Christine Cadot décrypte la fabrique de la mémoire européenne
Christine Cadot, professeure de science politique à l'université Paris-VIII, est une spécialiste reconnue des pratiques commémoratives et des usages politiques de la mémoire. Ses travaux explorent également l'iconographie liée à la construction européenne. Elle est l'autrice de l'ouvrage Mémoires collectives européennes (PUV Editions, 2019), dont une édition augmentée sera disponible en ukrainien courant 2026 aux éditions Dukh i Litera.
Elle interviendra le 21 février lors de La Nuit de l'Europe organisée par Sciences Po Strasbourg, un événement qui tombe à point nommé alors que les enjeux mémoriels saturent l'espace public et les discours politiques.
Une mémoire collective unifiée, projet fondateur de l'UE
Si la mémoire constitue une ressource politique cruciale à l'échelle nationale, qu'en est-il pour l'Union européenne et ses institutions ? Ont-elles délibérément cherché à promouvoir une mémoire collective unifiée ? La réponse de Christine Cadot est claire et affirmative.
Dès la création de la Communauté économique européenne en 1957, les pères fondateurs ont estimé nécessaire de construire une mémoire européenne commune. Cette démarche visait explicitement à favoriser l'émergence d'un solide sentiment d'appartenance parmi les peuples membres.
Il s'agissait ni plus ni moins de transposer et de se réapproprier les vertus supposées du roman national, mais à l'échelle continentale. Ce projet mémoriel était conçu comme un ciment essentiel pour l'intégration politique et culturelle naissante.
Les ressorts politiques d'une narration commune
La construction de cette mémoire ne fut pas le fruit du hasard. Elle répondait à une volonté politique délibérée de créer des récits et des symboles partagés. Les institutions européennes ont, dès leurs débuts, œuvré à mettre en avant des événements, des figures et des valeurs censés incarner un destin commun.
Cette entreprise visait à dépasser les mémoires nationales parfois conflictuelles pour forger une identité collective supranationale. Le processus, toujours en cours aujourd'hui, reste un sujet d'étude et de débat fondamental pour comprendre la dynamique même de l'Union européenne.