Municipales 2026 à Rennes : Onze listes en lice, cinq femmes candidates, une quadrangulaire possible
Municipales Rennes 2026 : 11 listes, 5 femmes, bataille serrée

Municipales 2026 à Rennes : une bataille électorale d'une intensité inédite

La démocratie locale rennaise bat son plein. Ce dimanche, les 130 000 électeurs de la capitale bretonne sont appelés aux urnes pour un premier tour des élections municipales 2026 particulièrement dense, avec pas moins de onze listes en compétition. Un record qui témoigne de la vitalité du débat politique dans la ville. Parmi ces onze formations, cinq sont menées par des femmes, marquant une féminisation notable du paysage politique local.

Nathalie Appéré, maire sortante socialiste, en position de force mais sous surveillance

Candidate à un troisième mandat, Nathalie Appéré apparaît comme la grande favorite de ce scrutin. La maire socialiste, qui avait obtenu 35 % des voix en 2014 puis 32 % en 2020, bénéficie cette fois d'une alliance avec les Écologistes dès le premier tour, un atout considérable. Son ancien rival Matthieu Theurier, qui l'avait "chatouillée" il y a six ans, fait désormais partie de son camp.

"On ne peut pas dire que l'élection est déjà pliée, mais Nathalie Appéré s'affiche comme la grande favorite. Elle ne me paraît pas en difficulté sur cette campagne. Elle va pouvoir bénéficier d'une prime à l'unité et de la prime au maire sortant", analyse Romain Pasquier, politologue spécialiste de la vie politique locale.

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Un récent sondage pour Politico lui attribuait même 42 % des intentions de vote, bien que cette enquête "auto-administrée en ligne" soit largement remise en cause par les experts. "Je ne la voyais pas aussi haute", reconnaît d'ailleurs le politologue rennais.

Pourtant, des nuages assombrissent l'horizon de la maire sortante. Les règlements de compte dans des quartiers minés par le narcotrafic pourraient la sanctionner auprès d'un électorat en quête d'une politique plus sécuritaire. Malgré ces défis, elle conserve l'imposant socle de gauche qui n'a pas tremblé depuis l'élection d'Edmond Hervé en 1977.

Marie Mesmeur, la députée insoumise qui veut faire entrer LFI au conseil municipal

Le tirage au sort a offert le panneau numéro 1 à Marie Mesmeur, candidate de La France insoumise, qui s'affiche symboliquement tout près de la maire sortante. Élue députée en 2024, elle incarne une liste très jeune dont la moyenne d'âge dépasse à peine 35 ans. Bien que sa formation soit inexpérimentée et ses candidats peu connus du grand public, elle peut compter sur le soutien d'une partie de la jeunesse rennaise.

"Je pense qu'ils seront au second tour. Et je pense qu'ils se maintiendront, sachant que Nathalie Appéré a fermé la porte d'une alliance", prédit Romain Pasquier. Le politologue ajoute que la liste LFI pourrait en plus "bénéficier du report d'autres voix de l'extrême gauche" au second tour, dans un contexte où huit des onze listes sont classées à gauche, dont six à l'extrême gauche.

Charles Compagnon, le leader de l'opposition qui rêve de briser la forteresse socialiste

Depuis six ans, Charles Compagnon n'a jamais lâché son rôle de leader de l'opposition, une longévité remarquable dans un paysage politique local où ses prédécesseurs à droite avaient tendance à disparaître progressivement. Associé à Carole Gandon, le commerçant espère enfin faire vaciller le pouvoir socialiste en incarnant une voix plus à droite.

"L'erreur fondamentale de la droite, c'est de partir divisée. Charles Compagnon a mené un gros travail sur le terrain, il a bâti un programme. Mais il a un candidat Les Républicains dans les pattes [Thomas Rousseau a été investi par LR]. Dans une forteresse de la gauche, c'est un vrai caillou dans la chaussure", estime Romain Pasquier.

Le politologue insiste sur la forte proportion "d'employés, de cadres du public et d'étudiants" dans l'électorat rennais, souvent peu favorable à la droite. Charles Compagnon pourrait cependant profiter d'une éventuelle triangulaire face à Marie Mesmeur et Nathalie Appéré pour gonfler son score, à condition que le Rassemblement national ne soit plus en lice.

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Julien Masson et le RN : l'extrême droite peut-elle percer à Rennes ?

Émeric Salmon, tête de liste du RN en 2020, n'avait obtenu que 4 % des voix avant d'être parachuté en Haute-Saône où il a été élu député en 2024. En 2026, Julien Masson peut-il faire mieux ? La dynamique nationale porte le parti d'extrême droite, mais Rennes reste une ville où il ne fait traditionnellement pas recette.

"Je pense que le RN sera entre 8 et 12 %. S'ils sont en dessous des 10 %, ce sera un véritable échec", analyse Romain Pasquier. Pour espérer emmener son parti au second tour, Julien Masson devra obtenir au moins 10 % des suffrages ce dimanche, un seuil qui semble atteignable mais non garanti dans cette ville de gauche.

Le recrutement de l'ancien patron de la police locale Luca Togni constitue cependant un coup médiatique important pour la campagne du RN, lui offrant une crédibilité sur les questions de sécurité qui préoccupent une partie de l'électorat.

Sept autres listes complètent le paysage électoral

À côté des quatre favoris, sept autres listes seront alignées, dont six classées à gauche. À droite, seul Thomas Rousseau va tenter d'exister, mais peu connu sur le plan local, il risque de rester dans l'ombre de Charles Compagnon.

À l'extrême gauche, les électeurs auront un choix pléthorique avec la liste "Rennes commune" du dissident LFI Ulysse Rabaté, la liste du NPA menée par Victor Darcissac, la liste Révolution permanente dirigée par Erell Duclos, la liste de Lutte ouvrière emmenée par Sandra Chirazi et enfin la liste "Rennes contre la guerre" incarnée par Morgane Pernot-Goarvot.

Yann Mélan, à la tête de la liste "Équinoxe Rennes", incarnera quant à lui un mouvement transpartisan mais classé "écologiste" par la préfecture.

La perspective d'une quadrangulaire au second tour semble donc tout à fait possible, un scénario qui serait sans doute favorable à la maire sortante Nathalie Appéré. Les résultats du premier tour, attendus avec impatience, dessineront les contours d'une bataille électorale qui s'annonce historique pour la ville de Rennes.