La rhétorique de la terreur de l'administration Trump : une analyse critique
Menaces, insultes, violence verbale… L'administration de Donald Trump utilise face à ses adversaires une « rhétorique de la terreur » aussi spectaculaire que contre-productive. C'est la thèse développée par Gregory A. Daddis, professeur d'histoire américaine à l'université du Texas et auteur de Faith and Fear : America's Relationship with War since 1945, dans un article publié le 6 avril par le magazine Foreign Policy. En janvier, Donald Trump avait décrit le Venezuela comme un « pays fini ». Autre intimidation : l'ultimatum adressé le 7 avril à l'Iran par l'hôte de la Maison-Blanche sur sa plateforme Truth Social : « Une civilisation entière va disparaître ce soir ».
Une stratégie incohérente et dangereuse
Alors que la situation diplomatique paraît confuse, suspendue à l'éventuelle reprise de négociations entre Washington et Téhéran, l'universitaire juge sévèrement l'intervention au Moyen-Orient initiée le 28 février par les États-Unis avec l'appui d'Israël. Dans un entretien exclusif, il explique les risques de cette approche.
Le Point : L'administration Trump emploie, selon vous, une « rhétororique de la terreur ». Qu'entendez-vous par là ?
Gregory A. Daddis : Elle utilise une rhétorique violente, voire extrêmement violente, qui vise à intimider, comme lorsque Donald Trump menace de faire « disparaître » la civilisation iranienne. Elle semble estimer que le recours à un discours violent et menaçant, couplé à l'emploi d'une force écrasante, est une manière efficace d'exercer sa direction sur les affaires du monde et de forcer les autres pays à se plier à ses désirs.
Les conséquences à long terme
Le Point : De quoi cette emphase verbale témoigne-t-elle selon vous ?
Gregory A. Daddis : C'est une forme de compensation. Dans le cas de l'Iran, elle cherche à dissimuler l'absence d'une stratégie élaborée, qui envisage les conséquences à long terme du recours à la menace. Depuis les débuts de son intervention en Iran, l'administration Trump a agi de façon incohérente. Cette rhétorique de la terreur témoigne aussi d'une croyance excessive dans les pouvoirs de la force militaire, au détriment de la voie diplomatique.
Le Point : En quoi cette rhétorique est-elle contre-productive ?
Gregory A. Daddis : Comme le montre le cas de l'Iran, ni les paroles ni les actions de Trump, si violentes soient-elles, ne peuvent forcer des puissances étrangères à agir comme le président américain le souhaite. Cette approche suscite plutôt une résistance supplémentaire. Elle affaiblit à la fois la diplomatie et le droit international. En fin de compte, la violence rhétorique de Trump pourrait même rendre plus difficile, pour un futur gouvernement iranien, d'accepter ses conditions, même si celui-ci le souhaitait. Diffuser la terreur au-delà de nos frontières, ce n'est pas la même chose que déployer notre pouvoir et notre influence.
Efficacité limitée et risques d'aliénation
Le Point : Une telle rhétorique ne peut-elle pas, dans certains cas, être efficace ?
Gregory A. Daddis : S'appuyer sur cette rhétorique de la terreur peut produire des résultats à court terme – quand on menace un ennemi pour le faire reculer, par exemple –, mais elle rend plus difficile d'accomplir ses objectifs de long terme. De plus, faire reposer la prééminence d'une nation sur la rhétorique de la terreur, c'est aussi potentiellement s'aliéner des citoyens qui préfèrent une politique étrangère fondée sur des principes.
La guerre en Iran : un piège auto-infligé ?
Le Point : La guerre en Iran est-elle un échec pour les États-Unis ? Ces derniers sont-ils tombés dans un piège ?
Gregory A. Daddis : Si la guerre en Iran est un piège, c'est un piège que l'administration américaine a elle-même créé. Il est bien trop tôt pour dire si cette intervention est ou non une victoire pour les États-Unis, en particulier d'un point de vue politique. Pour ne donner qu'un exemple, les racines de la révolution iranienne de 1979 remontent à 1953, et au coup d'État qui a renversé Mohammad Mossadegh. Cependant, nous pouvons déjà observer aujourd'hui les conséquences à court terme de l'opération américaine, avec la hausse des coûts du pétrole sur le marché mondial.
La voie de la diplomatie comme solution
Le Point : Que doivent selon vous faire les États-Unis, au Moyen-Orient et en particulier en Iran, pour assurer leur sécurité ?
Gregory A. Daddis : La meilleure méthode est de négocier un accord qui privilégie la diplomatie au détriment de la guerre. En prolongeant sa présence militaire, l'administration Trump ne fait qu'alimenter, pour l'avenir, les menaces pour la sécurité des États-Unis. Pour préserver les intérêts américains, il faut se placer dans une perspective diplomatique plutôt que de se limiter à l'emploi de la force.



