María Corina Machado à Washington : entre confiance affichée et réalités complexes
Souriante et sereine en apparence, María Corina Machado, figure historique de l'opposition vénézuélienne au régime chaviste, affiche une confiance inébranlable. « Je suis profondément, profondément confiante dans le fait que nous aurons une transition ordonnée », répète-t-elle lors de sa visite à Washington. La veille, elle a été reçue à la Maison-Blanche, d'où elle est ressortie avec un sac rouge siglé de la signature dorée de Donald Trump, suscitant des spéculations sur son contenu, tandis que son prix Nobel de la paix semblait absent. Devant le bâtiment, elle a embrassé des partisans enthousiastes qui scandaient « María Corina, mi amor ! » et « Venezuela libre ! ».
Rencontres politiques et symboles historiques
Au Capitole, elle a ensuite rencontré une quinzaine de sénateurs des deux partis, avant d'être happée par une cohue de partisans et de journalistes. C'est alors qu'elle a raconté avoir « présenté » sa médaille à Donald Trump, évoquant un parallèle historique : « Il y a 200 ans, le général de Lafayette a donné à Simón Bolívar une médaille avec le visage de George Washington dessus. Bolívar l'a gardée toute sa vie. Aujourd'hui, le peuple de Bolívar en offre une à l'héritier de Washington, en reconnaissance pour son engagement unique pour la liberté du Venezuela ». Trump a conservé ce cadeau, ajoutant une dimension symbolique à leur rencontre.
Les espoirs et les craintes des Vénézuéliens
Pour de nombreux Vénézuéliens, Donald Trump représente la dernière chance de se libérer de la dictature. Ambar García, une Vénézuélienne exilée, explique : « On a voté, on a manifesté, rien n'a marché. Il fallait une coalition internationale ou le soutien direct des États-Unis ». Elle souligne la répression croissante, avec des vagues d'arrestations, de tortures et de morts lors des manifestations de 2017, 2019 et 2024. Malgré cela, elle garde confiance dans le plan à long terme de Trump, même si celui-ci a déclaré le 3 janvier que Machado « n'a pas le soutien ou le respect dans le pays ». « Parfois il dit des choses, il parle trop, mais il faut se fier à ses actions plus qu'à ses paroles », nuance-t-elle.
Stratégies et réalpolitik
La transition avec Delcy Rodríguez, vice-présidente de Nicolás Maduro, est perçue comme nécessaire par beaucoup, malgré les risques. Ambar García ajoute : « Ce serait risqué pour María Corina Machado d'arriver et de prendre le pouvoir. Le système, la dictature, le narco-régime, ils restent au pouvoir ». Angelo Colmenares, un ami, voit dans l'imposition de Rodríguez une « stratégie brillante » pour créer des conflits internes au régime, qualifiant cela d'« art de la guerre ». Pourtant, Reuters a révélé que les États-Unis négocient depuis des mois avec Diosdado Cabello, ministre de l'Intérieur, tout en lui interdisant d'attaquer l'opposition.
Flatteries et ambiguïtés à la Heritage Foundation
Lors d'une conférence de presse à la Heritage Foundation, think tank ultraconservateur, Machado a été introduite avec des éloges pour la politique étrangère de Trump, basée sur la Doctrine Monroe visant la domination des États-Unis dans l'hémisphère occidental. Elle a promis : « Une fois que le régime sera sorti, les États-Unis seront plus sûrs et prospères dans notre hémisphère », tout en exprimant sa gratitude envers Trump. Le public, mélange de médias hispanophones et de journalistes sceptiques, a assisté à des moments émouvants où Machado a parlé de sa vie loin de la répression, mais aussi à des évitements sur les questions difficiles.
Démocratie ou pétrole ?
Interrogée sur une transition démocratique, Machado a insisté sur le caractère communiste de Rodríguez et sa confiance en une issue positive, malgré la complexité de la situation. Pourtant, l'intervention de Trump du 3 janvier comporte 24 mentions du terme « pétrole » et aucune de « démocratie » ou « élections ». Il a imposé à Rodríguez l'accès total au pétrole vénézuélien et la coopération sur la drogue, sans aborder la gouvernance. Machado assure que Trump soutient la démocratie, mais ses actions semblent contredire ses paroles.
Réactions et perspectives incertaines
La conférence s'est conclue sur une note optimiste, mais les journalistes présents, souvent critiqués par la Maison-Blanche, restent sceptiques. Karoline Leavitt, porte-parole de Trump, a confirmé que son opinion sur Machado n'a pas changé, la qualifiant d'évaluation réaliste. Trump lui-même, tout en louant Rodríguez, a déclaré à propos de Machado : « C'est une femme bien », semblant parfois oublier son nom. Pour les Vénézuéliens, l'espoir persiste, mais les ambiguïtés de la politique américaine laissent planer le doute sur une transition véritablement démocratique.



