Charles Kushner, l'ambassadeur fantôme de Trump à Paris qui bouleverse la diplomatie
Kushner, l'ambassadeur fantôme de Trump qui secoue Paris

Un diplomate hors norme à l'ambassade américaine de Paris

L'ambassadeur des États-Unis en France, Charles Kushner, impose depuis son arrivée en juillet dernier un style diplomatique aussi radical qu'inédit. Le multimilliardaire septuagénaire, nommé par Donald Trump, bouleverse les codes établis de la représentation américaine dans la capitale française.

Une routine militaire et une discipline de fer

Dès 5 heures du matin, entouré de ses officiers de sécurité, Kushner quitte la résidence officielle de l'hôtel de Pontalba pour rejoindre à pied l'hôtel Crillon sur la place de la Concorde. Sa journée commence invariablement par des longueurs dans la piscine à la mosaïque céladon. Cette discipline sportive extrême - il a récemment remporté un concours de planche contre des Marines en tenant 7,59 minutes - structure son agenda diplomatique.

Musculature drue et cheveux neige, l'homme d'affaires paraît "taillé dans un arbre sec", selon les observateurs. Sur Instagram, il affiche fièrement sa tonicité, comme lors de cette vidéo du 7 septembre où il défie des bodybuildés de l'US Marine Corps.

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L'austérité comme ligne diplomatique

Depuis son installation, l'ambassade américaine s'est transformée en ruche besogneuse et austère. Finis les cocktails, garden-parties et soirées mondaines qui faisaient la réputation du palais aux 600 employés. Cette ascèse plonge la communauté expatriée américaine - 100 000 citoyens - dans la perplexité la plus totale.

"Kushner, c'est le fantôme de l'avenue Gabriel", lance le correspondant anonyme d'une chaîne de télévision américaine. En neuf mois, l'ambassadeur n'a visité qu'un seul des onze cimetières américains en France - celui de Suresnes, le plus proche de Paris - et reste invisible pour la plupart de ses concitoyens.

Un passé judiciaire gracié par Trump

Magnat de l'immobilier à la tête d'une fortune estimée à 7 milliards de dollars, Kushner doit beaucoup à Donald Trump. En décembre 2020, un mois avant la fin de sa première présidence, Trump le gracie après sa condamnation en 2005 à deux ans de prison pour fraude fiscale et subornation de témoins. L'homme d'affaires avait reconnu avoir engagé une prostituée pour séduire son beau-frère, qui collaborait à une enquête fédérale.

Après quatorze mois de détention, cette grâce in extremis scelle des liens familiaux déjà étroits : le fils de Kushner, Jared, a épousé Ivanka Trump en 2009. Les deux hommes partagent aujourd'hui trois petits-enfants. En mai dernier, cinq ans après sa grâce, l'ancien repris de justice obtient le prestigieux poste parisien.

Une équipe réduite mais efficace

Lors de son audition devant le Sénat américain, Kushner s'est enorgueilli de "tout ignorer de la diplomatie". Il a néanmoins obtenu le droit de choisir un collaborateur, sélectionnant Gabriel Sheinman, 38 ans, débauché du think tank conservateur Alexander Hamilton Society. Parfaitement francophone, ce "chief of staff" a séduit tous ses interlocuteurs français, au point que Nicolas Sarkozy n'eut que des compliments après un déjeuner à la résidence.

Au Quai d'Orsay, on chuchote n'avoir affaire qu'à lui et s'en féliciter, le trentenaire se révélant plus souple que son patron. Tandis que Sheinman gère le quotidien diplomatique, Kushner met en scène son projet politique univoque.

La lutte contre l'antisémitisme comme priorité absolue

Dès son arrivée, Kushner fait poser des mézouzas aux portes de la résidence et lance des travaux pour adapter les cuisines aux exigences de la cacherout. Observant scrupuleusement le shabbat, il se déplace à pied le samedi, coupe l'électricité et refuse de "toucher un micro".

Son agenda reflète cette priorité : visite du mémorial de la Shoah le 11 juillet, entretien avec l'ambassadeur d'Israël le 22 juillet, visite de la Grande synagogue de Paris le 30 juillet. Fin août, une lettre incendiaire reprochant à Emmanuel Macron de ne pas lutter suffisamment contre l'antisémitisme parachève cette démonstration.

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"Il est venu avec l'idée de n'agir que contre l'antisémitisme", observe Simone Rozan Benzaquen, présidente de l'American Jewish Committee en Europe. Son entourage explique cet engagement par sa biographie de petit-fils d'une famille juive exterminée pendant la Shoah.

Des maladresses diplomatiques calculées

La lettre à Macron vaut à Kushner une convocation immédiate au Quai d'Orsay, qu'il néglige en y dépêchant son numéro trois. Pendant ce temps, il publie sur ses réseaux une vidéo de lui se promenant dans les rues de Saint-Rémy-de-Provence. Un camouflet inédit que ses services tentent d'adoucir en arguant qu'il "ne se serait pas rendu compte" de la gravité de son geste.

Sur X, il somme les autorités françaises de poursuivre les coupables du meurtre de Quentin Deranque, s'immisçant ainsi dans la politique intérieure française de manière particulièrement malvenue.

Une vision religieuse qui influence sa diplomatie

Conservateur orthodoxe se réclamant du mouvement Chabad Loubavitch, Kushner considérerait la France comme "un pays viscéralement antisémite" selon le rabbin Tom Cohen de la synagogue franco-américaine de Paris. Cette affiliation expliquerait pourquoi il n'a jamais pris contact avec cette synagogue, s'empêchant ainsi de rencontrer un rabbin s'exprimant en anglais.

Il semble combattre l'antisémitisme en solitaire, n'ayant reçu aucune figure majeure de la communauté juive française - il n'a même pas invité Yonathan Arfi, président du Crif, jusqu'à la semaine dernière. Il se méfierait de ces personnalités, leur reprochant de ne pas s'être élevées contre la reconnaissance de l'État de Palestine par la France.

Des relations politiques sélectives

Kushner reçoit dans ses bureaux plutôt que de se déplacer, contrairement aux usages. Marine Le Pen et Jordan Bardella ont ainsi été reçus pendant une heure le 12 décembre 2025, laissant le couple du Rassemblement National pantois devant l'ignorance de leur hôte concernant leur calendrier judiciaire.

Il s'est récemment enquis de savoir s'il y aurait un élu LFI "fréquentable", et faute de réponse probante, n'a pas donné suite. En revanche, les patrons défilent en rangs serrés : Mc Donald, Le Duff, Sanofi, Thales, Sodexo, TotalEnergies ont tous eu droit à leur entretien.

Un projet économique ambitieux

Kushner prépare activement le sommet "Select USA" de mai 2026 dans le Maryland, cherchant à convoyer une cohorte de 40 chefs d'entreprise français. Parallèlement, il rassemble des mécènes pour financer la commémoration du 250e anniversaire de l'indépendance américaine, "250 America", dont il prépare la déclinaison parisienne après avoir déjà convié Bernard Arnault, PDG de LVMH.

Dans les couloirs de l'Élysée, on sourit que plusieurs grands patrons américains de passage s'indignent - à voix basse - des pressions appuyées de Kushner pour qu'ils "mettent au pot".

L'atavisme immobilier et les projets sportifs

Véritable roi du "real estate", Kushner a fait le tour des quatre immeubles propriétés des États-Unis à Paris, notant leur faible taux d'occupation avec désapprobation. Il ne supporte pas que "l'argent dorme".

En octobre, il organise avec succès la première rencontre de saison régulière de la NFL au Stade de France, impliquant les Saints de la Nouvelle-Orléans. Après des centaines d'appels pour mettre sur pied cet événement, il jure triomphal que les billets se vendront en quelques minutes. À ses yeux, c'est une sacrée victoire pour un ambassadeur.

À l'aube d'une élection présidentielle française sous haute tension, la présence de cet émissaire du chef de file des Maga continue d'interroger les observateurs politiques et diplomatiques. Son style disruptif, entre austérité budgétaire, priorité absolue à la lutte contre l'antisémitisme et mépris affiché des usages diplomatiques, redéfinit radicalement la relation bilatérale franco-américaine.