libre qui bouscule l'agglomération Estérel-Côte d'Azur
Julie Lechanteux : l'élue libre qui bouscule l'agglomération

On la savait indépendante. On connaissait son franc-parler. Depuis un mois, la députée de la cinquième circonscription du Var Julie Lechanteux fait figure de curiosité dans la vie politique de l’Est-Var. Arrivée en deuxième position lors du second tour de l’élection municipale de Roquebrune-sur-Argens le 22 mars dernier, elle s’oppose énergiquement au maire Jean Cayron, réélu pour un second mandat. Au sein du conseil communautaire d’Estérel-Côte d’Azur Agglomération, l’élue du Rassemblement National rebat les cartes politiques locales en n’hésitant pas à s’affirmer frontalement sur certaines délibérations qui vont à l’encontre de ses convictions.

Ce fut notamment le cas en début de semaine, pendant le dernier conseil communautaire, lorsqu’elle s’est élevée contre l’augmentation des impôts, votée à la majorité. Une situation politique assez inédite, puisque mardi, les deux figures majeures du RN dans l’Est-Var (la députée Julie Lechanteux et le maire de Fréjus et ancien vice-président du parti David Rachline) se sont retrouvées dans deux camps opposés, séparés par un désaccord majeur. Un état de fait qui pourrait sembler de nature à faire naître des interrogations sur le principe d’union des droites… Ou plus modestement, sur le « pacte de gouvernance » conclu entre les maires des deux plus grosses communes de l’Agglomération. L’élue locale et parlementaire a accepté de répondre aux questions de Var-matin pour préciser son positionnement et sa lecture de cette situation politique surprenante qui ne manquera pas d’être observée au niveau national.

« Je reste cohérente avec mes convictions »

Lors du dernier conseil communautaire, vous vous êtes frontalement opposée à Frédéric Masquelier, l’accusant notamment d’avoir « la folie des grandeurs ». Vous considérez-vous comme une opposante ?

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« Ce conseil communautaire était plus que particulier, puisqu’il était question d’augmenter les impôts. J’estime que mon rôle d’élue est de protéger les habitants, surtout dans une période aussi compliquée que celle que nous vivons. Je ne me vois pas spécialement comme une opposante, mais comme une élue libre. Je fais preuve de la même liberté que celle qui était la mienne durant la campagne des municipales. Je sais être constructive. D’ailleurs, j’ai voté en faveur des délibérations, comme celles qui concernaient l’harmonisation du pavoisement et la valorisation des symboles républicains. »

Entre vous et Frédéric Masquelier, l’échange a semblé inamical. Il vous a accusée de manquer de mesure et vous lui avez demandé de redescendre sur terre…

« J’ai un désaccord de fond avec Frédéric Masquelier. Je ne suis pas en conflit avec la personne. En défendant ma position, je n’ai fait que rester cohérente avec mes convictions. Je ne fais pas semblant. Personne ne m’obligera à voter pour tel ou tel texte par appartenance politique. Contrairement à ce qu’il a dit, ma première prise de parole était juste et modérée. Le mépris dont il a fait preuve en retour m’a surprise. À mon sens, ce mépris était également dirigé vers les habitants de l’Agglomération, et particulièrement ceux qui ont du mal à boucler les fins de mois. Contrairement à ce qui a été dit, il y a beaucoup d’habitants qui sont propriétaires de leur appartement mais qui sont très modestes. Y compris à Saint-Raphaël. J’ai moi-même vécu dans les quartiers en question, donc je sais de quoi je parle. Je ne pouvais pas laisser ce mépris sans réponse. »

Défendre la ligne du RN

En vous opposant à une hausse d’impôts, avez-vous l’impression de défendre la ligne du Rassemblement National ?

« Tout à fait. Le RN n’augmente pas les impôts. Cela fait partie de nos principes. Depuis des années, c’est ce que les maires de notre famille politique appliquent dans les villes qu’ils gèrent. Face aux difficultés financières, ils s’adaptent et trouvent des solutions pour pouvoir continuer d’investir sans assommer les contribuables. En ce sens, je ne peux pas non plus approuver l’augmentation des impôts qui a été votée à Fréjus. »

Mais au niveau de l’Agglomération, tous les maires ont voté pour la hausse d’impôts…

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« C’est vrai. D’ailleurs, ils se sont bien gardés de s’exprimer. Je ne suis pas certaine qu’ils ont voulu cela. J’aurais bien aimé savoir ce qu’ils en pensent vraiment… »

« Folie des grandeurs » à l’Agglo ?

Pourquoi estimez-vous qu’une « folie des grandeurs » s’est emparée de l’Agglo ?

« Quand on traverse une période difficile, il faut restreindre ses dépenses. C’est ce que tout le monde fait dans sa vie personnelle. Cela relève du bon sens. Ici, on veut toujours plus de compétences, toujours plus de projets. Dans une période où beaucoup de nos concitoyens sont pris à la gorge, cela ne va pas. Prenez la Promenade des Bains… Je pense que des travaux étaient indispensables, notamment à Fréjus Plage, qui n’a pas été rénové depuis très longtemps et où le revêtement se dégrade, entraînant des chutes. Mais quand je vois le prix de certains arbres, jusqu’à 60.000 euros, je m’interroge. Il en va de même pour la masse salariale. Il faut cesser de vouloir vivre au-dessus de ses moyens et revenir sur terre. Plutôt que de faire des projets rutilants et pas toujours nécessaires, je préférerais qu’on mette le paquet sur la propreté ou les transports en commun qui laissent à désirer. »

Une opposition solitaire à Roquebrune

Brouillés par le passé, Frédéric Masquelier et le maire de Roquebrune Jean Cayron semblent pouvoir de nouveau travailler en bonne intelligence. Cela crée une situation surprenante au sein de cette commune. L’autre groupe d’opposition au sein du conseil municipal semble être sur la même ligne que le maire au sein de l’Agglo ?

« Oui. Cela s’est vu lors du dernier conseil communautaire, puisque Monsieur Tissier a voté pour augmenter les impôts, tout comme Monsieur Cayron. Lors du précédent mandat, il a validé la plupart des délibérations du maire. À vrai dire, je suis la seule vraie opposante au maire, au sein du conseil municipal de Roquebrune. »