Un coup de fil historique marque la fin d'une ère politique en Hongrie
Le coup de fil a dû être particulièrement douloureux à passer. Pourtant, Viktor Orban s'y est finalement résigné. « Le Premier ministre vient de m'appeler pour nous féliciter de notre victoire », a annoncé Péter Magyar, son principal adversaire politique, après que les premiers sondages sortis des urnes l'ont désigné comme le grand vainqueur des législatives ce dimanche 12 avril.
Ce scrutin à tour unique devait déterminer la composition du Parlement de Budapest et, plus largement, le destin de la Hongrie pour les quatre prochaines années, avec des implications potentielles pour l'ensemble de l'Union européenne.
L'illusion d'invincibilité d'un autocrate déchu
Jusqu'aux derniers moments, Viktor Orban, maître incontesté de la Hongrie depuis près de vingt ans, architecte du concept controversé de « démocratie illibérale » et critique acharné des institutions européennes, a cru en sa propre invincibilité. Quelques jours seulement avant le vote, ses partisans à Budapest affichaient une confiance absolue, convaincus que « Viktor » allait une nouvelle fois « faire mentir les sondages ».
Le dirigeant sortant avait pourtant déployé une stratégie impressionnante pour conserver le pouvoir. Il avait d'abord veillé à ce que son ancien protégé Péter Magyar soit systématiquement banni des médias audiovisuels publics de ce pays de 9,5 millions d'habitants. Ensuite, il avait orchestré le rachat des médias privés par ses alliés politiques, créant ainsi un écosystème médiatique entièrement dévoué à sa propagande.
Pour parfaire ce dispositif, des affiches de campagne visant à diaboliser Magyar avaient été placardées sur l'ensemble du territoire national.
Le soutien international n'a pas suffi à sauver Orban
Afin de consolider sa position, Viktor Orban avait même bénéficié du soutien actif de Vladimir Poutine, qui lui avait envoyé des experts russes en désinformation. Le maître du Kremlin se faisait un plaisir d'aider son fidèle allié : sous la direction d'Orban, le ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Szijjártó informait régulièrement son homologue russe Sergueï Lavrov des discussions confidentielles au Conseil de l'Union européenne.
Budapest relayait également sans réserve le narratif moscovite attribuant la responsabilité de l'invasion russe du Donbass ukrainien en février 2022 aux autorités de Kiev.
Un autre soutien de poids était venu des États-Unis, où l'ancien président Donald Trump, toujours prompt à semer la division en Europe, avait dépêché son vice-président J.-D. Vance à Budapest les 7 et 8 avril, dans l'ultime ligne droite de la campagne. Trump avait même enregistré un message vocal de soutien à son « ami Viktor », un geste de réciprocité après l'aide financière et politique qu'Orban lui avait apportée lors de sa dernière campagne présidentielle.
La colère populaire face à la dérive autoritaire
Malgré ces manœuvres et ces soutiens internationaux, la stratégie d'Orban s'est révélée insuffisante. Certains médias hongrois l'ont même accusé de tentatives d'achat de voix dans les régions les plus défavorisées du pays.
Son impopularité croissante dans une nation à la croissance économique stagnante a finalement eu raison de son règne. Une partie significative de la population hongroise reste profondément attachée à l'Union européenne, dont les subventions ont permis de financer routes, ponts et réseaux de métro depuis l'adhésion du pays en 2004.
Les citoyens se sont également montrés de plus en plus hostiles à la dérive autoritaire d'un clan politique accusé de s'être approprié les richesses nationales, barrant ainsi la route du pouvoir à Viktor Orban.
Une victoire écrasante mais des défis institutionnels majeurs
C'est donc bien Péter Magyar, leader du centre droit, qui a remporté une victoire décisive dimanche soir. Selon les premières estimations, son avance serait considérable avec 128 sièges sur les 199 que compte le Parlement hongrois.
La question cruciale qui se pose désormais concerne la capacité de Magyar à obtenir les deux tiers des suffrages lors du décompte final. Sans cette majorité qualifiée, il lui sera extrêmement difficile de défaire les verrous juridiques mis en place par le gouvernement sortant pour conserver le contrôle des institutions quelle que soit l'issue des élections.
« Orban a complètement verrouillé les institutions, notamment la Cour suprême, qui est plus puissante que le Conseil constitutionnel français, mais aussi la Cour des comptes et les principales instances judiciaires », expliquait récemment Kim Lane Scheppele, professeure à Princeton et spécialiste reconnue de la Hongrie.
« Sans une majorité des deux tiers au Parlement, Magyar ne pourra pas réformer le système en profondeur, ce qui laissera à Orban la possibilité de continuer à contrôler des pans entiers du pays et de préparer son retour politique », ajoutait-elle, évoquant notamment la possibilité pour l'ancien Premier ministre de se faire élire président de la République.
Les prochains jours seront donc déterminants pour savoir si la victoire électorale de Péter Magyar pourra se traduire par un véritable changement de gouvernance en Hongrie, ou si les institutions verrouillées par deux décennies de pouvoir orbanien résisteront à la volonté populaire exprimée dans les urnes.



