Ce jeudi 30 avril, Joseph Kabila, ancien président de la République démocratique du Congo (2001-2019), a été frappé par des sanctions du département du Trésor américain, via l'Office of Foreign Assets Control (OFAC). Washington l'accuse d'entretenir des liens avec les groupes armés AFC/M23 dans le but de déstabiliser son pays.
Accusations de l'OFAC
Dans un communiqué, l'OFAC – à travers la liste SDN (Specially Designated Nationals) – affirme qu'avec la résurgence de l'AFC/M23, Joseph Kabila serait entré en République démocratique du Congo avec l'intention d'affaiblir le gouvernement congolais, en apportant son appui aux deux mouvements. L'ancien chef de l'État, en exil depuis 2023, serait revenu en avril 2025 à Goma, alors sous contrôle de l'AFC/M23. Il est notamment accusé d'avoir apporté un soutien financier à l'AFC afin de peser sur la situation politique dans l'Est du pays. L'OFAC indique également qu'il aurait encouragé des soldats des FARDC à déserter pour rejoindre les rangs de l'AFC, dans le but de renforcer le mouvement.
Rôle auprès du M23 et de l'AFC
Le Trésor américain souligne qu'il aurait, sans succès, œuvré à l'installation d'un candidat opposé au président en exercice, Félix Tshisekedi, afin de regagner de l'influence sur le pouvoir congolais. Sur cette base, Joseph Kabila est désigné pour avoir « matériellement assisté, parrainé ou fourni un soutien financier, matériel ou technologique » au M23 et à l'AFC.
De son côté, Joseph Kabila rejette fermement ces accusations. Dans un communiqué, l'ancien président dénonce une décision « profondément injustifiée », « politiquement motivée » et fondée, selon lui, sur des « accusations non étayées de preuves irréfutables ». Il assure par ailleurs sa « détermination à œuvrer sans relâche, envers et contre toute forme de pression », pour « mettre fin à la dictature », visant directement le pouvoir en place à Kinshasa.
Gel des avoirs et isolement financier
Ces sanctions entraînent le gel immédiat de ses avoirs aux États-Unis et interdisent à toute personne ou entité américaine d'entretenir des relations avec lui. « Tous les biens et intérêts patrimoniaux […] situés aux États-Unis ou sous le contrôle de personnes américaines sont bloqués », précise le communiqué. Toute entité détenue à 50 % ou plus par une personne sanctionnée est également concernée. Sauf dérogation spécifique, toute transaction impliquant ces avoirs est interdite. Ces mesures s'accompagnent généralement d'une interdiction de visa.
Joseph Kabila rejoint ainsi la liste SDN, qui regroupe des individus considérés comme infréquentables par Washington : seigneurs de guerre, responsables politiques, hommes d'affaires ou encore personnes accusées de terrorisme ou de trafic.
Kinshasa salue un « tournant » politique
À Kinshasa, les réactions n'ont pas tardé. Le gouvernement congolais s'est félicité de ces sanctions, les qualifiant de « tournant » dans la lutte contre l'impunité et la déstabilisation de l'Est. Les autorités accusent l'ancien président de complicité avec les forces rwandaises et l'AFC/M23, estimant que ces mesures pourraient freiner les financements des groupes armés. Kinshasa a également réitéré ses exigences : retrait des troupes rwandaises et la fin du soutien au M23.
Jacquemin Shabani, vice-Premier ministre en charge de l'Intérieur et cadre de l'UDPS, a évoqué « une conséquence logique » pour ceux qui entravent le processus de paix. Dans une interview accordée à Actualite.cd, il affirme que Joseph Kabila « n'est pas seulement impliqué dans la crise à l'Est, mais qu'il en est surtout l'instigateur ».
Dans le même temps, l'UDPS appelle à la mobilisation. Une marche de soutien aux sanctions est prévue le samedi 2 mai 2026 à Kinshasa, précédée d'une causerie morale au siège du parti à Limete. Fin septembre, la justice militaire congolaise avait déjà condamné à mort Joseph Kabila par contumace pour complicité avec l'AFC/M23.
Les États-Unis avaient, de leur côté, annoncé le 2 mars dernier de nouvelles sanctions visant les Forces de défense rwandaises ainsi que quatre de leurs officiers supérieurs, accusés de soutenir les mouvements rebelles. « Le président Trump ouvre la voie à la paix en RDC et a clairement indiqué que ceux qui continuent de semer l'instabilité devront répondre de leurs actes », a déclaré Scott Bent, secrétaire au Trésor, assurant que Washington continuerait d'utiliser tous les moyens pour faire respecter les accords.



