Vincent Jeanbrun critique le dogmatisme des Républicains et alerte sur la violence politique
Jeanbrun critique les Républicains et alerte sur la violence

Un ministre suspendu des Républicains dénonce le dogmatisme de son parti

Vincent Jeanbrun aurait volontiers participé ce week-end au vote militant pour choisir le mode de désignation du candidat des Républicains à la présidentielle, bien que l'évolution de son parti le laisse souvent perplexe. Mais il en a été empêché : il a été suspendu pour avoir accepté d'intégrer le gouvernement Lecornu au ministère de la Ville et du Logement. Au point que même son adresse email a été supprimée des fichiers du parti ! Un « dogmatisme » qu'il condamne fermement.

Promouvoir un chemin d'espérance face aux extrêmes

Promoteur, avec sa collègue ministre Maud Bregeon, d'une tribune appelant à un candidat unique de la droite et du centre, cet interlocuteur régulier de Jean-Louis Borloo – auteur en 2022 du livre manifeste L'Alarme – exhorte les candidats « sérieux » à proposer aux Français un « chemin d'espérance ». Il rejette ainsi la vision qu'il qualifie de sang et de larmes, évoquée selon lui par Édouard Philippe. La seule voie, selon Jeanbrun, pour échapper en 2027 aux mâchoires du Rassemblement National et de La France Insoumise, qu'il décrit comme « les deux faces d'une même pièce qui alimentent la colère ».

La violence politique : une fatigue démocratique inquiétante

Le Point : On a encore en tête les images des maires hués et sifflés après les municipales à Creil, Le Blanc-Mesnil ou Mantes-la-Jolie. Vous et votre famille avez été pris pour cible lors des émeutes de 2023. De quoi cette violence est-elle le nom ?

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Vincent Jeanbrun : D'une grande fatigue démocratique. Comme le montre aussi le taux d'abstention record pour des municipales, alors que les maires échappaient traditionnellement à ce désintérêt grandissant. Mais on ne peut pas fermer les yeux sur les responsabilités de La France Insoumise qui joue un rôle d'hystérisation évident en érigeant la violence politique en méthode. À Saint-Denis, l'ancien maire, pourtant socialiste, a quasiment été traité de fasciste et de raciste ! N'oublions pas que lors des émeutes de 2023, Jean-Luc Mélenchon avait joué au pyromane en faisant le tri entre ce qu'on avait le droit de brûler ou non, justifiant ainsi de manière inacceptable les violences.

Le saccage de Fresnes : un rejet profond de la démocratie

Le Point : La mairie de Fresnes, saccagée à la veille de l'installation du nouveau maire LR, est dans votre circonscription. En sait-on davantage sur les motivations des pilleurs ?

Vincent Jeanbrun : L'enquête suit son cours. Mais au-delà des dégâts matériels, le symbole traduit un rejet profond de la démocratie représentative : même quand un élu l'emporte dans les urnes, on lui conteste sa victoire par la force, la rage, la menace et l'intimidation. Avez-vous entendu un seul représentant national de LFI condamner ce saccage ? Personne ! Ce qui crée cette violence, c'est la rhétorique brutale de LFI, dont le coordinateur Manuel Bompard n'a pas hésité à dire qu'il veut « foutre en l'air la Ve République ». Certains l'entendent comme une légitimation totale de la violence. Ce qui s'est passé à Fresnes est un fait politique : il n'y a plus de barrières à attaquer un hôtel de ville.

Mélenchon : le pouvoir par la révolution ?

Le Point : Que veut Jean-Luc Mélenchon, selon vous : le pouvoir ou la révolution ?

Vincent Jeanbrun : Il le dit lui-même : le pouvoir par la révolution ! Je ne sais pas s'il veut, comme le dit Marine Tondelier, être « le roi du cimetière », mais il ne fait plus aucun doute qu'il ne souhaite pas devenir président de la République avec les règles de nos institutions.

Le Point : « La République, c'est moi ! » proclamait-il lors de la perquisition du siège de LFI en 2018…

Vincent Jeanbrun : Oui, en hurlant sur un fonctionnaire de police qui faisait son travail en enquêtant sur lui ! Je pense qu'il fallait comprendre : soit la République, c'est lui ; soit il n'y a plus de République.

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LFI et le RN : hors de l'arc républicain ?

Le Point : Les Insoumis sont-ils encore dans l'arc républicain ?

Vincent Jeanbrun : Leur projet de « nouvelle France », ce n'est pas la République universaliste. Dans cette « nouvelle France », on décroche les portraits du président de la République, comme s'en est vanté le maire de Saint-Denis qui a dit l'avoir mis « à terre » en expliquant qu'il n'était « pas adepte de ce type de portrait ». C'est dit avec douceur, mais le danger est là. Le RN et LFI sont les deux faces d'une même pièce qui alimentent la colère et proposent des modèles de société qui détruisent l'essence même de la République. Ces quelques maires extrémistes, de gauche comme de droite, nous montrent la façon dont ils envisagent les institutions. Le maire RN de Carcassonne aussi a décroché le portrait du président et mis à la place celui de Marine Le Pen. Maires RN comme LFI prennent des arrêtés illégaux, l'un pour interdire les expulsions, l'autre la mendicité. Nous faisons face à un défi considérable : passer de la société du chaos qu'ils nous proposent à une société de l'espoir. Mais si les candidats sérieux ne donnent pas envie, les Français risquent d'écouter leur colère l'an prochain.

Édouard Philippe et l'offre politique actuelle

Le Point : Édouard Philippe, à ce stade, c'est un peu le sang et les larmes, non ? Dans l'offre politique actuelle pour la présidentielle, qui donne envie ?

Vincent Jeanbrun : Autour du Premier ministre Sébastien Lecornu, le gouvernement a fait le choix de se tenir éloigné des tactiques et des ambitions présidentielles. Avant 2027, il y a 2026 et nous sommes concentrés pour en faire une année utile aux Français. J'ai porté avec Maud Bregeon et 90 personnalités une tribune pour appeler tous les candidats à se parler et à travailler à un projet de fond. Chacun est libre d'avoir des ambitions, mais dans un contexte si particulier, « toute aventure personnelle risque d'être sévèrement punie dans les urnes » et nous fait prendre le risque de passer le second tour de la présidentielle à regarder un débat Mélenchon-Bardella !

Nous avons dans notre histoire collective de vrais héros. Le général de Gaulle a trouvé le courage d'appeler à la résistance au moment où la France était humiliée. Nous, on ne nous demande pas de jouer nos vies, juste de sacrifier un peu de notre orgueil pour dire aux Français qu'il y a un chemin courageux et désirable. Donc parlons-nous, travaillons ensemble et faisons rimer France avec espérance.

La méritocratie comportementale : une alternative aux extrêmes

Le Point : Vous porterez des idées dans cette campagne. Vous défendez notamment un concept : la « méritocratie comportementale ».

Vincent Jeanbrun : C'est un débat pour la présidentielle. Face à la « préférence nationale » que propose le RN et à la préférence sociale et communautaire de l'extrême gauche, une autre voie est possible : celle de la préférence comportementale. Celle qui se fonde sur ce que vous faites, pas sur ce que vous êtes. Nos politiques publiques doivent d'abord s'appuyer sur votre comportement, sur vos actes, avant de vous coller une étiquette selon votre origine, votre passé, votre milieu social ou celui de vos parents ! Les Français aspirent à être soutenus et accompagnés lorsqu'ils travaillent et respectent la loi ; ils attendent en retour qu'on sanctionne ceux qui se comportent mal.

Comme ministre du Logement, j'ai été attaqué par le RN quand j'ai dit que le logement social devrait aller en priorité à ceux qui en ont besoin et le méritent. L'extrême droite, elle, se contente de proclamer « préférence nationale » ! Ça veut dire quoi ? Qu'une infirmière ukrainienne, irréprochable et indispensable, n'aurait pas droit à un logement social, mais qu'un délinquant multirécidiviste y aurait accès au seul motif qu'il est Français depuis trois générations ? La gauche, elle, défend une logique d'assignation sociale : parce que je suis né sans le sou, je serais assigné au logement social à vie, que je me comporte bien ou pas ? Je propose d'appliquer une méritocratie active : récompenser les méritants, particulièrement ceux qui partent de plus loin. Au contraire, un délinquant multirécidiviste condamné par la justice ne devrait plus être prioritaire pour bénéficier de la solidarité nationale dans le parc social.

Un pacte de confiance entre l'administration et les citoyens

Le Point : Vous proposez aussi un « pacte de confiance » entre l'administration et les citoyens ! C'est-à-dire ?

Vincent Jeanbrun : Nous devrons réinventer notre rapport au citoyen. Les temps et les pratiques ont changé et nous ne nous sommes pas suffisamment adaptés. Aujourd'hui, les Français font confiance à des plateformes privées comme Amazon, Le Bon Coin ou Vinted, qui savent tout d'eux et offrent un service centré sur l'utilisateur. S'ils ne sont pas satisfaits, ils peuvent renvoyer le colis. Je plaide pour un « État plateforme », où tout serait pensé selon l'usage et le besoin de l'usager, non celui de l'administration et ses processus souvent lourds car héritiers d'une longue histoire. Cette révolution a déjà commencé et nos fonctionnaires y mettent beaucoup d'énergie. Mais elle doit être accompagnée comme une priorité politique. C'est un long chemin évidemment, mais je crois qu'il est de nature à calmer la colère que les Français emmagasinent envers tout ce qui porte un drapeau.

Les Républicains et la désignation de Bruno Retailleau

Le Point : Votre parti, les Républicains, va décider ce week-end de la méthode pour choisir son candidat, et peut-être désigner d'office Bruno Retailleau. Vous allez voter ?

Vincent Jeanbrun : Non, car je suis toujours suspendu. Je regrette ce dogmatisme.

Le Point : Bruno Retailleau et LR ont-ils encore un espace ?

Vincent Jeanbrun : Il y a d'un côté le groupe des députés DR (Droite républicaine) qui fait courageusement avancer le pays dans une logique de compromis. Ils sont l'incarnation de ce qu'est un parti de gouvernement. De l'autre, la direction du parti avec des gens qui, au-delà de quelques personnalités brillantes, passent beaucoup de temps à critiquer ceux qui étaient leurs collègues il y a encore six mois, de façon fort peu constructive. Bruno Retailleau est légitime, en tant que président des Républicains, à revendiquer d'être le candidat des LR. Il a choisi de consulter les militants de façon baroque, dont acte. Mais « quand vous donnez le sentiment d'avoir verrouillé le match avant même de l'avoir ouvert, ça ne vous renforce pas » et il sera d'autant plus difficile de rassembler au-delà.

Le Point : Vous avez déjà envisagé de claquer la porte ?

Vincent Jeanbrun : Je reste fidèle, pour ma part, aux valeurs gaullistes. Je suis quelqu'un qui défend ses idées. Ma grand-mère disait : « Si tous les dégoûtés s'en vont, il ne restera plus que les dégoûtants. »