Côte d'Ivoire : une victoire électorale sans surprise mais des défis politiques persistants
Comme anticipé par la plupart des observateurs, les élections législatives ivoiriennes du 27 décembre 2025 ont abouti à un raz-de-marée en faveur du parti au pouvoir. Le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) d'Alassane Ouattara a consolidé sa mainmise sur l'Assemblée nationale avec 197 sièges sur les 255 que compte l'hémicycle, soit une augmentation de 34 sièges par rapport à la législature précédente.
Cette victoire écrasante s'inscrit dans la continuité de la présidentielle d'octobre 2025, qui avait déjà accordé un quatrième mandat au chef de l'État. Toutefois, le taux de participation n'a que faiblement dépassé les 35%, révélant une certaine forme de désintérêt ou de lassitude de l'électorat.
La promesse d'une transmission générationnelle mise à l'épreuve
Le principal enjeu de ce nouveau quinquennat réside dans la promesse formulée par Alassane Ouattara lui-même : celle d'un mandat placé sous le signe de la "transmission générationnelle". Cette attente, particulièrement forte au sein de la société civile et parmi les 32 millions d'Ivoiriens, a placé la formation du nouveau gouvernement sous haute surveillance.
Après de vives spéculations médiatiques, le grand renouvellement attendu n'a finalement pas eu lieu. Le Premier ministre Robert Beugré Mambé, septuagénaire et fidèle parmi les fidèles du président, conserve son poste. Sur les trente-cinq ministres sortants, trente ont été reconduits dans leurs fonctions au sein de l'équipe gouvernementale officiellement annoncée le 23 janvier 2026.
Cette nouvelle équipe compte six femmes, dont deux ministres d'État aux Affaires étrangères et à la Fonction publique. "Si c'était pour rempiler avec les mêmes protagonistes, la Côte d'Ivoire aurait bien pu se passer des morts et des arrestations", ironise un responsable du PDCI-RDA, le principal parti d'opposition, faisant référence aux violences électorales ayant causé au moins 11 morts et plus de 1600 arrestations selon les autorités.
L'ombre portée de la succession présidentielle
Un détail de la composition gouvernementale n'est pas passé inaperçu : Téné Birahima Ouattara, ministre de la Défense et frère cadet du président, s'est vu attribuer le titre supplémentaire de vice-Premier ministre. Cette promotion hiérarchique significative alimente les spéculations sur une éventuelle succession familiale au sommet de l'État.
Dans les cercles politiques ivoiriens, Téné Birahima Ouattara est surnommé "la photocopie" en raison de sa ressemblance frappante avec son frère aîné. Banquier de formation, il œuvre discrètement au sein du gouvernement depuis 2012. "Depuis plusieurs années, nous assistons à un resserrement familial du pouvoir", dénonce le responsable du PDCI-RDA.
Ousmane Zina, professeur en science politique à l'université de Bouaké, analyse prudemment : "Ce positionnement stratégique est l'expression d'un acteur qui monte en puissance au cœur de l'exécutif." Une source officielle proche du RHDP justifie cette nomination par les compétences démontrées par Téné Birahima Ouattara dans la stabilisation de l'armée et les défis sécuritaires régionaux.
L'épineuse question de la relève politique
À 84 ans, Alassane Ouattara voit les prétendants potentiels à sa succession se faire rares dans son entourage immédiat. Après les décès des anciens Premiers ministres Amadou Gon Coulibaly (2020) et Hamed Bakayoko (2021), seul Patrick Achi avait émergé comme successeur possible dans l'opinion publique. Bien que récemment réélu président de l'Assemblée nationale en janvier 2026, sa brève période comme Premier ministre (2021-2023) n'a pas suffi à en faire un dauphin incontesté.
Parallèlement, la question du renouvellement générationnel reste entière. Quelques jours seulement après l'annonce du gouvernement, le procès de Jean-François Kouassi a mis en lumière les tensions autour de cette problématique. Ce candidat malheureux aux législatives, âgé de 32 ans et très suivi sur les réseaux sociaux, plaidait pour une plus grande inclusion des jeunes en politique.
Ses critiques contre le cumul des responsabilités au plus haut niveau et la transparence des concours de la fonction publique lui ont valu des poursuites pour diffamation. Condamné le 26 janvier 2026 à 15 jours de prison ferme, huit mois avec sursis et 500 000 francs CFA d'amende (environ 750 euros), il a été libéré le lendemain après avoir purgé sa peine. Son cas symbolise les aspirations et les frustrations d'une jeunesse en attente de perspectives politiques.
Alors que le RHDP célèbre sa victoire électorale incontestable, les défis de la transition générationnelle et de la succession présidentielle demeurent les véritables tests à venir pour la stabilité politique ivoirienne. La promesse de transmission entre les générations, si elle tarde à se concrétiser, pourrait alimenter les tensions dans un pays où plus de 60% de la population a moins de 25 ans.



