L'histoire est jalonnée de poignées de main symboliques, à l'instar de celle échangée le 27 avril 2018 entre les dirigeants sud-coréen et nord-coréen, Moon Jae-in et Kim Jong Un. Retour sur ces gestes qui parfois changent le destin.
Sadate et Begin : le premier pas vers la paix
Le 19 novembre 1977, le président égyptien Anouar el-Sadate est le premier chef d'État arabe à se rendre en Israël depuis la fondation de l'État en 1948, après quatre guerres israélo-arabes. À son arrivée à l'aéroport de Lod, près de Tel-Aviv, il est accueilli par son homologue israélien Ephraïm Katzir et le Premier ministre Menahem Begin. Les trois hommes se serrent la main, presque invisibles derrière une cohue de photographes et de gardes du corps. Ce voyage historique à Jérusalem ouvrira la voie aux accords de Camp David, qui aboutiront en mars 1979 à la signature du traité de paix israélo-égyptien, le premier conclu entre Israël et l'un de ses voisins. Très critiqué dans son propre pays, Anouar el-Sadate sera assassiné en 1981 par des islamistes.
Mitterrand et Kohl : l'amitié franco-allemande scellée
Le 22 septembre 1984, 70 ans après le début de la Première Guerre mondiale, le président français François Mitterrand et le chancelier allemand Helmut Kohl participent à une grande cérémonie à la mémoire des victimes à Douaumont, dans le nord-est de la France. Après un hommage rendu aux disparus dont les restes reposent dans l'ossuaire, ils se placent devant le catafalque couvert des drapeaux allemand et français. À la fin de l'hymne allemand, M. Kohl se tourne vers M. Mitterrand, qui le regarde tandis que sa main se détache légèrement et rencontre celle du chancelier quelques instants, dans un geste symbolique par-dessus les tombes. Cette poignée de main célèbre l'amitié franco-allemande sur une terre qui vit jadis leurs deux nations s'affronter.
Arafat et Rabin : une poignée de main hésitante
Le 13 septembre 1993 à Washington, le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin et le leader de l'Organisation de libération de la Palestine Yasser Arafat, deux ennemis jurés, scellent sous l'œil du président Bill Clinton leur difficile union. Ce jour-là, sur la pelouse de la Maison Blanche, la Déclaration de principes sur une autonomie palestinienne transitoire de cinq ans, secrètement négociée à Oslo, vient d'être paraphée. Bill Clinton se tourne alors vers M. Rabin et lui serre la main, puis il serre celle de M. Arafat, de l'autre côté. Le dirigeant palestinien, qui s'est un peu incliné pour ce geste, poursuit son mouvement et tend une main, visiblement hésitante, au Premier ministre israélien. Après un court instant d'hésitation, celui qui fut de toutes les batailles contre les Palestiniens saisit cette main tendue, déclenchant les applaudissements et les cris du public. Aujourd'hui, le règlement du conflit israélo-palestinien est toujours dans l'impasse.
Chavez et Obama : une poignée de main inattendue
Le 17 avril 2009, Barack Obama et le président vénézuélien Hugo Chavez, farouche opposant des États-Unis et allié de Cuba, échangent une poignée de main aussi chaleureuse qu'inattendue, juste avant l'ouverture du sommet des Amériques à Trinité-et-Tobago. Ce bref échange de salutations fait la Une de la presse mondiale et vaut au président américain de violentes critiques de la part des républicains. Mais il ne débouchera sur aucune détente entre Washington et Caracas.
Obama et Raul Castro : un geste qui a ouvert la voie
Le 10 décembre 2013 en Afrique du Sud, le président américain Barack Obama provoque la surprise en donnant une poignée de main à son homologue cubain Raul Castro, lors d'une cérémonie d'hommage à Nelson Mandela. Dans le stade de Soweto, M. Obama, qui se dirige vers la tribune pour prononcer un discours, serre les mains des dignitaires présents sur son chemin, dont Raul Castro. Les images diffusées par la télévision sud-africaine montrent qu'ils échangent aussi quelques mots. Alors que les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques officielles en 1961 et entretiennent depuis une longue histoire d'hostilité mutuelle, ce geste non programmé sera suivi un an plus tard par un rapprochement inattendu entre les anciens ennemis, puis par la reprise officielle des relations diplomatiques.



