Bruno Le Maire : l'ancien ministre revient avec un livre et l'envie de repartir au combat
Bruno Le Maire revient avec un livre et l'envie de combattre

Bruno Le Maire : un retour littéraire et politique après l'épreuve du pouvoir

Qui aurait pu imaginer que Bruno Le Maire déposerait les armes ? L'ancien ministre a quitté le pouvoir en septembre 2024, suite à la dissolution, après sept années de règne sans partage sur la forteresse de Bercy – un record de longévité sous la Ve République qu'il ne manque jamais de rappeler. Son départ s'est effectué sous les huées, accablé par les critiques, tenu pour responsable de la dérive inquiétante de la dette française.

Une trajectoire mouvementée entre université, entreprise et retour éclair

Après son départ, Bruno Le Maire est devenu professeur à l'université de Lausanne et consultant chez le néerlandais ASML, leader mondial des machines de lithographie EUV pour les puces électroniques. Puis survint un retour surprise le 6 octobre 2025, comme ministre des Armées et des Anciens combattants du gouvernement Lecornu 1. Ce retour ne dura que quatorze petites heures – un autre record, cette fois de brièveté.

La vive réaction de Bruno Retailleau déclencha ce jour-là un nouvel épisode de crise politique. Bruno Le Maire n'eut même pas le temps de visiter le bureau de l'Hôtel de Brienne qu'il fut contraint de démissionner. Face à une telle violence politique, l'énarque aurait pu choisir de disparaître définitivement. Il revient pourtant avec un livre, Le Temps d'une décision (Gallimard), et la furieuse envie de repartir au combat.

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« C'était très dur. Mais ça rend libre », explique-t-il, bardé de cicatrices mais égal à lui-même.

Un diagnostic sévère sur le pouvoir et la décision publique

Fidèle à sa plume incisive, Bruno Le Maire croque les puissants qu'il a côtoyés dans les hautes sphères – autocrates de chaque continent, géants de la technologie, maîtres de la finance sans foi ni loi. À la manière d'un journal de bord, il décrit dans cet objet littéraire hybride la bascule d'un monde, la fin d'un modèle, le déclassement de l'Europe.

Avec cette question fondamentale en toile de fond : qui décide encore aujourd'hui ? Sa réponse est sans appel : « Le drame de la politique, c'est qu'elle ne décide plus. Nous devons repenser la décision publique pour retrouver de la puissance. Car ce qui nourrit les extrêmes, c'est l'impuissance généralisée. »

Un début de mea culpa sur trente années de vie publique

L'artisan du « quoi qu'il en coûte » n'échappe pas à l'examen de conscience. Au bout de trente années de vie publique, de mandats électifs et de fonctions ministérielles au plus haut niveau, force est de constater que le compte n'y est pas. Pour réussir son retour, il faut d'abord solder les échecs du passé.

« J'ai voulu bien faire », confie Bruno Le Maire. « Il faut comprendre ce qu'il s'est passé. Comprendre, ce n'est pas accabler Macron, ce qui serait à la fois injuste et court. Ce qui compte, c'est de regarder ce que la France a manqué. »

Il énumère les échecs : « Quand je vois que le pays va retrouver les 8 % de taux de chômage en 2026, que la désindustrialisation repart, que le pays n'a jamais été aussi divisé, que les gamins se livrent à une violence qui nous stupéfie et nous bouleverse tous, cela signifie que nous avons loupé quelque chose. »

La dette française : un « assassinat réputationnel »

Même tonalité sur l'état des comptes publics dont il a eu la charge. « Nous devons valoriser nos succès économiques et reconnaître nos échecs. Nous aurions pu et nous aurions dû faire mieux. Mais nous avons eu à affronter la crise la plus grave depuis 1929. Si faute il y a, j'en prends toute ma part, mais elle est aussi collective. »

Il révèle un chiffre choc : « La dette ne cesse de croître. Depuis que je suis parti, c'est 500 milliards en plus, sans Covid-19, et sans inflation ! »

Peut-il pour autant se départir de cette étiquette peu flatteuse de « l'homme aux 1 000 milliards » qui le poursuit jusque sur son lieu de vacances ? Il qualifie cette persécution d'« assassinat réputationnel » dans son livre.

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« J'ai alerté dès le mois d'août 2021, personne ne m'a soutenu. Quand j'ai voulu mettre fin au bouclier tarifaire, on m'a dit : 'C'est le retour de l'austérité.' En août 2023, j'ai proposé la désindexation des retraites et j'ai dit publiquement qu'à modèle social constant nous n'atteindrions jamais le plein-emploi – c'est exactement ce qu'il se passe. »

Rester par devoir contre démissionner par désaveu

Son sort aurait sans doute été différent s'il s'était décidé à claquer la porte, à force d'être désavoué par le chef de l'État. Mais Bruno Le Maire assume son choix : « Mon devoir était de rester. Démissionner, c'est déserter. »

Sa nouvelle vie loin du jeu politique l'a conforté dans la conviction qu'il faut tout changer. « Il y a urgence à imaginer où nous voulons emmener les Français. Ils attendent non pas des réformes mais un nouveau modèle de décision publique, un nouveau modèle social et industriel, un nouveau modèle de partage des responsabilités. »

Il propose une refonte complète : « Je propose une autre vision de l'esprit français. Je propose que nous sortions de cette aberration française qui dure depuis plusieurs décennies : l'idée selon laquelle le progrès serait de travailler moins pour gagner plus, de dépenser toujours plus mais en produisant toujours moins, d'avoir toujours plus de droits, jamais de devoirs. »

Des priorités radicales pour l'avenir

Si demain il en avait la capacité, le normalien ferait de la lecture la grande cause nationale et des jeunes, sa priorité absolue. Son premier chantier serait « malheureusement » celui des retraites, parce que la France ne travaille pas assez.

« Seule la radicalité de ce que nous proposerons pourra convaincre », affirme-t-il avec conviction.

Celui qui fut candidat à la primaire de la droite de 2016 a mille idées en tête. « Soit elles percent dans six mois, soit elles percent dans six ans. En revanche, personne ne peut se taire dans un moment aussi difficile. Mais je ne serai pas la caution d'un pouvoir qui se prolonge pour se prolonger. »

Un réseau actif et des ambitions politiques

Est-ce que son discours portera ? Où sa tournée des librairies le mènera-t-elle ? Il est trop tôt pour le dire. Il n'ajoutera pas sa candidature à celles qui ont déjà été déclarées, ni à celles qui sont à venir. Mais il n'exclut rien pour la suite.

Il maintient des relations régulières avec d'anciens collègues et mentors : il voit Dominique de Villepin une fois par mois, converse avec Édouard Philippe et Gérald Darmanin, a vu Xavier Bertrand récemment, et échange avec son réseau de maires une fois par semaine en visioconférence.

Un ex-macroniste qui le connaît bien le décrit ainsi : « Il est déterminé, lucide et organisé. Il veut tout faire pour être en mesure de se présenter. Il ne croit pas une seconde à l'émergence de Philippe. Pour lui, Philippe, c'est lui en moins bien. »

Malgré les avertissements de ses nouveaux interlocuteurs dans le privé qui lui font part de tout le mal qu'ils pensent de la politique – un patron lui a même déclaré que c'était « the worst job on earth » (« le pire travail au monde ») –, Bruno Le Maire reste convaincu que « l'engagement revient toujours ».