Juliette Chesnel-Leroux dresse un bilan critique d'Éric Ciotti à Nice
Bilan critique de Ciotti par Juliette Chesnel-Leroux

Premier bilan d’Éric Ciotti, annulation des JO 2030 à Nice, défense des droits de l’enfant… Juliette Chesnel-Leroux est l’invitée de l’Interview à la Une

Invitée de l’émission d’entretien vidéo du groupe Nice-Matin, Juliette Chesnel-Leroux juge les débuts du nouveau maire de Nice Éric Ciotti. La présidente du groupe d’opposition de gauche et écologiste plaide également pour la création d’un défenseur des droits de l’enfant et espère que l’annulation des J.O. 2030 à Nice servira à financer des infrastructures sportives durables.

Quel bilan dressez-vous de l’action d’Éric Ciotti après deux mois à la tête de la mairie ?

Éric Ciotti a découvert une situation que nous dénoncions déjà lors des mandats précédents : une gestion ubuesque avec des dépenses pharaoniques et de profondes déceptions chez les Niçois. Je pense notamment à l’affaire des notes de frais de Christian Estrosi, dont nous avions demandé l’accès sans jamais l’obtenir. Selon Éric Ciotti, il y aurait environ 300.000 euros de dépenses non justifiées depuis 2018. Pourquoi s’être arrêté à cette date ? Peut-être parce qu’avant 2018, ils étaient encore amis. Mais si l’on pouvait déjà savoir où est passé cet argent, ce serait une bonne chose.

Soutiendrez-vous une action en justice, alors qu’Éric Ciotti menace de porter l’affaire devant les tribunaux et que Christian Estrosi affirme que tout est légal et validé ?

Sans traces, impossible de savoir si c’est validé ou légal. Certes, cela rentrait dans l’enveloppe votée en Conseil municipal, mais on ignore pour quels sujets. C’est la mairie qui fera appel à la justice s’il y a besoin, nous verrons bien.

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Dans les premières orientations d’Éric Ciotti, détectez-vous les prémices d’une politique d’extrême droite ?

Sur certains sujets, oui. Notamment sur la place de la voiture en ville. C’est une thématique qui intéresse beaucoup son adjoint, M. Meringone, issu du Rassemblement national. Par exemple, il a voulu supprimer le tunnel cyclable du Congrès avant de faire marche arrière sous la pression d’une pétition de plus de 8.000 signatures. En quoi est-ce un marqueur spécifique de l’extrême droite ? C’est un marqueur parce que cela balaye complètement les enjeux de qualité de l’air et d’écologie. Le second point noir, c’est le projet de port à l’ouest de Nice, probablement pour faire plaisir au comité de quartier du port actuel. Créer un port à l’ouest signifie plus de bateaux, plus de croisières et plus de pollution dans une aire marine protégée qu’il faut au contraire préserver.

Comment appréciez-vous les premiers pas de votre ancien colistier, Jean-Marc Gouvernatori, désormais adjoint à l’environnement ?

Nous allons nous appuyer sur lui et sur sa conseillère déléguée Élise Ducménoglou, car ce sont les deux seuls de la majorité à sembler comprendre les enjeux écologiques. Cependant, je le trouve un peu timoré. Commencer par dire qu’il faut faire du partage automobile en rejetant la faute sur l’usager est insuffisant. C’est à la ville de donner les moyens aux gens d’abandonner la voiture en développant les transports en commun, les pistes cyclables et les liaisons par train ou bus, car beaucoup de Niçois travaillent à Monaco ou à Cannes.

Vous proposez la création d’un « Défenseur des droits de l’enfant » au niveau local. Quelle serait sa mission ?

Nous voulons une autorité totalement indépendante pour éviter tout conflit de hiérarchie avec la mairie. L’idée est de décliner localement ce qui existe au niveau national. Ce défenseur local doit pouvoir inspecter les lieux d’accueil sans prévenir trois semaines à l’avance et offrir un guichet unique aux familles, aux enfants et aux encadrants. Aujourd’hui, les gens sont perdus entre la police, le procureur ou la direction de l’école. Il est inacceptable qu’un signalement mette quatre mois à déboucher sur une mise en sécurité.

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Éric Ciotti a présenté des mesures similaires après l’affaire de l’école Terra Amata. Êtes-vous en phase avec lui ?

Ses propositions vont dans le bon sens, mais notre vision est plus large. Le dispositif d’Éric Ciotti se cantonne aux structures gérées par la ville. Or, l’année dernière, les dérives constatées dans une association sportive du Vallon des Fleurs échappaient complètement à ce champ puisqu’elle était indépendante. Nous voulons élargir ce droit aux collèges et aux lycées. Ce qui se passe sur les tout-petits donne envie de vomir, mais les adolescents ont aussi besoin d’un lieu de confiance s’ils ont des problèmes dans leur famille.

Éric Ciotti a supprimé les subventions à l’Ironman et à l’Ultra-Trail, et Nice a perdu l’organisation des JO d’hiver 2030. Est-ce une bonne nouvelle ?

Sous la précédente mandature, nous étions très critiques sur les millions d’euros injectés dans ces grands événements pour des raisons budgétaires et écologiques. Faire venir des milliers de personnes en avion n’est pas bon pour l’air des Niçois. De plus, Nice manque cruellement d’équipements sportifs de proximité. Au Stadium, à l’ouest de Nice, les vestiaires sont des préfabriqués sans eau chaude. On a honte quand on accueille des clubs extérieurs. Sur les JO, Éric Ciotti a dit non pour protéger les intérêts de l’OGC Nice qui aurait été chassé de son stade. De notre côté, sur le plan écologique, le projet de couvrir un stade de 30.000 places pour y mettre de la glace en plein mois de février, alors qu’il fera 10 degrés, était une aberration complète à 80 millions d’euros.