Une demande politique cinglante adressée à l'Élysée
Dans un courrier consulté par l'Agence France-Presse, la présidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain, a lancé un appel direct au président de la République. La députée de l'Isère exhorte Emmanuel Macron à "quitter X", le réseau social propriété d'Elon Musk, pour entraîner avec lui d'autres départs significatifs, notamment parmi les journalistes politiques.
Une plateforme sous le feu des critiques judiciaires
Dans sa missive envoyée ce lundi, Cyrielle Chatelain rappelle avec insistance les récentes perquisitions menées par la justice française dans les locaux de X. La plateforme est actuellement visée par une enquête préliminaire ouverte début 2025, initialement centrée sur des signalements dénonçant des biais algorithmiques.
Cette enquête s'est considérablement élargie suite à de nouveaux signalements concernant le fonctionnement de l'outil d'intelligence artificielle Grok. Les investigations judiciaires portent désormais sur des soupçons graves, notamment de complicité de détention d'images à caractère pédopornographique et de contestation de crime contre l'humanité, en lien avec des contenus négationnistes.
En réponse à ces actions judiciaires, X a dénoncé un "acte judiciaire abusif" qu'il estime reposer sur "des motivations politiques". Cette défense n'a pas convaincu la députée écologiste, qui souligne la contradiction entre les critiques officielles et l'usage continu de la plateforme.
L'influence présidentielle comme levier de changement
Cyrielle Chatelain, qui a elle-même quitté X en janvier 2025, développe un argumentaire précis sur l'influence normative de la communication présidentielle. "La fermeté ne peut souffrir d'aucune ambiguïté", écrit-elle avec conviction. "Vous ne pouvez dénoncer la dangerosité des plateformes et utiliser X comme principal levier de communication pour l'Élysée et pour vous-même."
La cheffe des écologistes à l'Assemblée analyse avec acuité l'impact symbolique de la présence présidentielle sur cette plateforme controversée. "À n'en pas douter, le fait que votre compte et celui de l'Élysée y restent actifs perpétue l'idée que cette plateforme est indispensable et inoffensive", affirme-t-elle sans détour.
Elle insiste particulièrement sur le rôle prescripteur du chef de l'État concernant les réseaux sociaux de référence pour les journalistes politiques. Selon son analyse, le choix de communication présidentiel influence directement les pratiques médiatiques et politiques.
Un paysage politique divisé face à X
Si Cyrielle Chatelain reconnaît que la plateforme subit déjà des contrecoups - elle note qu'"à la fin de l'année 2025, la plateforme est sortie du top 50 des marques les plus visitées" - elle constate que X demeure "un outil privilégié par une grande partie de la classe politique".
La députée écologiste souligne également que le réseau social "reste une référence centrale pour de nombreux journalistes politiques", ce qui renforce selon elle sa légitimité malgré les controverses.
Certains responsables politiques ont effectivement fait le choix de quitter la plateforme, à l'instar du ministre macroniste de l'Économie Roland Lescure. Cependant, ces départs restent très minoritaires dans le paysage politique français.
Les chefs des principaux partis politiques continuent tous d'utiliser activement X, y compris la secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier. Cette dernière a justifié sa présence sur la plateforme en arguant qu'elle ne souhaitait pas laisser l'espace numérique "à l'extrême droite".
La proposition d'un geste politique symbolique
Cyrielle Chatelain conclut son courrier par une proposition politique forte. "En quittant X, vous impulserez un acte politique fort", écrit-elle avec conviction au président Macron. Elle précise que ce geste serait "adressé à la fois aux responsables politiques, aux médias et à la direction de la plateforme".
La députée, dont le propre compte X est désormais inactif, envisage ce départ présidentiel comme un signal puissant capable de modifier les pratiques établies. Elle y voit une opportunité de cohérence politique entre les critiques formulées à l'encontre des plateformes numériques et les choix concrets de communication des institutions.
Cet appel intervient dans un contexte où les réseaux sociaux font l'objet de débats intenses concernant leur régulation, leur influence sur le débat démocratique et leur responsabilité face à la diffusion de contenus problématiques.