L’ex-Premier ministre de Jacques Chirac n’est pas encore candidat à la présidentielle, mais son programme se structure pour répondre à « un pays blessé ». Confidences. Un grand discours sur la France à la Sorbonne, le 27 mars, devant un millier d’étudiants. Un parti : La France humaniste. Des locaux. Et 2027 comme horizon toujours plus proche. Il ne manque plus qu’une déclaration de candidature à la présidentielle et Dominique de Villepin aura achevé son retour en politique. En attendant, l’ancien Premier ministre envoie des cartes postales, esquissant un programme bâti autour de la souveraineté. Auprès de « Sud Ouest » cette semaine, il a développé ses priorités. À commencer par « la justice sociale ».
La justice sociale comme point de départ
« C’est le point de départ de tout et c’est exactement l’inverse de la démarche d’Emmanuel Macron, attaque-t-il. Il est parti avec l’idée de rénover l’économie en donnant aux mieux placés la possibilité de réussir. À charge pour eux de faire ruisseler les bénéfices qui en découleraient… » Il poursuit : « Dans un pays blessé et malheureux, il faut apporter les preuves d’un effort justement partagé. » En particulier sur la fiscalité : « Il y aura des augmentations générales d’impôts et ceux qui disent le contraire mentent, affirme-t-il. Mais on doit fixer un cadre de justice pour garantir que les plus riches prennent toute leur part de l’effort, que les classes moyennes ne prennent pas plus que leur part et que les plus fragiles ne soient pas eux-mêmes fragilisés. » Il insiste : « Oui, tout le monde ne paye pas sa juste part. »
L’équité fiscale décile par décile
Toujours à ce chapitre, il veut pouvoir évaluer « l’équité fiscale en termes de ventilation des efforts, décile par décile » : « On a toujours le sentiment qu’il y a une cagnotte, un magot caché. Il faut faire l’absolue clarté là-dessus. »
Plus de démocratie directe
Dominique de Villepin ajoute un autre levier : « Plus de démocratie directe ». Soit « des référendums réguliers ». « Le général de Gaulle en a fait quatre, rappelle-t-il. Depuis Jacques Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron n’en ont pas fait un seul. » « Je souhaite, explique-t-il, des référendums d’initiative citoyenne articulés avec le travail d’une convention citoyenne permanente. » Cette méthode pourrait concerner les retraites ; sujet qui, selon lui, « suppose de reprendre le travail en commençant par le dialogue social avec l’objectif de parvenir à un consensus qui puisse être validé par un référendum. »
Un État souverain
Dominique de Villepin l’affirme : il veut rendre l’État « à nouveau souverain. » À cette fin, il avance plusieurs « outils » pour, notamment, partager la décision au-delà du Conseil des ministres. Il défend ainsi « un conseil des territoires », qui réunirait « les présidents de Région », et « un grand conseil des maires ».
Un fonds de souveraineté et de solidarité
À cette « architecture au service de l’État », il ajoute « un instrument de financement » : « un fonds de souveraineté et de solidarité » qui devra engager les investissements « massifs » pour « la décarbonation, la modernisation technologique, la réindustrialisation ». Ce fonds s’appuierait en partie sur la mobilisation de l’épargne des Français à travers « un volet d’épargne retraite ou d’épargne volontaire ». « Les Françaises et les Français en deviendraient ainsi actionnaires et seraient rémunérés par une rente », souligne-t-il. À la lueur de l’endettement du pays, Dominique de Villepin estime l’effort nécessaire à « deux plans Marshall. » Soit dix ans.
Le retour de l’ENA
Ce cap vers la souveraineté serait adossé à « un corps de grands ingénieurs » et, plus surprenant, à un retour de l’ENA, l’École nationale de l’administration, supprimée par Emmanuel Macron et remplacée par l’Institut national du service public. Cette proposition s’annonce potentiellement radioactive, mais Dominique de Villepin l’assume : « L’ENA est un symbole. Je ne connais pas d’autres pays qui, disposant d’une très grande marque comme l’ENA, l’ont mise à la poubelle en quelques minutes. » Ce rétablissement de l’ENA devra s’accompagner d’une plus grande diversité de ses recrutements avec, avance-t-il, une « sélection de talents à la sortie du bac ».
Vers 2027, avec ou sans dissolution
Dominique de Villepin n’est toujours pas candidat. Mais son pas s’accélère. Dissolution ou pas ? La question se posera à celui ou celle qui gagnera la présidentielle : faudra-t-il dissoudre l’Assemblée ? Avec la dissolution de 2024, le mandat des députés court jusqu’en 2029. Pour le nouveau président, dissoudre pourrait lui offrir une majorité. Sur ce point Dominique de Villepin est plus nuancé : « Rien n’oblige à dissoudre au lendemain de la présidentielle, à condition bien sûr que les forces représentées acceptent de mettre de côté l’intérêt partisan pour se consacrer à l’intérêt général. »



