Emmanuel Macron intervient auprès de Donald Trump pour défendre des citoyens français sanctionnés
Le président français Emmanuel Macron a récemment adressé une lettre officielle à son homologue américain Donald Trump, dans laquelle il plaide avec fermeté pour la levée immédiate de sanctions qu'il qualifie d'« injustement imposées » à plusieurs citoyens européens. Parmi les personnes visées figurent deux Français de renom : l'ancien commissaire européen Thierry Breton et le juge Nicolas Guillou, magistrat à la Cour pénale internationale (CPI). Cette démarche diplomatique, révélée en exclusivité par La Tribune Dimanche, souligne les tensions croissantes entre Paris et Washington sur des questions de souveraineté réglementaire et d'indépendance judiciaire.
Une défense vigoureuse de l'autonomie européenne
Dans sa correspondance, Emmanuel Macron appelle personnellement l'attention de Donald Trump sur ces mesures coercitives, qu'il estime profondément préjudiciables. « Je souhaite appeler personnellement votre attention sur les sanctions imposées par les États-Unis à l'encontre de plusieurs citoyens européens, dont deux Français, Nicolas Guillou, juge à la Cour pénale internationale, et Thierry Breton, ancien commissaire européen », écrit le chef de l'État. Il insiste ensuite : « Je vous demande de reconsidérer ces décisions de votre administration et de lever les sanctions injustement imposées à Nicolas Guillou et Thierry Breton. »
Thierry Breton, architecte clé de la directive européenne sur les services numériques (DSA), est interdit de séjour aux États-Unis depuis décembre 2025. Le Département d'État américain l'accuse de « censure » portant atteinte aux intérêts nationaux des États-Unis, une interprétation que Paris rejette catégoriquement. En effet, les autorités américaines, notamment le chef de la diplomatie Marco Rubio, ont dénoncé des « actes flagrants de censure extraterritoriale », voyant dans la régulation européenne des plateformes technologiques une menace pour la liberté d'expression.
Des arguments solides contre les accusations américaines
Emmanuel Macron conteste vigoureusement ces allégations dans sa lettre. « Les sanctions adoptées contre Thierry Breton portent atteinte à l'autonomie réglementaire européenne et se fondent, de surcroît, sur des analyses erronées », affirme-t-il. Il précise que « la réglementation numérique européenne n'a, en effet, aucune portée extraterritoriale et s'applique sans discrimination, sur le territoire européen, à toutes les entreprises concernées. » Cette défense met en lumière le conflit latent entre la vision européenne de la régulation du numérique et les positions américaines.
De son côté, le juge Nicolas Guillou a été sanctionné par Washington en août 2025, en même temps que d'autres magistrats de la CPI. Ces mesures font suite à son implication dans le dossier du mandat d'arrêt visant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Les conséquences pour Guillou sont concrètes et sévères : interdiction de territoire américain, retrait de sa carte Visa par sa banque en France, et impossibilité d'utiliser de nombreux services numériques américains populaires, tels qu'Airbnb et Amazon.
Un appel à la protection des principes fondamentaux
Emmanuel Macron proteste avec véhémence contre ces sanctions, qu'il juge contraires aux valeurs fondamentales. « Les sanctions adoptées contre Nicolas Guillou portent atteinte au principe d'indépendance de la justice et au mandat de la CPI », souligne-t-il. Cette prise de position reflète une préoccupation plus large concernant l'ingérence perçue dans les affaires judiciaires internationales.
Lors d'une récente intervention à Bruxelles, Nicolas Guillou a fait preuve de résilience, déclarant : « Je suis breton et je peux tenir très longtemps » sans carte Visa ni services numériques américains. Cependant, il a également lancé un avertissement sérieux : « Mais je ne vais pas tenir s'il ne se passe rien. » Son appel à un réveil de l'Union européenne sur les questions de souveraineté bancaire et numérique, prononcé avant une rencontre avec des responsables de la Commission européenne, résonne comme un cri d'alarme pour une action collective plus ferme.
Cette affaire illustre les défis complexes auxquels sont confrontées les relations transatlantiques, mêlant enjeux économiques, juridiques et diplomatiques. La lettre d'Emmanuel Macron à Donald Trump marque un moment significatif dans la défense des intérêts européens et des droits des citoyens face aux mesures unilatérales.



