François Hollande rompt définitivement avec La France insoumise
L'ancien président de la République François Hollande a prononcé une rupture claire et définitive avec La France insoumise (LFI) ce mercredi 18 février. Dans une déclaration sans ambiguïté sur BFM-TV/RMC, le socialiste a affirmé que son camp ne pouvait plus entretenir d'alliance avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, qu'il qualifie explicitement de formation « d'extrême gauche ».
Une exclusion qui vaut pour tous les scrutins
« Pour les scrutins municipaux, il ne peut pas y avoir d'alliance entre les socialistes ou les formations de la gauche réformiste et LFI au deuxième tour, c'est clair », a-t-il insisté. Mais la rupture va bien au-delà des élections locales. Concernant la présidentielle, Hollande a été tout aussi catégorique : « Jean-Luc Mélenchon n'a pas sa place au second tour. J'en prends ici à la fois la promesse, l'engagement et le pari ».
Selon l'ancien chef de l'État, « la relation avec LFI est totalement rompue », accusant le mouvement d'avoir manqué à ses engagements sur le refus de la « brutalisation » du débat politique. Il dénonce une stratégie qui, selon lui, cherche à polariser le débat public : « il y a une volonté de faire qu'il n'y ait plus rien entre l'extrême droite et cette gauche radicale ou cette extrême gauche ».
Le drame de Lyon au cœur des accusations
Cette rupture intervient dans le contexte tendu suivant la mort de Quentin Deranque, 23 ans, décédé samedi des suites d'un grave traumatisme crânien après avoir été frappé jeudi soir en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Onze suspects ont été interpellés, dont Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault.
Ce dernier, fondateur du groupe d'extrême gauche la Jeune Garde, a annoncé mardi avoir engagé la procédure pour « mettre fin » au contrat de son collaborateur, qui a « cessé toutes ses activités parlementaires ». La Jeune Garde a pour sa part assuré dimanche ne pouvoir « être tenue pour responsable » de la mort du jeune homme, ayant « suspendu toutes ses activités ».
Le gouvernement monte au créneau
La pression sur LFI ne vient pas seulement de l'ancien président socialiste. Dès mardi, le premier ministre Sébastien Lecornu avait demandé au mouvement de « faire le ménage » dans ses « rangs » lors d'une séance de questions au gouvernement particulièrement tendue à l'Assemblée nationale.
Mercredi, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a renchéri sur Franceinfo, appelant La France insoumise à « faire le ménage dans ses rangs » et demandant à la présidente du groupe Mathilde Panot d'« exclure Raphaël Arnault de son groupe, ou tout du moins à l'exclure temporairement ». Elle a jugé que les Français ont « toutes et tous une responsabilité » quand ils votent pour les « insoumis » et a appelé à ce qu'il n'y ait « plus jamais un député LFI au sein de l'Assemblée nationale ».
La défense maladroite de Mélenchon
Face à cette offensive, Jean-Luc Mélenchon s'est retrouvé sur la défensive. Mardi soir, le chef de file de LFI a reconnu que son mouvement avait « fréquenté, et nous nous sommes délibérément rapprochés de la Jeune Garde », tout en insistant sur leurs « divergences » et en affirmant : « Nous n'approuvons pas la violence ».
Il a également réagi vivement aux propos du premier ministre, affirmant que son parti « n'accepte pas les leçons » de Sébastien Lecornu, « qui visiblement a pété un câble ». Les lieutenants de Mélenchon ont quant à eux martelé que leur mouvement n'avait aucun lien avec l'agression mortelle et que, si d'anciens membres de la Jeune Garde en sont responsables, ils doivent être punis.
La qualification d'extrême gauche officialisée
Pour François Hollande, la classification de LFI comme mouvement d'extrême gauche par le ministère de l'intérieur est pleinement justifiée. « S'il fallait faire la démonstration, elle est faite », a-t-il estimé. « Qu'est-ce que c'est qu'un mouvement d'extrême gauche ? C'est un mouvement qui entretient en son sein des groupes qui font autre chose que de la participation au scrutin », a-t-il expliqué, faisant référence aux liens avec la Jeune Garde, « qui fait du combat physique son but et sa méthode ».
Cette prise de position marque un tournant dans le paysage politique français, où les frontières au sein de la gauche se redessinent de manière dramatique, sur fond de tragédie personnelle et d'accusations croisées sur la violence en politique.



