Il y a une semaine, Édouard Philippe a suscité l’indignation des hiérarques du Rassemblement national, avec la petite phrase qu’il a lancée lors de son allocution devant les cadres de son parti, Horizons, réunis à Reims : « Il y a quelques sujets sur lesquels le RN ne change pas. “Maréchal, nous voilà” diffusé à Carpentras – par erreur, dit la mairie. Ils avaient le disque à côté de celui de “La Marseillaise”. Ils se sont trompés, c’est ballot ». L’assistance a ri. Pas Marine Le Pen, qui a dénoncé une « bassesse », ni Jordan Bardella, qui a hurlé à la « fake news ».
L’ancien Premier ministre a bien raison de cibler l’ex-Front national, puisqu’il est crédité par des sondages d’être le seul en mesure de battre son candidat ou sa candidate en 2027. Se positionner en adversaire de second tour relève pour lui de l’évidence. Et pour ce faire, il n’est pas inutile de cogner dès maintenant.
Des symboles qui pourraient lui revenir en pleine face
Édouard Philippe doit toutefois se préparer à contrer une riposte nourrie par quelques éléments symboliques de son parcours, des gris-gris chiffrés, bien identifiables, qui ont exaspéré nombre de Français.
Le boulet des APL
5, tout d’abord, comme la baisse de cinq euros de l’aide personnalisée au logement (APL) décidée dans le cours de l’été 2017, qui a touché plus de six millions de personnes. Une mesure à l’impact budgétaire minime mais au retentissement politique assourdissant, qu’Emmanuel Macron a reconnu « traîner comme un boulet » en 2019, lors d’une rencontre avec des étudiants à Amiens. Ledit boulet pourrait bien, un jour ou l’autre, être lancé au candidat Philippe par ses adversaires. Une diversion a déjà été tentée, assurant que cette disposition avait été envisagée en 2016 sous François Hollande. Envisagée peut-être, mais pas inscrite au budget 2017 par le gouvernement socialiste de l’époque…
Sécurité routière mal digérée
80, comme la limitation de vitesse à 80 km/heure sur la plupart des routes secondaires au 1er juillet 2018, qui a suscité la colère dans les zones rurales et commencé d’alimenter une colère traduite quelques mois plus tard dans le mouvement des Gilets jaunes. « Peut-être que je le ferais différemment aujourd’hui, a-t-il concédé en mai 2025 au micro de Sud Radio. Je n’ai probablement pas réussi à expliquer, c’est ma responsabilité, que cette mesure n’était pas pour emmerder le monde ou gagner de l’argent mais pour éviter des accidents. » Le candidat Philippe devra sûrement faire plus et mieux pour se départir de l’image de rigidité technocratique que cette initiative a contribué à renforcer. D’autant qu’une majorité de départements ont décidé de revenir, partiellement ou totalement, aux 90 km/heure comme les y a autorisés la loi LOM (Loi d’orientation des mobilités) dix-huit mois plus tard, en décembre 2019. Tout ça pour ça !
Baisse de niveau
67, enfin, comme l’âge légal de départ à la retraite qu’il a jugé souhaitable d’instaurer pour réduire la dette de la France dans un entretien au magazine Challenges en septembre 2021 : « La seule solution raisonnable est donc d’allonger la durée de vie active en repoussant l’âge de départ à la retraite à 65, 66 ou 67 ans », disait-il alors. Une position réitérée à plusieurs reprises, même s’il se garde désormais de fixer un âge butoir quand il évoque le sujet.
Agiter ces trois nombres maudits revient bien sûr à abaisser le niveau du débat politique. Mais on peut faire confiance aux populistes de tous poils pour ne pas s’en dispenser.



