L'art délicat de l'immobilisme en période agitée
Qu'il est doux de ne rien faire quand tout s'agite autour de soi. Cette maxime semble être devenue le credo du gouvernement de Sébastien Lecornu, qui navigue avec une prudence extrême dans les eaux troubles de cette fin de mandat présidentiel. Le locataire de Matignon, imprégné de l'esprit de sacrifice qu'impose l'arithmétique parlementaire défavorable, fait preuve d'une flexibilité remarquable pour éviter tout embrasement social.
La stratégie du dos rond face aux dossiers sensibles
L'épisode le plus flagrant de cette politique de prudence s'est joué autour de la proposition de loi sur la réglementation du travail, défendue par Gabriel Attal. Face aux risques de tensions, Matignon a battu en retraite et remisé aux calendes grecques tout assouplissement législatif significatif. Même scénario pour les zones à faibles émissions (ZFE) : après avoir prôné leur suppression pure et simple, le gouvernement laisse désormais aux maires le choix d'appliquer ces mesures comme bon leur semble.
Concernant l'allongement du délai de rétention des étrangers soumis à une obligation de quitter le territoire français (OQTF) – sujet particulièrement éruptif dans l'opinion publique –, le gouvernement joue une fois encore les pompiers de service. Pas question de provoquer la mauvaise humeur des socialistes, qui pourraient subitement retrouver l'envie de déposer une motion de censure.
Une fin de règne interminable et éprouvante
Dans le débat parlementaire qui s'ouvre cette semaine, toutes les indications suggèrent que l'exécutif tentera de ne pas effaroucher Olivier Faure et ses amis socialistes. Ces derniers, après leur divorce contraint avec La France Insoumise, ont politiquement l'obligation de marquer leur territoire à gauche sous peine de disparition progressive.
La proposition de loi sur le durcissement de la répression contre l'antisémitisme, plus que controversée, pourrait donner à l'opposition de gauche une occasion idéale de mettre le feu aux poudres dans l'hémicycle du Palais-Bourbon. Nombre d'observateurs envisagent déjà de voir ce débat renvoyé à une date ultérieure, tant les risques de confrontation semblent élevés.
La question piège du prochain embrasement social
Mais qui a véritablement intérêt à une nouvelle conflagration sociale ? Cette question demeure au cœur des préoccupations gouvernementales. Un nouvel embrasement ne dépend pas seulement des intentions ou des intérêts des candidats à la prochaine élection présidentielle. Les Gilets jaunes ont surgi à partir d'une mesure apparemment anodine : la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires.
Aujourd'hui, le prix du carburant n'a jamais connu pareille hausse, créant un terrain potentiellement explosif. Et pourtant, rien ne semble bouger dans la rue. Jusqu'à quand cette accalmie apparente pourra-t-elle durer ? C'est sans doute cette variable du prix des carburants qui incite Sébastien Lecornu à jouer les coupe-feu avec une détermination renouvelée.
Pour l'équipe gouvernementale, qui doit gérer une fin de règne interminable, le seul mot d'ordre à suivre pourrait bien ressembler au célèbre apophtegme d'Henri Queuille, ancien président du Conseil de la IVe République : « L'immobilisme est en marche, rien ne saurait l'arrêter. » Formule épatante pour faire du surplace tout en s'agitant en coulisses.
Cette Assemblée nationale, qui souffre elle aussi de cette fin de partie souffreteuse capable d'user les nerfs des plus stoïques, n'est pas à l'abri d'un prochain pétage de plombs. La question demeure : le gouvernement a-t-il vraiment le choix face à cette équation politique complexe ?



